<?xml version='1.0' encoding='UTF-8'?><?xml-stylesheet href="http://www.blogger.com/styles/atom.css" type="text/css"?><feed xmlns='http://www.w3.org/2005/Atom' xmlns:openSearch='http://a9.com/-/spec/opensearchrss/1.0/' xmlns:georss='http://www.georss.org/georss' xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'><id>tag:blogger.com,1999:blog-3619457538821527839</id><updated>2012-01-28T13:35:50.983-08:00</updated><title type='text'>Chroniques de l'Eurafrique</title><subtitle type='html'>Pour lire les scènes en tout confort, copiez/collez vers un format traitement de texte ou, mieux, photocopiez!</subtitle><link rel='http://schemas.google.com/g/2005#feed' type='application/atom+xml' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/feeds/posts/default'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3619457538821527839/posts/default?max-results=100'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/'/><link rel='hub' href='http://pubsubhubbub.appspot.com/'/><author><name>Koffi Cadjehoun</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06573463984324076647</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><generator version='7.00' uri='http://www.blogger.com'>Blogger</generator><openSearch:totalResults>35</openSearch:totalResults><openSearch:startIndex>1</openSearch:startIndex><openSearch:itemsPerPage>100</openSearch:itemsPerPage><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3619457538821527839.post-7485500769779956931</id><published>2011-12-09T02:36:00.001-08:00</published><updated>2011-12-09T02:37:26.143-08:00</updated><title type='text'>Pour son camp</title><content type='html'>&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;div style="margin-bottom: 0px; margin-left: 0px; margin-right: 0px; margin-top: 0px;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Luc Méribel est un vieux footeux maintenant. Il va sur ses quarante printemps. Il est demeuré la vedette de l'A.S. Eonville.&amp;nbsp;Le club-phare de France, vu qu'il dame le pion à ses concurrents et qu'il brille sur la scène européenne. Deux Ligues des champions, un effectif impressionnant et un actionnaire richissime (un magnat de la sidérurgie indienne). On se dope on triche, c'est le lot des clubs qui veulent réussir en pro. Luc Méribel joue ailier gauche. Il avait un pied magique, il courait vite et il gagnait avec régularité pour son équipe. Il mettait des buts, il réussissait des passes, bref, c'était un cador. Quatre-vingt-dix fois international français, ne lui manque que la consécration suprême pour avoir tout gagné. Il a perdu en finale de la Coupe du monde face au Brésil.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;div style="margin-bottom: 0px; margin-left: 0px; margin-right: 0px; margin-top: 0px;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;On ne peut pas tout gagner, hein. Depuis qu'il est passé en vétéran du monde pro, trente-cinq balais, la star vit une seconde jeunesse. Il joue moins, ne se prend plus la tête et réussit de sacrées performances. L'année dernière, Eonville a gagné le Championnat de France; Luc est à l'origine des trois derniers buts de son équipe. Deux&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;perso, une passe décisive. De quoi gonfler sa légende. Il a passé sa vie au club, c'est un joueur d'une fidélité exemplaire, les supporters adorent. Il jouit d'une réputation en or. Enfin,&amp;nbsp;&lt;i&gt;jouissait&lt;/i&gt;. Luc a vu sa renommée chuter pendant les vacances. Des tabloïds, qui étalent votre vie sur les kiosques pour le plus grand bonheur des lecteurs, ont révélé que Luc était un joueur fidèle. Pas au point de prolonger sa fidélité hors du terrain.&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;div style="margin-bottom: 0px; margin-left: 0px; margin-right: 0px; margin-top: 0px;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Luc trompait allègrement sa femme, un mannequin qui a fondé une famille avec son footeux de mari et qui espérait qu'on pouvait avoir du fric, mener une vie de star et être un père exemplaire. Pari manqué. Luc est une vedette qui a fauté avec toutes sortes de starlettes de la télé, du show-business, parfois filles d'un soir, comme ces groupies qui gravitent dans les milieux professionnels, attirées par le charme de la médiatisation et du fric. Luc ne s'est jamais posé de questions. Quand on est footballeur, il est mauvais de se poser des questions. On rate des buts, on manque ses passes, on joue comme un pied. Luc a continué à dribbler hors du terrain.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;div style="margin-bottom: 0px; margin-left: 0px; margin-right: 0px; margin-top: 0px;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Sur le terrain, le dribble est l'art magique, qui vous vaut l'admiration des adversaires et l'éloge des supporters. Luc était très jalousé. Les défenseurs avaient peur de lui. Maintenant, le voilà démasqué. Dribbler est aussi sa marotte en dehors des terrains? Ça s'appelle draguer les filles. Elles lui trouvaient du charme, du piquant, sveltesse et élégance, toutes qualités assez quelconques s'il n'avait été footeux. Être riche et célèbre ne vous sort pas de la beaufitude. Luc a toujours fait tomber les gonzesses. Jeune et célibataire, débutant, quand il enquillait les performances de haut vol, les filles ont commencé à affluer. Puis il est devenu international. Pire qu'une&amp;nbsp;&lt;i&gt;rock star&lt;/i&gt;. Il s'est marié. Il a fallu qu'il se cache pour accomplir ses exploits, mais en voyage ou en sélection il n'a jamais dédaigné tromper. Le train-train était trop pénible pour un international en poster. Quand on est grand, on est au-dessus des lois.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;div style="margin-bottom: 0px; margin-left: 0px; margin-right: 0px; margin-top: 0px;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Luc, qui ne se rendait plus compte de la moyenne, a pris des habitudes plus que mauvaises. Il s'est senti tout-puissant. Des ailes avaient poussé dans le dos du diablotin. Le pire est arrivé. Son petit frère était un bon guitariste de rock. Alain Méribel. Luc avait toujours rêvé de devenir joueur de guitare, sur la mode des&amp;nbsp;&lt;i&gt;guitar heros&lt;/i&gt;. Son frère a pris sa place. Simple anonyme, il n'aurait jamais franchi la barre du dilettante doué, l'amateur qui sort sa gratte pour quelques amis les samedis soirs. Avec Luc comme grand frère, il a été médiatisé. Il jouait au foot moins bien, mais il jouait au foot. Les médias avaient réalisé quelques reportages sur les tournois de bonne franquette dans lesquelles les deux frères usaient leurs guêtres pour leur plus grand plaisir - et celui de leurs coéquipiers. Jouer avec Luc Méribel est un honneur qui ne se refuse pas.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;div style="margin-bottom: 0px; margin-left: 0px; margin-right: 0px; margin-top: 0px;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Mais le vice a rattrapé Luc. Il n'a rien trouvé de mieux que de sortir avec la femme d'Alain. Ça fait très moeurs dissolues, très inceste fin d'Empire romain, quand les aristocrates pétaient les plombs et oubliaient les lois. Luc s'est cru affranchi de&amp;nbsp;&lt;i&gt;toutes&lt;/i&gt;&amp;nbsp;les règles.&amp;nbsp;Il pouvait tout se permettre, l'enfant gâté de l'A.S. et de la balle. Comment avait-il pu tomber si bas? C'est grâce à lui que Claire avait rencontré Alain. La riche&amp;nbsp;&lt;i&gt;top-model&lt;/i&gt;&amp;nbsp;se moquait pas mal des talents musicaux d'Alain, moins de son pedigree familial. Les médias ont célébré leur mariage comme la rencontre de la beauté et de la musique. Las du la, Alain et Claire ne s'entendaient guère. Claire est une fille très fragile, très influençable. Elle draguait des footeux de l'A.S. Elle a eu plusieurs aventures, les dirigeants fermaient les yeux. Plus&amp;nbsp;&lt;i&gt;gore&lt;/i&gt;, elle a fondu pour le frangin, elle a confondu le mari, histoire de briser leur couple dans l'harmonie familiale. Alain se droguait; Claire itou. Et Luc? Luc marié pour la galerie ne se droguait pas et se dopait, surtout depuis le passage de la trentaine : les médecins s'occupaient que ses performances ne diminuent pas et que sa récupération demeure optimale.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;div style="margin-bottom: 0px; margin-left: 0px; margin-right: 0px; margin-top: 0px;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Et puis, le Déluge. Pourquoi les médias ont-ils décidé de vendre du papier alors qu'ils avaient fermé les yeux pendant quinze ans? Pourquoi ont-ils tout cassé? Aucun événement ne permettra de réparer ce qui s'est produit. En tout cas, ça a fait du bien à Luc. Il a crevé l'abcès. Alain ne lui parlera sans doute plus, mais c'est mieux de ne plus parler à son frère que de pratiquer l'inceste fraternelle en guise d'osmose mal dégrossie. Luc a recollé les morceaux avec son épouse. Pour les gosses. Pour le passé. Pour l'avenir. Ils ont réussi. Les médias continuent à jaser, mais ce n'est pas le plus important. Ce qui compte, c'est leur couple. Luc jure à tous les proches qui acceptent encore de lui adresser la parole qu'il a changé. Il n'est plus le même. La rédemption l'a frappé de sa foudre céleste. Il est Nouvel Homme, du moins c'est ce qu'il répète quand il traverse la rue et que des fans transis lui déclarent leur flamme inconditionnelle.&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;div style="margin-bottom: 0px; margin-left: 0px; margin-right: 0px; margin-top: 0px;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Valeureux vétéran des joutes footballistiques, Luc a entamé sa nouvelle vie. Il s'est converti? Il ne va pas à l'église, il est déjà sur une autre voie, avec de nouvelles valeurs et de nouvelles perspectives. Il s'affiche partout en ville avec son épouse, histoire de montrer qu'il regrette ses fredaines et qu'en compensation il se dévoue à sa famille. Il a perdu son temps, il a gâché son talent, il lui reste un moyen de se rattraper. Prouver qu'il existe des valeurs plus hautes que la célébrité et le succès. Il marche aujourd'hui dans la rue avec sa femme. Un couple comme un autre. Personne ne les dérange. Les habitants d'Eonville n'aiment pas harceler leurs joueurs, même les vedettes. De temps en temps, des ados demandent des autographes ou des photos avec leurs portables&amp;nbsp;&lt;i&gt;hi tech&lt;/i&gt;. Luc est bon client.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="margin-bottom: 0px; margin-left: 0px; margin-right: 0px; margin-top: 0px;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Sa femme l'a emmené en shopping. Luc n'aime pas perdre son temps à se faire dévisager par les supporters ou les vendeuses, mais il n'a plus le choix. S'il veut recoller les morceaux de son couple, il doit encaisser la farandole des magasins de mode, de préférence les luxueux et branchés. Sa femme n'a aucune pitié : il enchaîne sans souffler depuis des heures et elle ne se lasse pas. Elle a dépensé des centaines d'euros. Luc porte les sacs et arborent un sourire de plus en plus timide. Timoré. L'argent ne le dérange pas depuis longtemps, mais il regarderait bien la télé. Il préfère jouer à la console avec leurs deux fils. Enfin, quand on veut rattraper le temps perdu, on se prête aux sacrifices.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="margin-bottom: 0px; margin-left: 0px; margin-right: 0px; margin-top: 0px;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;L'épouse dépense. Elle est toujours docile, même quand elle débourse. Son prix? Elle a bénéficié d'une chirurgie plastique en échange d'un manque de personnalité. Cela arrangeait Luc, qu'elle se taise, qu'elle ne pose jamais de questions, qu'elle sourie, conciliante et d'humeur. Puis, les révélations à ragots ont brisé l'harmonie. L'épouse pleurait, voulait partir, avait raté son mariage et regrettait leur rencontre - sauf les enfants. Luc a recollé au prix du shopping et de quelques courses. Maintenant les langues s'agitent sur la réconciliation du couple. A Eonville, Luc est un notable qui fait partie des meubles.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="margin-bottom: 0px; margin-left: 0px; margin-right: 0px; margin-top: 0px;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;L'épouse a payé : elle a pardonné. Elle sort du magasin avec son sac d'habits. Luc erre sur son nuage. Rentré à la maison, il jouera à la console, il redorera son blason avec la légende du père idéal. Ce dont Luc aurait besoin, c'est d'un café. Il se sent dénué de pression. Il dispute ses matchs pour le plaisir. Ce qui le motive, c'est ses enfants. Il en parle comme de la source de sa rédemption. Il serait prêt à arrêter le foot pour ses enfants. C'est dire.&amp;nbsp;Soudain, la catastrophe. Au milieu de la rue, pourquoi? Claire marche l'air désoeuvré.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="margin-bottom: 0px; margin-left: 0px; margin-right: 0px; margin-top: 0px;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Les voitures ronchonnent au feu. Les automobilistes ont reconnu Luc, mais Eonville ne harcèle pas ses stars. On les laisse respirer. Le hasard est empli de malice. Claire marchait droit, juste en face, comme ça. La femme de Luc s'est lâchée. Elle a foncé sur sa rivale ex belle-soeur. Salope de pute de merde. Elle l'a giflée et elle a oublié ses bonnes manières - et ses enfants. Claire a répondu coup pour coup. Elle est plus forte, plus costaud. Si Luc n'intervient pas, la raclée va mal finir, surtout pour la femme de Luc. D'ailleurs, Claire lui a attrapé les cheveux et s'apprête à déchirer son sac de mijaurée. Cauchemar : si traîne un portable, le cliché va faire mal. C'est le&amp;nbsp;&lt;i&gt;buzz&lt;/i&gt;&amp;nbsp;assuré sur la Toile.&amp;nbsp;Luc qui se bat avec Claire sa belle-soeur!&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="margin-bottom: 0px; margin-left: 0px; margin-right: 0px; margin-top: 0px;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Claire a pris le dessus. Elle empoigne la femme de Luc. Luc saisit sa femme par la taille. Il essaye tant bien que mal de calmer son ancienne occasionnelle. Trop tard. Claire s'est vengée sur le sac de course et commence à écraser les habits sur le macadam. Les voitures klaxonnent. Luc préfère ne pas contempler le sourire narquois, la colère. On ne lui en voudra pas. Sa femme est sonnée. Elle a fait face. Jamais Luc ne s'était rendu compte à quel point son balle-amante était déséquilibrée. Voilà que dans la presse on a commencé à jaser sur ses plurielles infidélités avec d'autres joueurs, d'autres personnalités. Luc s'est bien fait manipuler.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="margin-bottom: 0px; margin-left: 0px; margin-right: 0px; margin-top: 0px;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Claire était connue pour courir les footballeurs, certains du vestiaire de Luc, d'autres de clubs français. Alain a été la dupe. Lui courait tant. Dans cette affaire, tout le monde a berné tout le monde. C'est une tragédie footballistique. L'arroseur arrosé. Le public a pris partie pour la star. Claire est discréditée, ridiculisée. Luc a besoin de repos. Il s'éloigne avec sa femme. Il l'a défendue. Elle a dû mal recoller les morceaux. Elle a du mal à recoller les morceaux. La scène rappelle à quel point Luc est fautif, combien il s'est égaré. Vite rejouer. Vite retomber dans l'anonymat&amp;nbsp;&lt;i&gt;people&lt;/i&gt;. Un footballeur dans la case ragot et scandale, ce n'est jamais bon signe.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3619457538821527839-7485500769779956931?l=chroniquesdeleurafrique.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/feeds/7485500769779956931/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/2011/12/pour-son-camp.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3619457538821527839/posts/default/7485500769779956931'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3619457538821527839/posts/default/7485500769779956931'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/2011/12/pour-son-camp.html' title='Pour son camp'/><author><name>Koffi Cadjehoun</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06573463984324076647</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3619457538821527839.post-4458867496869385538</id><published>2011-11-03T14:37:00.000-07:00</published><updated>2011-11-08T23:00:16.548-08:00</updated><title type='text'>Le fou tue</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;De quoi déprimer. De quoi s'énerver. De quoi bredouiller. Depuis une semaine, Claude Delacampagne ronge son frein. Il devient fou, il roule à fond, il opte pour l'attitude suicidaire. Il ne mange plus, il avale des litres de café, il fume cigarette sur cigarette. Le drame &amp;nbsp;: sa copine Claire l'a plaquée. Il lui a mené la vie d'enfer, six mois de persécutions diverses, drolatiques si pas tragiques. Elle a pleuré, il s'est enflammé. Maintenant qu'il est seul, il regrette. Pas de l'avoir insultée, cette salope de merde. Pas qu'elle soit partie avec un macho qui le toise quand il le croise.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Il regrette d'être sorti avec cette garce. Il est sorti avec pour épater la galerie. Il voulait impressionner ses amis. Elle est jolie, elle rit, elle est arriviste. Très suiviste et influençable. Elle est sans personnalité. Elle est influencée par sa réputation. Claude pète les plombs. Il l'aurait bien étranglée ces derniers temps. Il l'insultait. Souvent, sans raison, sans excuse. Il se défoule. De quoi? De qui? Plus de copine. Claude est seul avec lui-même. Dans le fond, il le connaît, son secret. Dès qu'il y pense, il accélère. Il marche à toute vitesse sur le boulevard. Près de chez lui, chez sa mère, la ligne de train passe au-dessus de sa tête en vrille. Tendance postmoderne glauque. Claude fonce rejoindre des amis pour une teuf. Du rêve.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Deux-trois bières? Il cultive sa déchéance. Le blafard lui va comme un gant. On le reprise en silence. C'est si dur une rupture qu'on oublierait qui en est le responsable. Elle est sortie avec lui parce qu'il est le fils de. Pas d'une célébrité. Le rejeton d'une universitaire - professeur de Lettres à la Faculté. Spécialiste du Seizième siècle. Une mécanique, capable de vous pondre n'importe quel plan en deux-trois parties. N'importe quel commentaire. Claude n'a pas été fils heureux. Fils unique. Des parents divorcés, un père absent, une mère dure. Une mégère. Claude a souffert, sa copine ne pouvait pas lui donner ce dont il a besoin. Il cherchait une femme intelligente, pas une beauté. A force de prévoir sa normalité bourgeoise, il la tenait pour une cloche qui répète, perroquet savant qui pète. Claude a pété les plombs.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Ce n'est pas de sa faute. Personne ne le comprend. Sa mère attend qu'il brille en intellectuel stylé, avec famille unie, femme qui réussit, progéniture qui grandit. Il n'est rien de tout ça. Il foire ses études. Il sombre dans des accès d'hystérie qui confinent au désespoir rageur. Pourquoi ce fils d'intellectuel bourgeois ne parvient-il pas à se réaliser? Dans l'entourage, on songe. Ses oncles et tantes haussent les épaules. Il réunit toutes les conditions pour réussir. Sa mère est trop dure? Il ne faut pas pousser. C'est chercher des excuses. C'est un enfant gâté, un fils unique. Un coup de pied au cul, la méthode forte conviendrait. Il réagira, il se sortira de sa torpeur narcissique.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Las, nos parents n'ont pas cerné l'étrange mal qui tenaillait leur neveu chéri. Le fils à maman que papa voit rarement. L'unique, qui fait tout pour se faire remarquer, prêt à tuer son père, sa mère - pour déranger. Trop gâté, trop pourri? Tu parles. Une vie de fou tue? La mère se doute de quelque chose. Marmot, il a développé un retard du langage, des psychiatres ont diagnostiqué le penchant. Foutus charlatans. Des experts connaissent tout à rien. Tout ou rien. La mère a juré que son chéri sacré ne finirait pas tantouze, qu'il lui donnerait de beaux enfants.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Quand il a présenté sa copine, quel soulagement. Cette dulcinée blonde et bénie allait fournir un cadre - une progéniture. Une hérédité changée. Joie et grâce : les experts s'étaient trompés. La mère vitupéra contre les psychiatres, ces malades mentaux qui soignent les autres et les rendent plus fous. Et maintenant, tout fout le&amp;nbsp;camp. Claude prend les virages à la limite du tonneau. Les amis rient; sa mère est affectée. Claude a les boules, ça oui. La rupture a bon dos. Claude a les boules parce qu'il sait. Il ne peut pas ignorer son mal. Certains traînent le cancer à quinze ans. Lui a pire que le rongeur. Il gamberge ses vingt berges. Vingt ans, le bel âge. Vingt ans, l'insouciance.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Pour Claude, c'est le stress, l'angoisse, la marginalité. Pas social. Claude vient de la bourgeoise. Il a des parents qui l'entretiennent. Claude flirterait avec l'échec scolaire s'il n'était suivi. Le père fronce des sourcils avec ce fils qui redouble depuis le lycée. Que s'est-il passé? Claude a toujours été perturbé. Claude n'a jamais été bon élève. Au collège, il en tirait une certaine fierté, l'insouciance du cancre. Au lycée, on s'étonnait, comme si les mauvais résultats constituaient l'excuse de poids contre la réussite des parents. Il ne serait pas comme eux? Un nul sans fortune ne peut devenir bourgeois.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Claude n'aura pas de souci : on l'aiderait. Sa famille est son soutien-gorge. L'échec contient une explication que l'on ne veut pas voir. La scolarité, la copine, Claude sait. Il ne réussira jamais à l'école. Il ne pourra jamais rester avec une régulière. On lui reproche d'être flemmard? Il est perturbé. On lui reproche d'être caractériel? Il est écorché. Autant lâcher l'explication : Claude n'est pas un vaniteux narcissique et nombriliste comme il en pullule fin vingtième parmi les classes moyennes aisées. Claude est vaniteux, narcissique et nombriliste, mais manque le détail, la précision, le codicille : Claude n'est pas hétéro.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Homo avec une copine qui vient de le plaquer? L'infâme galopin refuse d'assumer sa sexualité minoritaire à cette époque de liberté libérale? Non, perdu, Claude n'est pas un postmoderne homo aspirant à contracter une union &lt;i&gt;gay&lt;/i&gt;, le PACS et le toutim. Claude surnage entre le pédé qui ne s'assume pas, le refoulé comme il l'a baptisé avec condescendance, et le bi qui fait semblant d'être attiré par les filles.&amp;nbsp;On reconnaît à Claude un certain charme, un pouvoir de séduction. Comme toujours avec Claude, tout se finit en eau de boudin. Claude a des sautes d'humeur contre les filles. Plusieurs fois, l'année précédente, il a pété les plombs contre sa mère, lui expédiant des cendriers à la gueule ou lui renversant la table en verre du salon sur les genoux. Les amis insinuent avec des sous-entendus d'érudits que Claude est barjot. Claude n'arrive jamais à garder ses fiancées. Quand il est bourré, l'explication ne tarde guère : selon ses confessions, le problème est sexuel.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Il s'épanche sur la taille de son sexe, la clause de ses malheurs. Claude refuse de calculer : son problème, c'est sa bisexualité orientation homo. Malgré ses efforts, Claude joue la comédie sur le court terme, puis se condamne à revenir à la case départ. Dotées du premier sens, les filles ne le rangent pas au rayon des tapettes et efféminés, mais se plaignent qu'il pète les plombs. Elles remettent moins en question ses sautes d'humeur que la bizarrerie à casser ce qui va. Si les concubines détenaient la clé de la bisexualité, elles gagneraient du temps dans leur interprétation.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Qui se doute dans les cercles de la jeunesse superficielle que Claude le paumé est pédé? Ce sont des problèmes graves et on n'aborde pas les problèmes. Mauvais ton : cela fait anxieux, mauvais genre. Pour être consensuel, il faut passer &lt;i&gt;cool&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;Smoot&lt;/i&gt;. Le décérébré qui se moque de tout et qui fait du problème sa dérision. Claude a un plan. Se venger? Se réconcilier avec l'existence après le départ tumultueux de sa copine? Non, Claude a un pote qu'il jalouse. Il en a fait sa fixette, parce qu'il aurait aimé être comme lui. Ne pas se prendre la tête. Première qualité : le pote est intelligent et réussit sans travailler à l'école. C'est l'exigence de Claude. Être facile et futile. Si seulement il pouvait se trouver débarrassé de sa blessure...&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Rêve impossible. C'est pourquoi il doit se venger. Il a trouvé son bouc émissaire. Dans la famille, on fonctionne de la sorte. Le mère avait trouvé dans le père falot le bouc émissaire. Elle a détruit le père. Claude a toujours eu des problèmes avec les femmes. Avec sa mère pour commencer. Avec ses copines pour continuer. Il n'est pas question qu'il supporte cette injustice flagrante sans se venger. L'ami est un insouciant qui suit des cours de droit en licence. Claude avait rêvé un temps de suivre une carrière d'avocat parce qu'il est attiré par toutes les réputations. Il s'est trouvé séduit par l'histoire. Cette matière apportait une grande culture générale, de quoi contrecarrer la mère et impressionner l'auditoire.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Et l'histoire, c'est les histoires. et niveau histoires, Claude s'y entend. Sur ce point, il pourrait se déclarer doué et gâté par la nature. Malheureusement, il fallait travailler; Claude a abandonné et s'est rabattu vers une matière plus facile et moins ardue : culture et com. Il finira en instituteur, en ponte d'une matière creuse. Sa mère connaît du monde à la Faculté et le pistonnera. Elle le tance à cause de ses fredaines, mais elle se tuerait plutôt que de le laisser tomber. En attendant de finir selon ses souhaits ou de virer dans le syndrome du raté, Claude doit se venger.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Car il n'est pas un paresseux, il a son secret. L'ami s'appelle Alain Méribel. Un insouciant. Un type trop bien pour ne pas prendre. Il vient comme Claude de la bourgeoisie intellectuelle. Le père est un psychiatre réputé à Eonville. La mère est assistante sociale. Plus qu'un alter écho, un double. Claude doit tuer son double. Ca ne résoudra pas son problème, mais ça allégera son fardeau. Ca soulage, des vacheries. Sur la route, il y a une cabine téléphonique. Un appel anonyme, c'est indétectable. Claude rêve du crime parfait, la vengeance tellement idyllique qu'elle effacerait jusqu'au crime.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Claude improvise. Il sort sa carte de téléphone, anonyme, compose le numéro, anonyme, tombe sur le mère d'Alain. Voix fluette et naïve. Claude prend sa voix la plus grave et contrefaite.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;"Allô...&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;- Qui est à l'appareil?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;- C'est le copain de Claude...&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;- Je vous entends mal. Qui êtes-vous?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;- Votre fils est homosexuel..."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Les potaches qui s'adonnent à ce genre de plaisanteries sont explosés de rire. Pas Claude. C'est trop sérieux, la connerie. En ce moment, il détruit. Il s'acharne. Il commet l'acte gratuit. Faut qu'Alain prenne. Déjà qu'il est pas homo, on ne peut pas tout avoir dans la vie. La vie a trop donné à Alain. En tout cas pour Claude. Ne pas être pédé, c'est trop. La vie de Claude est gâchée. Il raccroche. Si le coup porte ses fruits, il sera quitte pour une bonne petite jouissance. Il se dirige à grands pas vers la fête. A deux pas de sa mère, une résidence cossue comme il les aime. C'est bon, de fêter chez les bourges. Claude joue les rebelles à condition que les rebelles soient bourges.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;On s'encanaillera pourvu que la canaille soit bobo. Pauvre Claude : son coup de pute lui fait penser à sa mère. Il la déteste. Elle est une petite universitaire bornée, qui ne comprend rien à la vie et qui n'a cessé de le rabaisser, de le rabrouer, de lui mettre des bâtons dans les roues. Cerise sur le gâteau, elle lui a donné ce père falot, dont elle a divorcé et qui est maintenant pour Claude le summum du repoussoir masculin. Damnation, il est comme lui.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Il est lâche, il est veule, il est faux, il est fourbe, il hait - brut. Ce soir, Claude commence par une soirée chez un ami. Ca tombe bien, il a des vues sur une invitée, une Beurette laide comme un paon, mais qui lui promet la vie rêche. Claude se demande s'il ne vaut pas mieux vivre le martyr comme son père avec sa mère pour enfin rester stable avec une gonzesse. Par pitié, tout afin de cacher sa bisexualité. Si sa mère l'apprenait, elle en serait malade. Et si ses potes à vingt ballais le soupçonnaient, Claude deviendrait discrédité. Depuis le temps qu'il se moque des refoulés et qu'il fait rire son auditoire avec ses blagues de potache faussement homophobes et vraiment bobos!&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Maintenant, il prépare mentalement sa soirée. Déjà, il sonne à la porte. Qui soupçonnerait que Claude vient de balancer une mauvaise histoire par téléphone? Pour un peu, Alain serait là. Non, il le retrouvera après, pour la suite de la soirée. Une soirée étudiante à la Faculté de Lettres. Une soirée dédiée au théâtre. Claude adore le théâtre. Il se prend pour un acteur et il est encouragé dans son penchant cultureux par sa mère, qui espère ainsi le remettre sur de bons rails et lui redonner un peu de consistance. Elle qui ne cesse de se plaindre que son fiston est dénué de moelle tient une bonne occasion de montrer à ses amis influents qu'elle encourage son fils sur la voie de l'indépendance et de l'âge adulte. Elle en a assez des fredaines, des caprices, des violences, des crises d'hystérie.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;En attendant, Claude se chauffe. Il se prépare à picoler un verre de vodka puis se bourrer la gueule à la soirée. C'est un bon prétexte, on fait mine d'aimer le théâtre, de préférence le contemporain, avec ses scènes déstructurées et sa vulgarité second degré, et puis on boit quelques bières ou quelques verres de vin chaud. De préférence pas trop de mélanges. Claude est devenu expert de fête. Il ne fait rien, il entretient sa réputation de fils d'intello et il obtient son succès auprès d'une gente trop heureuse d'approcher le fils de, surtout s'il fait semblant ou s'il est en marge.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;"Claude?"&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Au bout du portable, Noël Chatel, un branché qui ne jure que par la Faculté de Lettres parce que ça fait ouvert, mais qui n'y est que pour le &lt;i&gt;fun&lt;/i&gt;. Il étudie la réalisation et le script dans l'excellente Ecole de Cinéma d'Eonville, d'où il sortira primé pour un métier de conseiller en réalisation. Noël rêve son rôle : il n'est pas intello, il n'est pas naze. Il est artiste, c'est le rôle qu'il brûle d'endosser depuis ses quinze ans. Il serait très déçu s'il apprenait que Claude est un bic/boc qui s'adonne aux délations vengeresses et déséquilibrées. Lui qui adule son pote, qui l'a fait jouer dans l'une de ses mini-prods, un clip dans lequel Claude a fait un tabac amical.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;On veut bien d'un acteur, on ne veut pas d'un voleur sans valeur. Claude se tient à carreaux devant la compagnie sociale. Noël est le confident de la Beurette. Il y a moyen. Elle est là. Noël est installé dans son rôle forcé, celui qu'il déteste, le confident avec lequel les filles discuter, mais pas au-delà. Noël est trop bien, trop travailleur pour incarner la marginalité. Claude n'est pas viril comme les tombeurs, mais il joue sur son côté marginal de la bobo attitude.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Et ça marche, dans ces milieux. Ca y est, il monte les escaliers. Il est excité comme une puce. Sa sortie du vendredi est cause sacrée. Le&amp;nbsp;week-end n'est pas entamé. Il a déjà oublié son coup de pute. Il n'a pas joui. Il a zappé sa voile et sa vapeur. Il boit pour réfuter sa déviance. Il sort pour s'évader de son corps damné. Il hait dans l'alcool et dans la socialité. C'est un esprit mou dans un corps guindé. Il se méprise, il déteste sa mère. Il entretient avec son père les rapports de l'abandonné avec le dégradé. Le réprouvé. Le pauvre type. Quand on lui parle de son père, il explique que c'est un paumé. Ca fait son effet sur l'assistance. Sauf quand il précise que le père maudit et abruti occupe le poste de dirlo à la Sécurité sociale d'Eonville. Subitement, le couac s'annonce.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Claude n'en est pas à un mensonge près. Sa vie est construite sur le mensonge. Il n'a pas décidé. Il a passé son temps à jouer le rôle de l'autre. Il fait du théâtre quotidien. Il a son personnage social. Avec les étudiants de son milieu, ça passe, vu qu'ils ne prêtent pas attention à d'autres réalités que l'apparence. Claude est juste paumé plus que son père. Il est démasqué sur le terme terne. Son ex l'a pris pour un bidon. Mais ce n'est pas un bidon. C'est un refoulé qui vire au foulé. Il souffre. Sa mère ne veut pas comprendre. Son entourage ne soupçonne pas.&amp;nbsp;Il n'est pas amoureux d'Alain. Il veut qu'on comprenne son drame. Ne pas pouvoir rester avec une fille parce qu'on est bi, c'est drôle? Les sautes d'humeur, c'est comique? L'exclusion intérieure est bien pire que la marginalisation sociale.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;"Non!!!"&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Noël est en bas de l'immeuble. Il loue un studio dans une résidence à deux pas de chez Claude. Il crie d'autant plus fort qu'il savait pertinemment qu'il allait tomber sur Claude. Peut-être même qu'il l'attendait.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;"Trop fort!!!"&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Il se complait dans un rôle d'amplificateur et d'exagérateur toujours enthousiaste et toujours débordant de vitalité. Dans la vie, il ne faut pas seulement être positif; il faut aussi être énergique, plus fort, plus haut, tonique. Noël y parvient sans effort pour le moment.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;"Tu ne devineras jamais..."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Quelle surprise? Noël fait la bise à Claude. C'est très tendance en ce moment chez les jeunes apprentis bobos qui tiennent à passer pour rebelles et branchés. Si Noël apprenait qui est Claude, il l'éjecterait immédiatement, parce qu'il n'est pas homophobe, il déteste les hypocrites. Mais il ne défendrait pas pour autant Alain, parce qu'il se met toujours du côté du plus fort. Le plus fort en l'occurrence ce n'est pas le paumé Claude, c'est l'entourage social. Alain est loin, puis il n'avait qu'à pas être si facile. Quand on le voit, on sourit, avec une pointe de jalousie.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;"Samia est en haut!!!"&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Noël affecte d'être bourré, mais léger, tenir la distance. C'est très important : assurer en toute occasion, en donnant le sentiment qu'on sort de ses limites simplement mortelles. Claude sourit. Il va boire une bonne bière. Il espère que Sami sera sa prochaine. Il a changé son fusil d'épaule. Son ex était gentille, si fade qu'il avait fini par l'insulter. Samia n'est pas jolie comme l'ex. Mais c'est une connaissance de l'ex - et Claude jouit quand il peut faire mal. Il est certain de mal faire sur ce coup - d'autant plus qu'avec la farce téléphonique, il n'est pas du tout certain d'avoir fait mal. Samia a mauvais caractère, mais elle a du chien. Si Claude veut que ça marche avec une fille, il serait temps de changer la tactique, d'arrêter les filles consensuelles qui agréent à Maman. A force de vendanger, c'est la crise.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Le portable sonne. C'est Alain. Claude affiche un ton détaché. Pour la soirée, c'est dans deux heures. On y sera avant minuit. L'horaire affiche bien. Pas trop tard, pas trop tôt. On vit la bohème. On n'est pas des créatures, des branchés. Pour être branché, il suffit de se donner un genre, un style. En matière de style, Claude sait y faire. C'est son personnage. Bras dessus, bras dessous, il monte avec Noël. Ils ne prennent pas l'ascenseur, c'est pour les vieux. Au salon, sur un pouf cuir acheté au Maroc, Samia écoute un morceau de &lt;i&gt;rock&lt;/i&gt; marocain. Très important la musique &lt;i&gt;underground&lt;/i&gt; et métisse, les mixages entre cultures. On n'est pas raciste, on est &lt;i&gt;in&lt;/i&gt;, on est &lt;i&gt;on&lt;/i&gt;, on est &lt;i&gt;si&lt;/i&gt;.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Qu'est-ce qu'un pervers? On est assujetti à la loi. Claude est au-desus des lois. Il est un personnage qui crée ses propres valeurs. Il aime Nietzsche, il ne lit jamais. Ce soir, il va boire. Chaque fois il vomit et tripe mal. Il arrive à cacher ses mauvais délires aux autres, mais il se fait chambrer. S'ils savaient pourquoi il part en vrille : il boit pour oublier, il se bourre un peu trop, il décolle pour se donner une consistance. Et alors que la griserie de l'ivresse lui procure la sensation d'ailleurs, il se prend en pleine face sa bisexualité. Il devient fou. Il regarde autour de lui. Il faut faire semblant. Personne ne comprendrait. Il va se griller. Il faut assurer.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;"Salut..."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Samia est radieuse avec son nez de chameau et son menton pointu. Claude sent le coup. Il excelle pour déceler les faiblesses. Question de caractère. Il va vivre son gris amour. Il sent que ce sera intense. Peu importe que ce soit passionnel, conflictuel, fusionnel, masochiste... L'important est de ne plus vivre le ras-le-bol d'une mijaurée plate et conventionnelle, rien dans le cerveau. L'important, c'est de réussir à oublier. Un rhum, une téquila, une vanne, un oreiller. C'est si bon, la vie, quand on oublie.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3619457538821527839-4458867496869385538?l=chroniquesdeleurafrique.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/feeds/4458867496869385538/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/2011/11/le-fou-tue.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3619457538821527839/posts/default/4458867496869385538'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3619457538821527839/posts/default/4458867496869385538'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/2011/11/le-fou-tue.html' title='Le fou tue'/><author><name>Koffi Cadjehoun</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06573463984324076647</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3619457538821527839.post-4382963045543403653</id><published>2011-09-25T13:07:00.000-07:00</published><updated>2011-10-31T04:31:41.916-07:00</updated><title type='text'>Fête des enfants</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Juin 20**. Début de la désintégration du système financier, économique, social, politique, culturel, religieux mondial. C'est la fin. Pas la fin du monde. Pas la fin de l'homme. Juste la fin du système libéral occidental. Les gens s'ébattent dans un système moribond. Ils sont heureux de leur démocratie, de leurs institutions, de leur liberté de parole. Ils font la fête, ils s'amusent. L'été, ils se réunissent autour d'un barbecue avec bière. Ils papotent de choses insignifiantes, de boulot, gosses, le scandale d'adultère chez la voisine qui divorce.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;C'est comme dans le Titanic : le bateau coule, des passagers font la fête. Les gens ont refusé que leur vie s'effondre. Les gens ont réfuté les crises, les complots, &amp;nbsp;la décadence se produit sans opposition. Les gens qui devraient réagir continuent à vivre comme si de rien n'était - même avec une insouciance qui semblerait du défi. Les gens sont aveugles - trop corrompus. Ils se sont trop amusés. Ils ont perdu les repères.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Pourquoi un système s'effondre-t-il? Les gens de l'intérieur se sont tus, ont passé des compromissions. Le compromis les a empoisonnés. Ils sont lâches, passifs, veules. Ils reçoivent les dividendes de la loi du plus fort; le pacte de Faust; la peau de chagrin. En échange, ils se taisent devant les crimes lointains. Luc Méribel est jeune Assistant neurologue à l'Hôpital Universitaire d'Eonville, un des principaux centres médicaux de France. Il a réussi sa vie. Il sera médecin et dominera de manière équilibrée dans le système. Une dominateur moyen et brillant. Pas le profil du milliardaire à col blanc qui à l'heure mondialisée extorque les vies.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Luc est bobo cool. Il s'habille avec distinction, cultive une nonchalance. Ce soir, il retrouve ses amis autour d'un barbecue qu'il a organisé chez lui, dans sa villa. Est arrivé le pote de lycée Abdel, l'Arabe de la bande, chic type - régal. Il a acheté une petite maison dans le quartier huppé d'Eonville, typique des bobos, une colline des environs où l'on vit la ville à la campagne. Abdel est le Rebeu qui a réussi. Il intervient dans l'informatique. Il travaille comme technicien supérieur, il finira ingénieur. C'est son ambition. Il est marié à une institutrice, Nathalie, la pimpante qui après avoir étudié sérieusement s'est marié pour fonder la famille-modèle, trois enfants, une fille si possible - et roule la vie jusqu'à la retraite.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Après, on verra, les coups durs commencent, les pépins de santé, les décès brutaux. Mais on n'y pense pas. Le but de la vie, c'est bonheur dans sa famille, avec sa maison et son bel horizon - préoccupations privées. Pour ce genre de fille très gentille, les questions politiques sont superfétatoires, obscènes. Si l'interlocuteur est sérieux, on hausse les sourcils et on frise l'incompréhension - sévère. La politique, c'est plus qu'inutile, très lointain.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Luc reçoit avec sa compagne Céline, une grande brune brillante, qui s'est lancée dans une prometteuse carrière de neurologue (elle aussi) à l'Hôpital. Elle ne travaille pas pour le fric, contrairement à certains chirurgiens de l'esthétique. Son truc, c'est la recherche. Elle brûle de découvrir des avancées dans des pathologies rares. Sa spécialité, c'est la sclérose en plaques. Une tante se trouve atteinte de cette maladie, toujours fatiguée, à peu près debout. Elle deviendra la chercheuse qui a sauvé les sépiens en trouvant un remède. Le rêve. Ou sinon, la cause de la SEP. Le pied.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Quand les toubibs reçoivent leurs amis, c'est en petit comité. Reste le troisième couple. Un ami d'enfance de Luc. Claude Delacampagne. Il est venu avec sa copine du moment, une bombe sexuelle qui a travaillé avec lui en tant que secrétaire médicale. Il est dentiste, il court le fric. Il se la pète à mort. Il change de gonzesse tous les trois mois. Il les recrute sur des critères très profonds : la plastique, la sveltesse, la brunesse. Rien à dire. Il a bûché pour finir dentiste. Le pognon de la carie. C'est un esprit médiocre et bourgeois. Il travaille dans une niche : profession dentiste. Il empile l'argent en se condamnant à la paresse intellectuelle. L'inverse de Céline.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Ces trois couples se retrouvent autour de la conviction qu'ils appartiennent à l'élite bourgeoise de France. Ils ont réussi, ils sont branchés, ils travaillent dur, bonne conscience. Le reste, pas demander, pas chercher, pas interroger. Pas de curiosité. Pas abuser. Eonville, ville moyenne et province. Pas dominer, s'en sortir par le haut. On fait partie de la caste des médecins. On a en commun de parler de problèmes privés, à condition que les sujets ne dérivent jamais vers la politique. Le grand repoussoir. Ca ne sert à rien. L'indifférence est la meilleure des âmes.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Luc lancerait bien le débat de la guerre en Libye. Il commence timidement.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;"Vous avez vu en Afghanistan?"&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Politisé, Luc. Trop. Personne ne répond. Claude se ressert des tomates nature, que Luc cultive personnellement. On nage dans le confort &lt;i&gt;biobio&lt;/i&gt;. Les oiseaux gazouillent. Abdel improvise, devant le silence gêné :&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;"Vous faites quand un gosse?"&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;La compagnie rit. Oublier le sujet qui contrarie. Avec le vin, ça ferait tache. Luc abonde sur le sujet. Les femmes parlent entre elles. Céline s'y met. Elle est en grande discussion avec Nathalie, à fond dedans. Le rêve, les marmots. Le reste est important, au service des enfants. C'est si beau, un mère. La vocation de Nathalie. Elle a toujours rêvé d'élever ses enfants. Elle est valorisée en tant que mère. Abdel apprécie. Les femmes aussi. La mère pure constituerait une régression. Mais la femme qui concilie son travail et son rôle de mère, chapeau. Applaudissements. &lt;i&gt;Bis repetita&lt;/i&gt;.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Luc a une idée :&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;"On a une proposition..."&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Là, on l'écoute. L'assistance dévisage fiévreusement Céline. Luc propose, l'assemblée dispose.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;"Nous allons soutenir nos thèses d'ici deux mois..."&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Silence sérieux. Qui ignorerait ce haut fait, qui nimbe de prestige Luc et Céline - des gens si convenables - des toubibs qui ont réussi?&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;"Nous allons organiser une petite réception. Vous serez conviés..."&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Applaudissements garantis. Enthousiasme débridé. Claude se lève. C'est le plus chaleureux. Il lance une bise confraternelle à son ami Luc. Ils se connaissent depuis la Faculté de médecine. Il tient à garder cet ami cher et sincère. Abdel n'est pas en reste, et bientôt chacun congratule chacun. On ne sait pas trop pourquoi. On se sent tellement heureux de se retrouver en petit comité,&lt;i&gt; inter pares&lt;/i&gt;. Retour à la normal : le privé aide à se sentir entre amis. Le politique déstabilise, installe une mauvaise ambiance et favorise les dissensions, entre ceux qui ne pensent qu'à eux et ceux qui essayent de mal penser - aux autres. Laisse tomber les autres. Pense à ta situation, à tes enfants, ta femme. Pense à ta profession. A tes amis. Après, c'est fini. Le reste sans importance.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Céline rayonne. Elle se détend, pourvu qu'elle puisse ensuite étudier. Quand elle a un projet en tête, elle entend le réaliser coûte que coûte. Nathalie se sent un peu délaissée par l'assemblée. Elle ne nourrit aucun projet prestigieux, donc elle nage en marges. Elle plane aux antipodes de la vie sociale du toubib. Une institutrice qui travaille a fini sa formation et est lancée dans les activités professionnelles, auxquelles elle ajoute la vie de famille. Elle n'a pas le temps de s'occuper de compléments de formation - ou c'est rare. Les médecins autour de cette table sont eux au contraire en constante recherche, du fait qu'ils ont réussi leur internat et qu'ils poursuivent sans cesse de nouveaux projets.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Cela leur donne un brillant qu'elle n'a pas. elle n'en souffre pas; elle trouve le sujet superflu. Abdel est trop heureux. Abdel est quelqu'un de très sociable et altruiste. Deux qualités pour lesquelles Nathalie sort avec lui. Il est heureux d'être en compagnie de gens brillants et il se flatte de sa simplicité. Par rapport à ses parents et à ses frères, il a bien réussi. Il a mené ses études et maintenant il gère pépère. Le vrai jaloux serait sans doute l'ami d'enfance - Claude Delacampagne. Mêmes origines bourgeoises que Luc, mais il a tout misé sur la frime : son pouvoir social. Il n'a pas réussi médecine et il s'est rabattu sur la solution du moindre mal : dentaire.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;C'est un travail assez intéressant, surtout très bien payé - la principale raison du prestige social dont bénéficient les dentistes. Lui non plus n'a pas de progression intellectuelle à proposer. Il se contente d'accumuler les remplacements lucratifs jusqu'à ce qu'il intègre une place dans un cabinet dentaire et qu'il accumule les milliers d'euros mensuels. Il décide frustré de trouver prétexte pour ne pas venir. Il n'a pas vraiment de but dans la vie, sauf de sortir avec les plus belles femmes possibles, histoire de justifier de son travail prestigieux. Le reste suivra. Mais il se fiche de tout. Les enfants ne sont pas son truc. C'est beaucoup de temps à consacrer, peu de retour sur investissement - par rapport à sa propre personne.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Ce que Claude recherche, c'est le prestige social. Il est tellement imbibé par son obsession qu'il prend l'intelligence pour une donnée de réussite typiquement social. Le type intelligent, c'est celui qui réussit socialement - plus que le riche. Être riche est cadeau, être intelligent est un&amp;nbsp;accessoire. En dilettante féru d'élégances, Claude aime beaucoup les accessoires. Il ressent rance l'impression de passer pour un blaireau auprès de sa conquête du moment. Son accessoire privilégié de soirée et de mondanités. La réussite académique de Céline ne lui pèse guère, car il a décrété que c'était une tête de la&amp;nbsp;recherche médicale et qu'il n'envie pas du tout les rats de laboratoire (c'est son expression). Et puis, elle aime trop la continuité et le clame pour lui. Pas assez la fête et les paillettes.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Par contre, la destinée de Luc l'émoustille. Ils se connaissent depuis la première année de l'école élémentaire. Il est jaloux parce qu'il est proche de lui. Il a tout fait comme lui, simplement en moins&amp;nbsp;bien. Luc est son alter ego, en mieux. Il est moins intelligent, moins brillant, moins performant. Il est trop péteux. Il souffrirait presque de son infirmité de snob médical, s'il pouvait formuler son manque. Confronté au déni de sa condition, il n'a d'autre choix que de l'exprimer par la jalousie. Il détruit sa&amp;nbsp;propre&amp;nbsp;erreur. Il errera dans son coin, à vieillir en séducteur. Il se casera avec une collègue, aura des enfants dont il ne s'occupera guère, pourvu qu'ils réussissent - socialement.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Abdel se lève tout sourire, un toast à la coupe. Il ne boit pas de vin, mais pour s'intégrer socialement, il s'est saisi d'un verre de jus d'ananas. Personne ne s'occupe du régime musulman d'Abdel. Luc sait qu'il ne mange pas de porc et que les règles de l'hospitalité élémentaire lui dictent de respecter le régime musulman de son ami. Pas question de manquer de savoir-vivre. Dans les milieux qui réussissent, il ne s'agit pas de passer pour un réactionnaire. On est ouvert, on est au vent.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;"Un toast à la réussite de mes amis Luc et Céline! A leurs thèses, longues carrières et longue vie!"&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Abdel s'est spécialisé dans les voeux et les toasts. Le bon camarade est soldat à la solde. C'est pour cette raison que Nathalie s'est mariée avec lui. Il est populaire, il est consensuel, il est du côté des gagnants. Les amis rêvent ravis. Nous sommes en plein dans la pire crise traversée par l'homme. Pour se relever, il faut l'affronter; quitter le désir, la complétude, le cauchemar. Se coltiner le changement. Croître et croire. Des milliers de victimes se font massacrer. Libye, Soudan, Côte d'Ivoire... Ici, Eonville, on s'amuse. On se gargarise. On oublie le danger. On oublie le péril. On sera submergé? La guerre à force de mirages? Plus tard, que penseront les suivants? C'est pas grave. L'important : vivre la belle époque. La Belle Epoque était réduite à quelques privilégiés. La prospérité de notre époque s'est plus étendue. Notre déni de déclin s'ancre sur la peur d'affronter la réalité. Le réel : le changement ne sera pas favorable aux favorisés actuels. Notre désir : nous ne changerons pas - si peu.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3619457538821527839-4382963045543403653?l=chroniquesdeleurafrique.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/feeds/4382963045543403653/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/2011/06/fete-des-enfants.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3619457538821527839/posts/default/4382963045543403653'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3619457538821527839/posts/default/4382963045543403653'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/2011/06/fete-des-enfants.html' title='Fête des enfants'/><author><name>Koffi Cadjehoun</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06573463984324076647</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3619457538821527839.post-8328193840970813244</id><published>2011-08-24T11:23:00.001-07:00</published><updated>2011-08-24T12:51:35.519-07:00</updated><title type='text'>Au fait de la glaire</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:130%;"&gt;&lt;p style="margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; text-align: justify; font: 18.0px Georgia"&gt;&lt;span style="letter-spacing: 0.0px"&gt;Comment s'appelle-t-elle - déjà? Luc Méribel part dans sa grosse limousine. Enfin, ex-maire. Notre huile socialiste tendance ultralibérale vient d'être nommée ministre du Gouvernement sous le patronage bienveillant de son leader socialiste, le protestant rigoriste Claude Delacampagne. Lecteur, arrête-toi un instant dans le cours de la fiction. Nous vivons une drôle d'époque opaque. Fin du vingtième siècle chrétien, environ quinze ans avant la Grande Crise qui nous éteint. Le règne de l'argent facile, l'époque du monétarisme triomphant. Luc Méribel est l'incarnation hypocrite de ce mythe du mensonge, la domination et la débauche. Luc représente le leader socialo moderne, la réussite du socialisme ultralibéral, comme si on pouvait rapprocher le socialisme avec le libéralisme.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style="margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; text-align: justify; font: 18.0px Georgia"&gt;&lt;span style="letter-spacing: 0.0px"&gt;Comment s'appelle-t-elle - déjà? Méribel vient de prononcer son dernier discours de maire. Il cède son poste à son fidèle adjoint, son frère Alain. Tout va bien. Nos &lt;i&gt;hype&lt;/i&gt; socialos tiennent le fief d'Eonville. Luc est le ministre de l'Economie. C'est un personnage considéré. Il est marié avec l'une des journalistes les plus médiatiques du milieu, très belle, très riche, très &lt;i&gt;smart&lt;/i&gt;. Il est sioniste impénitent, comme sa femme. Il a fondé plusieurs clubs libéraux-socialistes, qui n'ont pas seulement une vocation franco-française, mais qui lorgnent sur l'Europe, les Etats-Unis. Luc appartient à de nombreux &lt;i&gt;think tanks&lt;/i&gt; anglo-saxons.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style="margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; text-align: justify; font: 18.0px Georgia"&gt;&lt;span style="letter-spacing: 0.0px"&gt;Il a été universitaire remarqué, nommé dans les plus belles universités des Etats-Unis. Peu importe qu'il ait été patronné par des notables du milieu le plus ultraconservateur US. Luc n'a pas d'odeur. Il propose une race identitaire de son âge : se faire passer pour socialiste alors qu'il applique l'ultralibéralisme. Le laissez-fard absolu. On parle de lui comme le possible futur président de la République. L'espoir ultrasocialo. Il entretient un carnet d'adresses phénoménal. Il serait un beau parti pour les milieux des affaires, les cercles de grands patrons qui suivant le vent penchent généreusement vers la gauche libérale.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style="margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; text-align: justify; font: 16.0px Georgia; min-height: 19.0px"&gt;&lt;span style="letter-spacing: 0.0px"&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style="margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; text-align: justify; font: 18.0px Georgia"&gt;&lt;span style="letter-spacing: 0.0px"&gt;Le pire, Alain croit en lui. C'est mieux qu'en ses idées. Ses collègues et concurrents font comme lui. Il a contribué à remplacer le sentiment moral par l'intérêt. Son intérêt. Son utilité. Il réussit. Son frère est son second. Sa femme l'admire. Ils ne se sont jamais rien avoués, mais elle est là pour le prestige de la fonction présidentielle. Être mariée avec le futur président, c'est encore plus remarquable que de s'afficher en compagnie d'un ministre, même aussi puissant que Luc. Luc possède une image dans la population : sérieux, travailleur, compétent. C'est un nouveau dirigeant, de la race qui côtoie les milieux financiers de haut vol.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style="margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; text-align: justify; font: 18.0px Georgia"&gt;&lt;span style="letter-spacing: 0.0px"&gt;Comment s'appelle-t-elle - déjà? Il est dur, il cloisonne entre vie professionnelle et privée. Dans la vie professionnelle, il jouit d'une réputation flatteuse, travailleur acharné, polyvalent et brillant. On dit de lui : c'est un serviteur exemplaire, qu'il possède cette faculté rare de transférer la mentalité de la haute finance vers la politique. On oublie que Luc est un vassal des financiers; on se souvient qu'il brille. Pourquoi Luc est-il reparti aussi précipitamment de sa chaire, son pupitre, son micro, son discours-fleuve, ses adieux à la mairie?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style="margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; text-align: justify; font: 18.0px Georgia"&gt;&lt;span style="letter-spacing: 0.0px"&gt;Luc cultive son dilettantisme : musarder et batifoler en plein coeur de sa profession trépidante. Entre les discours d'adieu et le grand dîner à l'Hôtel de Ville, il s'est éclipsé. On ne lui en tiendra pas rigueur. Les militants et les citoyens qui entendront se répandre la rumeur expliqueront cette éclipse passagère par le repos le plus naturel. Quand on détient autant de responsabilités harassantes au service du bien commun, il est normal de se reposer. C'est ce que Luc se murmure aussi. Les mieux informés rient sous cape : Luc a beau être marié avec un beau parti, c'est un coureur de jupons invétéré. Et pourquoi s'en offusquer? Moralisme et pudibonderie ne sont pas les mamelles du socialisme branché...&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style="margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; text-align: justify; font: 18.0px Georgia"&gt;&lt;span style="letter-spacing: 0.0px"&gt;Pourquoi confondre comme chez la piétaille anglo-saxonne la sacrosainte vie privée avec la morale publique? En quittant l'estrade, Luc a repéré une Blackette sympatoche. En regardant bien, il aura distingué une métisse. Luc s'en fout. Pas facho, il est socialo : peu importe - la loi du plus fort. Les Blacks, métisses ou pas, font fantasmer le décoincé (c'est comme ça que Luc se voit). Elles incarnent l'idéal de la jouissance brute (pas sauvage). Luc fonce comme un butor, un taureau, ivre de reconnaissance. Toute sa vie se joue. Sa femme : désir de puissance. Son dévouement politique : désir de puissance. Il faut bien se déstresser de temps en temps. Qu'il se soulage. Séduire ce qui bouge. Le peuple ne peut pas comprendre, mais Luc est resté un hédoniste qui brille par son intelligence.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style="margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; text-align: justify; font: 18.0px Georgia"&gt;&lt;span style="letter-spacing: 0.0px"&gt;Un bûcheur qui a besoin d'abattre de la besogne. Luc est massif. Un coup de taureau, un buste de stentor, cent kilos d'énergie. Pas de graisse à brûler. Luc a trouvé dans le sexe le moyen de passer son anxiété. Il a réussi à force de potasser l'économie, au point qu'on le considère comme le plus compétent des politiciens économistes. Une perf. Il allie l'excellence académique avec l'habileté politicienne. Il se montre flatté de sa réputation : trousseur de jupons amateur de bonne chère.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style="margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; text-align: justify; font: 18.0px Georgia"&gt;&lt;span style="letter-spacing: 0.0px"&gt;Comment s'appelle-t-elle - déjà? Les femmes sont sa soupape de répression pour tenir le coup, le rythme des postes, les voyages incessants, les palaces impersonnels. Le monde rêve de &lt;i&gt;dolce vita&lt;/i&gt;, Luc a trouvé la parade au luxe : la luxure. La débauche embauche, avec la complicité de sa femme. Il court les clubs libertins chics, les partouzes bourgeoises. Depuis trente ans, il cumule les maîtresses. En plus de sa femme pour la galerie, il entretient une soubrette pour donner de l'air - plus des coups à droite à gauche, en général lorsqu'il donne des conférences.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style="margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; text-align: justify; font: 18.0px Georgia"&gt;&lt;span style="letter-spacing: 0.0px"&gt;Heureuse (sur)prise : le père de la Blackette fonce sur lui. Avec sa fille! Luc tient sa prochaine maîtresse. Confirmation : c'est une métisse. Son père est un militant de longue souche d'Eonville. Aveuglé par l'aura de notre Luc qui dore ce qu'il touche, l'immigré du Dahomey est honoré. Ne pas repasser. Bonne pioche : l'immigré lui présente sa fille. File dans ta chambre. Le père est l'entremetteur. Il admire tellement Luc, le Candidat ouvert et prometteur. Très important pour un immigré du Dahomey, la reconnaissance. Une vie de mépris. C'est dans la poche. Le vieux séducteur impénitent. Il baragouine le père, ravi qu'un candidat à la présidentielle lui accorde son attention et sa considération. Le Noir enfin considéré : vive l'oligarchie.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style="margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; text-align: justify; font: 18.0px Georgia"&gt;&lt;span style="letter-spacing: 0.0px"&gt;Comment s'appelle-t-elle? Puis il embrasse la fille. Tactique d'approche. Elle sourit. Quand il lui tient la main, comme un vieux candidat en campagne, elle ne se défile pas. Elle le regarde droit dans les yeux. Jeune, fraîche. Juvénile, gracile. Futile, attirée par l'or, les paillettes. Tel père, telle fille. La fille personnifie l'appétit de réussite sociale et professionnelle du père. Luc sait : il va la revoir. Il va l'emmener à l'hôtel. Toujours la rengaine, avec les gonzesses : quand on est connu, médiatique, la politique, le pouvoir de séduction se situe au zénith. Aphrodisiaque top. Luc n'a plus qu'à s'éclipser. Il fait ce qu'il a toujours su : baratiner un max histoire qu'on le trouve proche des militants.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style="margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; text-align: justify; font: 18.0px Georgia"&gt;&lt;span style="letter-spacing: 0.0px"&gt;Près du peuple. Il s'en fout, il relève de l'élite. Il domine - les militants, les électeurs, les peuples. Il couche des soubrettes, il tchatche des prolos, de préférence Arabes ou Noirs. le peuple est son tiroir-caisse. Luc mentalité élitiste : la majorité sert les élus. Il en fait - parti. Bon, il ne croit pas en Dieu. Si Dieu n'existe pas, tout est béni. Il est socialiste au fait - il est matérialiste. Pas de temps pour affronter ses idéaux. Il fonce vers l'hôtel de luxe. Passe-temps favori. Il va retrouver... Bon sang, il ne sait même pas son prénom. Comment s'appelle-t-elle - déjà?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style="margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; text-align: justify; font: 18.0px Georgia"&gt;&lt;span style="letter-spacing: 0.0px"&gt;Le père le lui a dit, tout à l'heure, quand il faisait semblant de l'écouter. Le père s'est cru puissant. Les Africains ont un passé d'esclavagisme, colonialisme, impérialisme : ils sont victimes - de la mode. Ils ont intégré la violence de la domination. Ils aiment les maîtres, pas les esclaves. Le père aime Luc, sans savoir pour sa fille. Bon sang, comment s'appelle-t-elle? Il y avait trop de monde, trop de bruit, trop de strass dans le tohu-bohu de l'après-discours. Trop de mains à serrer en s'éclipsant. Ne pas se rappeler du prénom, l'omission avouée ferait tache. Luc tient à sa mémoire et à montrer - qu'on peut concilier l'intelligence avec le tact. Toujours se montrer courtois, exquis, délicieux. Luc est un gentleman social, qui se fout des autres qui ne peuvent rien lui apporter.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style="margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; text-align: justify; font: 18.0px Georgia"&gt;&lt;span style="letter-spacing: 0.0px"&gt;Le père pouvait lui apporter sa fille : intéressant larbin. Judicieux séide. Les autres sont à sa botte. Ne comptent que les apparences. Il ne dédaigne pas à l'occasion, pour se détendre, de jouer aux échecs avec deux philosophes déjantés et nihilistes, qui lui serinent que seules les apparences existent. Luc a un chauffeur, dont il ne change jamais entre ses différents mandats. C'est d'autant plus pratique qu'il s'agit d'un vieil ami - dépannage grassement rémunéré. Luc entretient le culte des amis. Ce sont des proches, du milieu de la communication, de la publicité ou des affaires qui lui ouvrent gracieusement des appartements quand il a besoin de recevoir une poule. On sait : Luc vous le revaudra. C'est un être généreux : un formidable homme de réseaux. Une toile d'araignée ambulante.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style="margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; text-align: justify; font: 18.0px Georgia"&gt;&lt;span style="letter-spacing: 0.0px"&gt;Le chauffeur le connaît si bien que nul n'est besoin pour Luc de préciser l'adresse où il entend se diriger. Une habitude chez Luc : après chaque discours, il a besoin d'un bon réconfort. des fois, la jeune femme attendait directement derrière la voiture. Le chauffeur se taisait. Il n'est pas là pour poser des questions - d'autant qu'il connaît son Luc sur le bout des ongles. Quand Luc a plus de temps, il emmène ses conquêtes dans cet hôtel, un luxueux et discret palace, une chambre d'hôtes. Comment s'appelle-t-elle, bordel?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style="margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; text-align: justify; font: 18.0px Georgia"&gt;&lt;span style="letter-spacing: 0.0px"&gt;L'endroit se situe dans une petite ruelle derrière la cathédrale - inaperçu. Luc le Vénitien aime l'incognito. C'est le bon endroit pour dormir. Tout confort, discrétion assurée. La patronne est à l'image de Luc : luxe et progressisme. Elle émarge sans souci au rayon des bobos à l'aise. Elle se targue d'une amitié avec Luc. Lui laisse dire. Il a quitté Eonville, mais quand il revient dans son fief, il aime se ressourcer ici. Un air de maison cossue, pas d'hôtel ouvert aux vents. Personne ne vient, pas de journalistes, pas d'oreilles indiscrètes. La patronne est la seule à témoigner.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style="margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; text-align: justify; font: 18.0px Georgia"&gt;&lt;span style="letter-spacing: 0.0px"&gt;Elle s'amuse des aventures extraconjugales de Luc. Quand on joue à l'aristo, on est à cheval sur les élégances. La morale ennuie. La voiture s'arrête, le chauffeur part prévenir la propriétaire. Programme rôdé : deux verres d'apéro, une table retirée, de l'ombre et des oeillades, direction la chambre. Toujours la même suite, la plus luxueuse, la plus discrète. Luc dispose d'émoluments qui lui autorisent la triple vie à l'abri du besoin. Il sort de la limousine, itinéraire huilé, rentre dans l'hôtel, part prendre une douche. A la fin de l'envoi, je couche.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style="margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; text-align: justify; font: 18.0px Georgia"&gt;&lt;span style="letter-spacing: 0.0px"&gt;Si certains clients le reconnaissaient, il serait une ombre furtive partie se ressourcer avant la réception du soir. Pas de ragots, ni d'ergots. Le chauffeur est parti chercher la dulcinée. Elle attend devant la réception, nul doute. Pas de prénom, encore moins de nom. Luc aime sa fille, amis les femmes sont des objets. Une métisse à l'air innocent, pas vraiment laide - ni jolie, la fille d'un militant socialiste ayant le bon goût d'être Noir diplômé. Elle aussi fera son chemin dans la vie. Elle sort de bonnes études, discipline stricte, solides diplômes, elle est attirée par les hommes riches et influents. Elle fera du chemin, cette petite.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style="margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; text-align: justify; font: 18.0px Georgia"&gt;&lt;span style="letter-spacing: 0.0px"&gt;Comment diable s'appelle-t-elle? Luc n'a pas l'intention d'aller au-delà d'un soir. Avec ces jeunettes, au départ, elles se montrent fascinées et dociles; puis elles se rebellent, en viennent aux reproches et aux exigences capricieuses. Luc est très fier de son impunité. Il peut tout se permettre, il se tient au-dessus des lois. Ce qui chez un autre passerait pour de la malhonnêteté et de la fourberie, chez lui, c'est bonus - ou cadeau. Dans cette époque de fric facile et d'impérialisme triomphant, Luc est l'incarnation de l'oligarque au pouvoir. Il vit dans le luxe, il a du succès - politique, médiatique et social.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style="margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; text-align: justify; font: 18.0px Georgia"&gt;&lt;span style="letter-spacing: 0.0px"&gt;Il se croit au-dessus des lois. Au-dessus des femmes. Au-desus des autres. Il sourit, rit, s'ébaubit. Il ne prend pas en compte la réalité. Il est le roi, le dieu, le trésor. Il prend des pilules pour ne plus dormir, encaisser les décalages horaires, les agendas surchargés, les réunions entre deux continents. Dérives d'amphétamines. Ses admirateurs louent à mots couverts et choisis son appétit sexuel qui serait la preuve de sa joie de vivre et de sa supériorité de nature. Oligarque orgiaque, il ingurgite aussi des pilules pour doper sa libido. Il compte de bons toubibs. Il est servi par des conseillers en com' d'excellence.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style="margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; text-align: justify; font: 18.0px Georgia"&gt;&lt;span style="letter-spacing: 0.0px"&gt;La vie roule pour lui. Seul problème : il ne se sent à l'aise nul part. La politique l'ennuie vite. L'économie est un mirage masqué. Les badinages laissent un goût amer : toujours mentir se révèle fatigant. Les femmes ne méritent pas qu'on leur consacre plus d'un quart d'heure. Luc est envahi par ces garces. L'enseignement supérieur est une course aux honneurs sous couvert d'excellence académique. On se méprise à force de servir le pouvoir intellectuel. Luc aussi s'amuse, la fête, joue aux échecs, la tête, voire au ping-pong, la bête. Ce n'est jamais longtemps.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style="margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; text-align: justify; font: 18.0px Georgia"&gt;&lt;span style="letter-spacing: 0.0px"&gt;Il a besoin d'honneurs, de travail. Il se déculpabilise avec le sentiment de tuer le temps. Les femmes sont son - dérivatif. Il perd son temps. Comment s'appelle-t-elle déjà? Encore une passade, encore de la poudre aux yeux. On lui envie sa position au-dessus des lois. Il fait la loi? Lui ne s'en amuse guère. L'impunité est relative. Un jour, il tombera. Quand ses soutiens ne seront plus aussi puissants, on ressortira les affaires. Corruption, magouilles, pots de vin. Abus de biens. Les femmes - la panne. Les femmes feront tomber le tombeur dans la tombe. Un, deux témoignages sentis, quelques accusations salaces, sa réputation sera détruite.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style="margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; text-align: justify; font: 18.0px Georgia"&gt;&lt;span style="letter-spacing: 0.0px"&gt;Il ne pourra plus se présenter à une élection. Il sera l'objet de la réprobation générale. On le traitera de salaud. Les féministes enragées lui feront la chasse. Les femmes le jugeront sans classe. Les hommes estimeront qu'il est trop déséquilibré pour diriger un pays aussi imposant que la France. Il sera la bête à courre, l'homme à abattre, le cerf et valet. L'ancien oligarque dont la tête a roulé sur le billot des intrigues mondaines. C'est cela, le règne de l'impunité : un jour on est en haut, le surlendemain, tout en bas.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3619457538821527839-8328193840970813244?l=chroniquesdeleurafrique.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/feeds/8328193840970813244/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/2011/08/au-fait-de-la-glaire.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3619457538821527839/posts/default/8328193840970813244'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3619457538821527839/posts/default/8328193840970813244'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/2011/08/au-fait-de-la-glaire.html' title='Au fait de la glaire'/><author><name>Koffi Cadjehoun</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06573463984324076647</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3619457538821527839.post-5739318345707359441</id><published>2011-06-13T13:26:00.001-07:00</published><updated>2011-06-13T13:27:13.417-07:00</updated><title type='text'>Retour en farce</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Dahomey, Cadjehoun, capitale. Le Révérend Noël Condam est le très grand et très haut représentant de l'hérésie chrétienne des Anges Purs dans toute l'Afrique francophone. Sa première femme (il en a trois) est revenue dans sa maison natale, la maison familiale, la maison où elle a grandi. La grande soeur a tué le mouton pour fêter son départ pour la France. Son retour. La grande soeur est maniaco-dépressive, la petite neurasthénique. Maman Thierry porte le nom de son premier fils - tradition au Dahomey. Le Révérend s'est rendu au repas avec son petit frère, un professeur influent qui dispense à l'Université de Cadjehoun les mathématiques et qui a ouvert un lycée privé dans lequel on enseigne aux enfants riches du pays (ceux qui payent l'inscription, les autres iront pointer à l'école publique).&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Le Révérend, sa femme et son frère sont admirés. Tout ce que dit le Révérend est approuvé. Il a de l'argent, un poste, un train de vie. Maman Thierry est accompagnée de sa réussite la plus chère, son fiston Thierry millionnaire, un affairiste qui a fait fortune dans le textile et qui se diversifie dans l'agro-alimentaire. Thierry entretient trois femmes et collectionne plusieurs voitures de luxe. Plusieurs maisons, plusieurs domestiques. Il tient à être resté simple. Il se montre attaché à ses parents, sa famille, ses traditions.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Il se la pète à mort dans le traditionalisme. Son truc, c'est de financer l'Église de Papa Révérend. Comme Papa a repris l'héritage de Papi, Thierry le fils prodige reprendra le flambeau de Papa. Si Dieu le veut, il laissera les affaires vers la soixantaine et se lancera dans le religieux. Le religieux est plus important que le fric. Le fric, c'est solide, mais au Dahomey, quand on domine dans le religieux, on domine plus que dans l'argent. Avec ce qu'il a mis de côté, Thierry a les moyens de sa retraite. Thierry se reconvertira dans le religieux. Une vocation prestigieuse et à la mode.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Grâce à Grande Soeur, on a tué un agneau. Grâce à Papa, on lance la prière. Une nièce de France accompagne la famille. Elle a ramené son mari, un Blanc/Yovo. Derrière la tablée, la vieille veille. La maman des mamans. La maman de Maman Titi. Elle a passé les quatre-vingt-dix ans, elle n'a plus rien à perdre. Elle est de confession méthodiste. Elle manifeste de la reconnaissance pour Papa Révérend. Au Dahomey, on respecte toutes les confessions. Sa fille a réussi un beau mariage. Elle est mariée avec le Révérend. Pas de rejet, pas d'excommunication, pas de secte, ni d'accusation.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Après la prière, le mouton est délicieux. On l'accompagne d'une pâte de maïs, &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;asrokui&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;, c'est la fête. On parle politique. Le Révérend se situe côté pouvoir. C'est son repère. Son Eglise est reconnue par le pouvoir. Au Dahomey notamment. C'est la fête. Dieu est grand. Papa a été reçu en grande pompe par le Président de la République. Il le défend becs et ongles. Pour cette raison, mais aussi parce que les puissants ont toujours raison. Le Blanc écoute, fasciné.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Il est gentil, ouvert, tolérant, poli, intelligent. Passionné par l'Afrique, terre de la joie et l'hospitalité. C'est un Blanc anticolonialiste. Il est révolté contre l'esclavage. Il est plein de bons sentiments. Il hoche la tête poliment. En Occident, plein de Blancs sont armés de bons sentiments, prêts à des semaines d'humanitaire pour que la Terre-mère retrouve sa prodigalité inépuisable. Le Président a été réélu récemment, suite à des accusations de trucage. Le Blanc pose la question qui fâche.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;"Ne pourrait-on pas dire que le Président est un démocrate contestable?"&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Le Révérend rit. Il ne répond pas. Son frère s'en charge.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;"Nous remercions la France de l'aide qu'elle a apportée au Dahomey..."&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Les Français ont soutenu le Président et ont contribué à son maintien à la tête de l'Etat. Le Blanc est choqué : il n'a pas l'habitude de défendre les colons. En France, il se serait enflammé. Il ose à peine répondre, décontenancé que des Noirs soutiennent le néocolonialisme. Le fils prend la relève. Thierry est sans complexe. Il fait du chiffre, il est très pieux. Il n'a aucune raison de culpabiliser à propos de quoi que ce soit. Il se sent tellement droit dans ses espadrilles de jeune premier qu'il est un polygame fer de l'être et convaincu de la justesse de ses pratiques.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;"Les Français ont permis au Dahomey de continuer à vivre la tête hors de l'eau..."&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Il a de l'oseille, il ne s'exprime pas très clairement en français.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;"Nous remercions la France. Pourtant, je n'aime pas l'action des Français..."&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Serait-il enfin un brin critique?&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;"Sans eux, la démocratie au Dahomey aurait coulé..."&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Il y a eu des manifestations, des débuts d'émeute. La France est intervenue avec de l'argent et de la nourriture. La Dahomey doit rester une terre calme. Pays de paix. Maman Titi ne parle pas. Elle se tait et mange. Les femmes ne parlent pas de politique. La Maman des mamans ne comprend pas le français. La grande soeur est tellement heureuse de revenir en France qu'elle sourit à la cantonade, machinalement. La politique, elle ne comprend pas. Parce qu'elle est Française et qu'elle refuse la soumission sexiste, elle prend la parole.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;"Moi, je suis du côté du Président et des Français..."&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Le Professeur de mathématique hoche la tête. Il habite le quartier présidentiel. Il a déjà été reçu par le Président et sa Dame. Chacun sait que la Première Dame est la Première femme. Le Président est un alcoolique qui court les pépettes au point qu'il ne les compte plus. Ca, prière de ne pas le dire.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;"Le Dahomey est passé près de la guerre civile..."&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Il a eu chaud. Son établissement fermé, il aurait pu cesser ses juteux investissements. Thierry le conseille et s'est associé avec lui. Les deux achètent des boulangeries à Cadjehoun et se lancent dans le textile. Thierry propose des coûts de revient imbattables. Mieux qu'en Asie. Il a un secret : il fait travailler les gosses et les femmes pour des bouchées de pain. En Afrique, il n'y a pas plus esclavagiste que l'Africain du coin. Le Professeur a de quoi avoir peur. Deux et deux font quatre. Thierry n'a pas peur.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Il croise les mains comme s'il priait en secret. Il cultive une dégaine de dragueur pieux, sagement parfumé, très propre sur lui, l'air confiant, le gars à qui la vie réussit sans faille.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;"Les Français ont eu raison : sans eux, le Bénin aurait perdu son commerce, c'est la base de la démocratie..."&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Comme le Blanc essaye de protester, Thierry ajoute, l'air du prédicateur :&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;"Si les Français aident les Dahoméens qui réussissent, je suis du côté des Français. L'Afrique a besoin des riches Africains..."&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Son Père le Révérend approuve. Il est tellement content de la tirade filiale qu'il se sert un morceau de rab. Mouton, pâte. Le Révérend aime manger. Les autres enfants de Maman Titi n'ont pas réussi. L'un est mort empoisonné (la sorcellerie); l'autre est un magouilleur qui aurait mieux fait de ne pas naître. Le Révérend est impitoyable avec ceux qui ratent. Dieu est du côté de ceux qui réussissent. Il est du côté de Thierry. Le Révérend a d'autres enfants, avec d'autres femmes. Il leur a donné à manger. Il les a élevés. C'est un traditionaliste strict : tu as intérêt à travailler à l'école et à te montrer respectueux avec tes aînés. Sinon, c'est la porte ou la chicotée.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;"Les Dahoméens avaient tendance à s'endormir. Les Français ont rappelé que pour sauver un peuple, il faut aider ceux qui réussissent..."&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Il a l'air convaincu. Avec sa grande toge orange et sa casquette assortie vissée sur la tête, il ressemble à un OVNI maquillé. Son fils est habillé en homme d'affaires occidental. Comme il cartonne dans le textile, il tient en plus à sortir bien habillé. Il porte une chemise de grand couturier et de couleur sombre unie, avec des boutons de manchettes. Il se comporte en héritier poli/policé, le fils qui a réussi et qui est heureux de manger avec ses parents. Sa mère le couve du regard. Son père sourit quand il s'exprime.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;La grande soeur prend la parole. Toujours aussi décalée. Elle n'est pas folle, elle est envoûtée. Il faut beaucoup prier. Elle ne se mêle pas de politique, seulement de Dieu. Si tu lui parles de Dieu, elle est aux anges. Elle est très proche de sa petite soeur Maman Titi. Par politesse, on va l'écouter, alors que son avis sera cinglé, banal, roboratif. Elle parle en vieille fille moraliste, pas mariée et expliquant toute chose par le jugement tout-puissant de Dieu. Elle n'est pas une adepte des Anges Purs, mais une protestante méthodiste, la religion du Papa défunt. Elle éprouve le plus profond respect pour les Anges, parce qu'ils ont de l'argent et parce qu'ils passent leur temps à prier. Aussi parce qu'ils luttent contre la puissance maléfique du vaudou et de la sorcellerie.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;"Dieu n'aime pas ceux qui perdent. Les Français ont gagné parce que Dieu voulait que les Français gagnent. Les Français sont du côté de Dieu et Dieu les inspire. Moi je n'aime pas les imbéciles. Les imbéciles sont des tarés. Des damnés. Des réprouvés. Dieu a créé le monde avec peu de gens intelligents et beaucoup d'imbéciles. C'est le choix de Dieu. Si Dieu a agi ainsi, c'est qu'il ne pouvait faire autrement. Les Français ont soutenu les gens intelligents. Les Béninois qui réussissent dans les affaires sont intelligents. Et aussi ceux qui sont grands mathématiciens..."&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;On est presque gêné de l'éloge de grande soeur. La vieille exagère. Elle ne délire pas. On ne dit pas de mal de la grande soeur. Le Révérend se garde d'approuver. Pourtant, elle a loué Dieu et son frère même père même mère. Mais elle va trop loin - avec les Français. On veut bien soutenir les Blancs à condition qu'ils favorisent vos intérêts. La grande soeur vit en France depuis des décennies et tient le discours le plus néo-colonialiste qui soit. Elle est périmée. Elle est dépassée. Le Blanc sympa et silencieux serait révolté qu'une Blanche de France s'exprime de la sorte. Il mastique son mouton en suppliant n'importe quelle force surnaturelle de faire cesser ce discours consternant. La grande soeur n'est pas folle, elle radote. Elle répète des explications oscillant entre simplisme et mysticisme.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Thierry n'est pas d'accord avec sa Tata, mais il se tait. Sage comme un millionnaire. Personne ne contredit Tata, pas Papa. C'est la grande soeur de Maman. Titi est le fils bien élevé. Pas question de contredire son aînée. Même à côté de la plaque. En planque. Titi n'aime pas les Français et les Blancs. Pour lui, ce sont des dégénérés. Il fait du business avec eux, parce qu'ils sont les plus forts, mais il aime bien rester chez lui, dans sa famille, avec ses traditions. Il est du Dahomey, il est de Cadjehoun, il a plusieurs femmes. La vie lui sourit. Il aime manger la pâte et le crabe. Il s'ennuie quand il va en France ou en Italie.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Tata croit que les Français sont les meilleurs parce que son Papa lui a appris sa copie conforme et qu'elle récite sa leçon par coeur. Elle n'a pas changé depuis trente anas au moins. Elle n'aime pas le bazar en Afrique. Elle est du côté des ordonnés. Des plus forts. Ce ne sont plus les Blancs. Les Blancs étaient les plus forts avant. Du temps de la colonisation. Maintenant les maîtres de l'Afrique, ce sont les commerçants, et au-dessus d'eux les religieux. Les prêtres. Les hommes d'Eglise. Titi est très fier de son Père. Le Révérend symbolise en Afrique de l'ouest toutes ces hérésies chrétiennes où le messianisme est africain. Noir.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Les Africains relèvent la tête. A force de se réincarner chez des Africains, Jésus sera Noir un jour. Titi en est persuadé. Titi a une grande qualité. Il sent la vitesse du vent. Il symbolise la réussite africaine. Il a monté ses affaires. Dieu l'a béni. Maman l'a béni. Père le Révérend l'a béni. La preuve que les Anges purs ne sont pas des démons. Dieu est avec les Anges purs. Ceux qui prient. Les Africains sont supérieurs aux Blancs. Titi n'a rien contre les Blancs. Il leur est juste supérieur. Titi est un dominateur. On domine par le commerce puis par la religion. Le commerce rend prétentieux, parce que quand vous réussissez, vous dominez - personne ne vous domine. La religion rend humble, parce que vous dominez les hommes si Dieu vous élit. Mais Dieu vous dominera toujours.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Prenez le Blanc de la table. Titi sait très bien que ses frères les Noirs ont peur de lui. Sa carte d'identité, sa nationalité, ses papiers. La Tata est admirative. La Maman est craintive. Le Père est du côté de Dieu. Dieu l'a fortifié. Papa sait que le Blanc est perdu et qu'il gît dans l'erreur. Il est plein - de bons sentiments éperdus. Titi a pitié de lui. Le pauvre est loin de Dieu, loin de la vérité. Il veut aider les Africains. Les Africains n'ont pas besoin qu'on les aide Les Africains ont besoin de grandir, de se fortifier, de quitter les chaînes de l'esclavage humanitaire. Le seul moyen d'y parvenir, c'est de donner aux chefs le pouvoir.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;L'Afrique aux chefs d'Afrique. Pas l'Afrique aux Africains. Ce sont les slogans des communistes, des socialistes et des nationalistes. De tous ceux qui font de la politique. Il faut faire de la religion. Dieu n'est pas pour l'égalitarisme. Dieu est pour la domination. L'oligarchie. Dieu est un électeur, pas un niveleur. Heureusement, alors qu'il a abandonné les Blancs à leur triste sort d'athées démesurés ayant pris la place de Dieu, Il a décidé d'aider les Africains après quatre cents ans d'esclavage et de colonialisme. Les Africains redresseront la tête, pas tous en même temps, mais tous pour Dieu. Les Africains sont élus par Dieu. Dieu aime les chefs et les prophètes.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3619457538821527839-5739318345707359441?l=chroniquesdeleurafrique.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/feeds/5739318345707359441/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/2011/06/retour-en-farce.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3619457538821527839/posts/default/5739318345707359441'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3619457538821527839/posts/default/5739318345707359441'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/2011/06/retour-en-farce.html' title='Retour en farce'/><author><name>Koffi Cadjehoun</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06573463984324076647</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3619457538821527839.post-1838702916993530358</id><published>2011-04-23T07:29:00.001-07:00</published><updated>2011-04-23T07:29:54.086-07:00</updated><title type='text'>Reste au rang</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Alain Méribel a de quoi se sentir fier : depuis six mois, il cartonne enfin. Il n'a jamais réussi dans les études, il est paumé. Il déprime plutôt qu'il ne fait la fête. Chacun sa catharsis. Alain l'a trouvé dans le f&lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;ast food&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;. Il bosse chez le fabriquant de hamburgers belge Ham, qui est le principal concurrent sur le marché européen de l'américain Burking. Alain rêve d'être professeur des écoles. Anciennement instit. Il ne réussira pas, car il n'arrive pas à travailler. Réussir est sa phobie.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Il est en échec. Il est amoureux d'une garce, une Sénégalaise qui le prend pour un âne et qui le fait lanterner comme un pion. Alain s'accroche. Maso sans doute. Elle entretient plusieurs relations et ne veut pas de lui - durablement. Elle est en phase de quête personnelle. Elle a déjà avorté de lui. Il devient fou. Il n'en dormait plus et il s'est investi par compensation dans la musculation intensive. Résultat : il ressemble presque à un body builder. Il a gagné dix kilos de muscles. Il peine à se déplacer sur un terrain de basket, sa passion. Tant pis, il se sent plus fort avec des bras surdimensionnés que dans les bars sous-dimensionnés où afflue la jeunesse insouciante.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Alain a vingt ans. C'est un enfant. Il a travaillé dur comme serveur chez Ham et maintenant, il a gradé. Il est le chef du restaurant Ham du centre-ville d'Eonville. La classe. Du coup il en serait presque venu à trouver que ceux qui ont reconnu son mérite sont dignes d'éloge et que le système du &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;fast food&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt; est excellent. Peu importent les critiques sur la qualité gastronomique et ou diététique de son resto rapide. L'important, c'est qu'on l'a enfin reconnu à sa juste valeur.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Car Alain n'est pas prétentieux, il est vaniteux. Il tient à ce qu'on reconnaisse son importance humaine par-delà sa fragilité sociale. Son rêve? Reprendre ses études. Pour l'instant, il galère dans sa vie et son boulot ne lui donne pas de temps. Il faut choisir, Alain n'a pas le choix. Il a besoin d'une paye et il espère percer dans son job à plein temps travail. Il rêve de prestige : il bosse cinquante heures par semaine, il est directeur de restaurant. Ca sonnerait assez bien s'il ne travaillait dans une chaîne de restauration rapide tendance US, son rêve aurait été d'être propriétaire de franchises. Le propriétaire de la franchise du centre-ville d'Eonville en possède cinq autres dans la région.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Nous sommes au début des années 2000 et la précarisation du travail commence. Depuis un an qu'il est entré dans la restauration rapide, Alain est fatigué. Il erre à bout. Mais il espère encore. Les études et les documentaires contre la restauration rapide n'ont pas trop détruit son image. Alain est fixé : son job, façon étudiant américain volontaire, est une transition vers un vrai travail, Maître des écoles. Diriger un groupe d'élèves, telle set sa responsabilité. Sa vocation.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Chez Ham, la direction a reconnu son investissement. Il a Réussi à augmenter les marges. Alors pourquoi partir? Alain n'est pas assez payé et travaille trop. Il n'a plus de vie à côté. Il n'a plus de temps pour étudier. Il est exploité. Même lui commence à s'en rendre compte. Il est malheureux partout. Sa seule trouée d'espérance, c'est son projet scolaire. Il n'en peut plus de ne pouvoir se détacher de sa copine.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Une Sénégalaise. Une Africaine. Depuis ses dix-huit ans, il s'est mis en tête que l'Afrique était un endroit génial et qu'il vivrait en Afrique. Bien entendu, il doit avoir des enfants avec une Africaine. Il écoute du &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;reggae&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;, il est opposé au mariage bourgeois chrétien et aime la nature. Ca rend plus mature? Il est opposé au capitalisme et s'est promis de lutter contre ce fléau plus tard. Ô calendes grecques. Avant, il doit amasser en plein coeur de Babylone, chez Ham. Les spoliateurs sont ceux qui le nourrissent.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Chienne de vie, où l'on est traité comme de la viande. Alain la met entre deux tranches de pain, quelques légumes, parfois du fromage. Ce n'est pas compliqué, de conception. Par contre, que tant de consommateurs, des jeunes, succombent aux charmes du hamburger décliné à toutes les sauces... Alain sait ce qu'il donne à manger. Ras les rats dans les cuisines. Lui, maintenant, il a gradé, il donne des ordres, mais le fond, gagner sa vie en vendant de la camelote, de la graisse et des sauces sucrées, c'est se moquer du monde.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Il ne le dira jamais à ses potes ou aux filles qu'il essaye de draguer en discothèque, il a honte de lui. Il comprend que sa belle Sénégalaise le repousse plus ou moins. Elle est peut-être folle, mais lui ne tient guère plus la route. Paumé, elle aux fraises. Il serait temps qu'il ne la voie plus. Il serait temps qu'il démissionne. Les deux vont de pair. Les deux font la paire. Tant qu'il bossera pour Ham, il sortira avec cette péronnelle déséquilibrée qui l'aguiche pour le torturer.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Elle ne se rend pas compte. Elle est plus perdue que perverse. Encore qu'elle soit perverse. Alain travaille dans un système pervers. Ham est l'emblème de la perversité capitaliste. Alain l'a découvert en se rendant chez un ami pour disputer un match de basket. Alain essaye de se donner le style du sportif sain et bien dans son corps. Bien dans sa tête. Il joue au basket et il se muscle comme un damné. Dans le fond de son crâne torturé et indécis, il a pris sa décision : démissionner. Tchao Ham et les ânes sans âme.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Mais c'est comme avec son ex future : il est incapable de prendre une décision claire. Il n'est pas velléitaire. Il oscille entre deux chaises. Il aurait besoin d'un psy, &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;american way of life&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;, il n'a pas les moyens. Salope de vie au service du capitalisme de flibustier : toujours travailler, perdre ses plus belles années. Pourquoi et pour quoi? Alain n'arrive pas à casser, Alain n'arrive pas à démissionner. Le travail et les amours. Quand rien ne marche, on traîne en mode faillite. Le seul moyen de se refaire, c'est de changer.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Repartir du bon pied. Il sort de Ham, le cerveau retourné, les odeurs, le stress, l'impression de perdre son temps. Mauvais signe, le ressenti ment. Mauvais singe, il tombe sur sa Sénégalaise. Il n'a jamais eu de chance dans la vie. Ses parents ont divorcé enfant, il se retrouve à bosser dans un resto rapide avec un contrat précaire, il sort avec une instable plus ou moins nympho, comme l'on dit chez les jeunes, sans savoir que la nymphomanie est une vacherie. Elle traverse, grand sourire.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Elle lui fait la bise. Elle ne doute de rien. elle a porté leur bébé, l'avorton a avorté. Une dégénérée. Elle frime, lunettes de soleil et peau qui brille. Normal de se comporter de manière faible, elle n'est pas fiable. Elle est une fille de Sénégalais musulmans qui veulent la marier au bled avec un cousin. Qui n'ont plus de repères. Elle ne pense qu'à s'amuser, à danser, à sortir, à jouer les starlettes, bijoux et dorures. Parures et raclures.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;"Si je viens avec mes copines, tu peux nous faire un tarif?"&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Elle est câline, complice, pas affectueuse. Elle zappe depuis deux semaines, quinze jours, longues soirées. Et elle ressurgit, la bouche en coeur. Elle est intéressée. Elle est déséquilibrée. Elle est sexuelle. C'est une sale gonzesse. Elle se réfugie dans le cul pour éviter la confrontation avec ses parents. Elle la fait culture sénégalaise. Mais la culture africaine toute différente n'existe pas. Elle n'est pas différente de la culture française. Plus les Noirs la jouent différents, plus ils sont ignares et complexés. Alain en a marre de l'Afrique à frac. L'Afrique, c'est chic. L'Afrique aime le fric, surtout sa Sénégalaise.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Pourquoi perdre son temps avec cette mijaurée, cette capricieuse, cette mythomane? Deux ans qu'il souffre, deux ans qu'il galère, deux ans qu'il pleure. Elle réapparaît quand il n'a plus besoin d'elle, quand il l'oublie, quand il va mieux. C'est toujours le même cinéma, le même cirque. Elle se tape des autres, des gaillards, des tâches, des niqueurs, des frimeurs, des imbéciles, et puis, hop, elle montre son museau enfariné. Une perverse. La perversion de l'Afrique dans son froc. Pour Alain, l'Afrique, c'est autre chose. L'Afrique, c'est ailleurs. L'Afrique, c'est son rêve.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;D'un coup, il s'affranchit de sa Sénégalaise. Elle pas pour lui. Moque de lui. Ne fera pas sa vie. Il est sentimental, elle manipulatrice. Fossé et jachère. Elle profite. Elle se la donne. Elle vaut rien. Pas un cachou. Pas une mangue. Elle a fait perdre son temps. Elle n'a qu'à traîner avec ses plans relous. Ses amis, non merci. Ses fréquentations, fréquentes déraisons. Un sale plan ambulant.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;"Si tu veux, je danse samedi avec le groupe..."&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Ah, non merci. La dernière fois, Alain a accouru, persuadé qu'elle renouait - qu'elle avait enfin compris sa valeur. Rien à voir avec les autres, des coups d'un soir, des &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;play boys&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt; de la baise sans bise. Tu parles, elle l'avait invitée comme ça, sympa, gratuit, invitation, au premier rang. Elle dansait de manière frénétique, les jambes levées, tam tam mate. Son percussionniste était son petit copain. Elle était distante. Alain l'a mal sentie. Elle l'a présentée. Il était livide. Elle l'a trouvé fatigué et mystérieux. Pourquoi pas bizarre? Alain a juré ne plus la calculer. Il a pardonné. Elle se joue de lui.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Cette fois, la bonne. Elle ne s'y attend pas. Elle seule. Il sent. Elle s'est pris un râteau. Marre des éphémères. Elle veut se caser. Alain casser. N'est qu'un moyen médiocre. Elle trouvera un mari compatriote apparenté. Tradition oblige. Les traditions sont plus fortes que le bon sens. Mariage forcé, mariage obligé, mariage parental. Les parents décident, chez les Noirs musulmans? Ca dépend des familles. Une famille de tarés. Des psychopathes en boubou. Des sorciers sans intellect. Alain a trop galéré; Alain a trop espéré. Alain veut souffle, se régénérer. Décompresser.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;"Je ne suis pas là ce soi, ça ne sert à rien de repasser!"&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Son ton l'a surpris en premier. D'habitude, il ne s'énerve pas. Il pète les plombs en implosant. Là, il va exploser. C'est un volvan éteint.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;"Espèce de garce. Tes burgers, tu peux te les foutre où je pense. Salope de merde."&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;La voix est blanche. Posée. Alain ne crie pas. Les autres passants croient que de vieux amis palabrent en toute quiétude. Complicité. Alain a traversé la route. Elle a voulu répondre, dire quelque chose, rien à faire. Alain ne veut plus entendre parler de cette pouffiasse. Terminé, il ne sera plus le dindon. Il fonce tête baissée. Lumière. Dans un coin de sa tête, il a toujours eu le lampadaire, il ne le savait pas. La mère d'un ami est universitaire. Elle lui a proposé de l'héberger. Fini le Ham, les sandwiches, la vie de patachon, le cauchemar. Il potasse le concours d'instituteur, il devient maître des écoles, il enterre sa vie de cadavre ambulant, erreur de casting sur toute la friture.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;La solution. Le bout du tunnel. Enfin résolution. Plus de tergiversation. Il a marché, sonné, ascenseur. Troisième étage. Elle le reçoit simplement. C'est une cinquantenaire qui fume la pipe, qui lit des livres. Elle s'ennuie ferme. Elle le dévisage avec fixité. Il parle nerveusement, plus tendu qu'un entretien d'embauche. Il joue sa vie sur ce pile ou face. La Sénégalaise, c'est fini. Une nouvelle vie à l'horizon. Elle a accepté le deal, il n'a pas bien compris. Pour fêter, il paye le restaurant, confus, bourré sans goutte.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;La suite? Il a dû lui rouler une pelle. Il a dû se retrouver au pieu avec elle. Sa réputation n'est plus à entretenir : elle se fait vieille, elle a couru les hommes. Son kif, c'est les jeunots. Elle les protège, leur offre l'hospitalité, la vie de gigolo. Femme émancipée. Féministe intégrale. Elle fait ce qu'elle veut de son corps et de sa vie. Elle est indépendante, agrégée, femme de Lettres et athée. Alain n'a pas cherché, le contrat dans la poche. Il ne sait plus trop.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Deux ans qu'il sort sans sortir avec une psychopathe de l'intrigue. Il est maintenant dans un bar. Musique à fond. Il boit un verre avec Claude Delacampagne. Le fils de sa protectrice. Bizarre, il ne se pose pas la question. Le fils est ravi de l'évolution. Alain ne déprime plus, il a retrouvé le sourire. Il était temps. Rien de tel pour débloquer la situation qu'un pétage de plomb. Il a lourdé son ex future, démissionné de son job d'embrouille, sauté une veille névrosée et embrassé la vie de professeur des écoles.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Le trip hop réchauffe l'atmosphère. Les serveuses sont jeunes souriantes. La bière pique dans la gorge. Ca pétille. Les vannes sont rouvertes. Période de malédiction? Disette. Vinaigrette. Son karma pèse plus que la galère américaine. Il est quelqu'un de Bien. On le lui répète tout le temps. La preuve. Il réalisera son rêve : enseigner à des enfants en Afrique. Il a choisi sa destination, l'Afrique à l'ouest. Il logera chez sa protectrice, le temps de décrocher son diplôme de maître. Professeur des écoles. Il voyagera distribuera des cahiers aux pauvres enfants. Il se mariera avec une Africaine jolie souriante, qui lui donnera des enfants métisses. C'est beau la vie, quand les portes se libèrent.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3619457538821527839-1838702916993530358?l=chroniquesdeleurafrique.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/feeds/1838702916993530358/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/2011/04/reste-au-rang.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3619457538821527839/posts/default/1838702916993530358'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3619457538821527839/posts/default/1838702916993530358'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/2011/04/reste-au-rang.html' title='Reste au rang'/><author><name>Koffi Cadjehoun</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06573463984324076647</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3619457538821527839.post-3691339358781175627</id><published>2011-03-23T08:41:00.000-07:00</published><updated>2011-03-23T12:52:25.902-07:00</updated><title type='text'>Le meilleur</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style=" ;font-size:large;"&gt;"Je suis le meilleur professeur de Lettres de l'Académie..."&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style=" ;font-size:large;"&gt;On croirait entendre un &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style=" ;font-size:large;"&gt;rapper&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style=" ;font-size:large;"&gt;. Râpé. Sourcils à peine relevés, Luc Méribel fait une pause dans son cours à l'Institut Universitaire des Enseignants, le haut lieu auquel il a accédé du fait de ses mérites insurmontables de Professeur Pédagogue Modèle. Il enseigne au collège Mirabeau d'Eonville, un collège de ZEP tranquille, qui lui offre l'opportunité de se présenter comme Le Professeur réussissant à durer dans un Collège Si Difficile.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style=" ;font-size:large;"&gt;Impressionner son auditoire, Luc sait faire.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style=" ;font-size:large;"&gt;"L'Inspectrice m'utilise comme son chauffeur..."&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style=" ;font-size:large;"&gt;Eh oui, il importe de se travestir en esclave grotesque si l'on veut récolter les louanges des moutons. L'auditoire des futurs professeurs stagiaires est soumis à la bonne parole. Des étudiantes modèles qui ont appliqué servilement et efficacement durant leur scolarité. But du Maître : marteler et bateler que Luc est l'intime de l'Inspectrice Générale de Lettres à cause de son mérite inégalable de Professeur ZEPien. L'Inspectrice est une folle qui se conduit en psychopathe psychorigide avec les professeurs que son PAF (Plan Académique de Formation) a dans le pif. Notre perruche iroquoise, mélange de bouledogue rogue et de sorcière sourcilleuse, suit les recommandations avisées des chefs d'établissement et les notes internes? Peu importe. Son jugement est infaillible, puisqu'elle officie en tant qu'Inspectrice.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style=" ;font-size:large;"&gt;"Inutile de rappeler que je n'ai pas eu besoin de passer plusieurs fois l'agrégation pour l'obtenir..."&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style=" ;font-size:large;"&gt;Impressionner l'auditoire. La cause est gagnée, cette année comme les autres. Outre que Luc officie devant un public acquis à sa cause, il ne peut se trouver contesté par une ribambelle de jeunes femmes impressionnables et naïves, qui ont pour seule expérience leur passé de bonnes élèves consciencieuses. Aujourd'hui, on n'est plus prof par l'intelligence ou le savoir, mais enseignant par le zèle et le conformisme social.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style=" ;font-size:large;"&gt;La première heure du Cours de Luc (quel privilège) est consacrée à imposer cette vérité capitale et trop ignorée : Luc Méribel est le meilleur des professeurs. C'est un&lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style=" ;font-size:large;"&gt;free lance&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style=" ;font-size:large;"&gt; du professorat qui intervient dans le cadre d'un séminaire à titre gracieux, bénévole et généreux. A la demande conjointe et unanime de l'Inspectrice, sa confidente, et du directeur de la section Lettre de l'Institut, son intime. Le clan des copains - d'accord. Depuis quarante ans que Luc est professeur, il aurait pu obtenir de meilleurs postes sans forcer du galon : devenir Professeur des universités; au moins en classes préparatoires. Mais Luc est un exemple de la Conscience Professionnelle : il importe que son excellence soit utilisée prioritairement en collège.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style=" ;font-size:large;"&gt;Depuis quarante ans, il obtient toujours des résultats mirobolants à Mirabeau. Avec lui, les élèves de sixième sont capables d'atteindre l'inventivité la plus prodigieuse. S'ils s'effondrent par la suite, rien d'étonnant : Luc est le seul Professeur Excellent de son établissement (sans doute aussi du département - sans doute de la région, avec quelques autres élus). Les autres, les collègues moyens ou médiocres, n'ont qu'à bien se tenir. Luc invente constamment des jeux qui ont pour particularité sublime d'être aussi des apprentissages. Avec lui, les techniques de didactique ou de pédagogie les plus en pointe sont inutiles : Luc se situe d'emblée au-dessus d'elles.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style=" ;font-size:large;"&gt;C'est un crack, un boss, un génie. Il se recoiffe sur le côté (il est chauve). Il a asséné sa vérité. Il s'aime. Il gagne peu de fric, juste de quoi se payer un cabriolet vrombissant. Car Luc n'est pas seulement un professeur de collège exceptionnel, c'est aussi un oiseau de nuit infatigable. Quand il a fini d'inventer des Divertissements d'Apprentissage (l'appellation qu'il a fondée et qu'il a jugée de suite éternelle), il sort. Il flambe. Il dort très peu. Il est aussi génial en tant que professeur que drôle dans les bars. Avec une particularité, une bizarrerie qui est bien vénielle (et excusable) pour un génie de son acabit : c'est une tapette. Désolé, il est attiré par les hommes.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style=" ;font-size:large;"&gt;Sinon il collectionnerait les femmes. C'est tout à fait normal, chez les génies et les excellents, l'homosexualité. Agrégé, Professeur, Formateur, Confident de l'Inspectrice. La preuve que les meilleurs sont en marge : l'Inspectrice est une gouine. Impossible d'être excellent sans être différent. Luc se serait bien vu en Inspecteur, mais les gadgets, il les réserve pour ses élèves. Inspecteur, c'est appliquer les consignes de la hiérarchie pontifiante. Si tous les professeurs étaient comme lui, les générations d'élèves auraient dépassé l'excellence des cracks précédents et auraient à choisir entre Polytechnique, l'ENA ou l'agrégation de philosophie.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style=" ;font-size:large;"&gt;La crise de l'Education, Luc est un contre-exemple. Il allume sa cigarette. Ca fait partie du personnage. Les bien-pensants se désolent de ce vice, sans comprendre qu'on ne peut prétendre au statut de professeur-génie sans fumer des cigarettes à tire-larigot. Luc est un professeur génial? Donc il est pédé, fumeur et noceur. La deuxième heure de cours sera consacrée à expliquer en gros qu'on s'épanouit très bien dans un collège à condition de conserver son esprit d'enfant.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style=" ;font-size:large;"&gt;Personne n'est plus rieur que Luc. C'est un Jésus avec miracles et sans résurrection. Il passe son temps à faire des coups pendards à ses collègues, qui en fonction de leur sens de l'humour rient ou s'énervent. L'Inspectrice se réjouit tellement de cet humour potache qu'elle l'appelle pour consigner jusqu'aux farces du Génie de l'Enseignement Secondaire. Quand on est un génie comme Luc, il est normal que l'on sorte du rang et que l'on s'amuse. Pour Luc, la vie est un jeu. Luc est le Je du jeu. Alors, l'enseignement est un jeu. Et ça marche : si l'Inspectrice l'a nommé à l'Institut de Formation, c'est parce qu'il est le meilleur - en s'amusant.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style=" ;font-size:large;"&gt;Il est tellement bon qu'il a été obligé de constater l'évidence : quand ses élèves le quittent, ils périclitent, ils se sclérosent. Luc est si socratique qu'il est capable de vous extirper de n'importe quel cerveau de plomb l'or scintillant. C'est un pédagogue né. Avec lui, ses élèves sont capables de devenir des poètes, des tragédiens et apprennent en s'amusant. Luc réalise le rêve de tout pédagogue. Apprendre en s'amusant. C'est super méga &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style=" ;font-size:large;"&gt;cool&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style=" ;font-size:large;"&gt;, l'invention.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style=" ;font-size:large;"&gt;Puis, quand on quitte le Grand et Génial Professeur Luc Méribel, on s'effondre, parce que les autres ne sont pas capables d'exploits répétés. Plus d'amusement. Du travail. Des efforts. Retour à la case casse. On souffre, on transpire, on tire - la langue. Les cancres redeviennent las. Si tous les professeurs étaient fabriqués du même bois que la patine de Luc, l'enseignement serait plus beau. On serait Polytechniciens et énarques. Peut-être que la mort n'existerait plus?&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style=" ;font-size:large;"&gt;Malheureusement, les autres collègues ne sont pas comme Luc. Luc les méprise et les toise. Ces chouchous cassent son joujou. Encore que. L'Inspectrice l'a nommé pour qu'il forme les jeunes stagiaires à ses méthodes si originales et novatrices. Révolutionnaires. Luc est un merveilleux révolutionnaire. Luc n'entend pas les choses de manière si pacifique. Les autres, les collègues, professeurs-tacherons, même des nouvelles générations, ne parviendront jamais à l'égaler. En toute simplicité, il est unique. L'Unique. Personne ne lui arrive à la cheville. Réaliser les exploits qu'il réussit à répétition n'est pas une affaire donnée à tout le monde.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style=" ;font-size:large;"&gt;Il se situe au point où il ne fait plus cours. Il invente de nouvelles techniques qui sont des jeux. C'est un joueur qui a transfiguré l'enseignement. Faire du métier un jeu, fallait y penser. Luc n'est pas un professeur comme les autres. Il incarnerait l'exception qui confirme la règle. Surprise, alors que Luc grille sa clope avec désinvolture, dans le couloir de l'Institut flambant neuf, la tapette de la classe vient l'aborder.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style=" ;font-size:large;"&gt;Luc se méfie. Il adore draguer, mais pas dans le cadre du travail. Il est venu en tant que Professeur Exceptionnel, pas gai luron.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style=" ;font-size:large;"&gt;"Excusez, Monsieur, vous serait-il possible de nous prêter quelques idées de vos Cours, nous aimerions les reprendre en guise de modèle et d'exemple..."&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style=" ;font-size:large;"&gt;La tapette est un des seuls mâles de la promotion. Il a l'air tellement ému d'aborder son Professeur-Formateur qu'il parle essoufflé. Professeur de Lettres, un métier de gonzesses à mallettes. Notre pédé extraverti s'exprime avec une componction châtiée un rien empesée. Luc se moque par principe des pédés. Question d'autodérision. C'est sa détestation de l'esprit de sérieux - le plomb. Il mime le désintérêt et lâche une volute de cigarettes - rien ne m'impressionne, surtout pas vous. Les stagiaires, il en fait son affaire.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style=" ;font-size:large;"&gt;"Je suis au regret de vous annoncer que c'est à vous de créer vos propres cours..."&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style=" ;font-size:large;"&gt;La tapette mondaine en serait presque à pleurer. Il montre en tremblotant ses copines de promo, un petit groupe de travail studieux et conformiste au possible. Luc s'entête. Son rôle est de jouer le &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style=" ;font-size:large;"&gt;magister&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style=" ;font-size:large;"&gt; strict et inflexible. Il y ajoute sa pincée d'originalité, fumer sans arrêt, mais le plus important est d'appeler les stagiaires à la création répétitive en s'inspirant de son modèle inspirateur et formidable : créer à partir du modèle didactique proposé et formalisé. Des Grands Professeurs Experts comme Luc se trouvent chargés dans chaque Académie de pondre ces Principes imitatifs. Luc crée ses cours librement, avec l'approbation de l'Inspectrice, qui se montre très pointilleuse et pinailleuse dans ses avis.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style=" ;font-size:large;"&gt;Les stagiaires sont appelé(e)s à imiter, jamais à rabâcher. Pas de mot à mot. Les consignes avant tout. C'est une créativité limitée, surtout pas une répétition par coeur. Luc sera inflexible là-dessus. Il a des mots touchants pour expliquer que l'enseignement de la didactique permet la créativité dans la répétition. Il cite de mémoire des passages de son idole Ledeuze, le philosophe le plus important de la Création (à qui il a adressé la parole une fois, lors d'un séminaire à Paris).&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style=" ;font-size:large;"&gt;"Je vais vous expliquer durant l'heure prochaine pourquoi je ne vous livre pas mes Jeux Pédagogiques...."&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style=" ;font-size:large;"&gt;Quand il est en forme, il dit "les JP", comme si l'abréviation était maîtrisée de tous. Il tourne le dos à la tapette estomaquée. Fini le dialogue de l'interclasse. La théâtralité, c'est son dada. Il a passé sa vie à jouer au professeur; maintenant qu'il enseigne comment jouer à professer, maintenant qu'il est Formateur Reconnu et Excellent, c'est le moment d'impressionner son auditoire conquis. Il ressent la désagréable sensation de n'y parvenir qu'en partie. Bien entendu les stagiaires le portent en vive admiration, mais c'est sans plus. Parfois, il se demande s'il n'en a pas trop fait. S'il ne s'est pas planté dans son &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style=" ;font-size:large;"&gt;one man show&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style=" ;font-size:large;"&gt;. Il est atteint de coups de &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style=" ;font-size:large;"&gt;blues&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style=" ;font-size:large;"&gt;. A force d'avoir prôné une ligne si didactique, n'aurait-il pas commis quelques bourdes?&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style=" ;font-size:large;"&gt;Quand il voit les résultats catastrophiques du français, il éprouve de la peine à expliquer que c'est le faute des autres, les mauvais collègues trop nombreux, que si tous le suivaient dans son exemplarité, on y arriverait mieux... Une certaine lassitude l'envahit. Les élèves savent de moins en moins écrire. Ils ne lisent plus. Ce qui déprime Luc, c'est que son exemple n'ait pas servi à hausser le niveau. Les professeurs n'ont pas fait&lt;/span&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style=" ;font-size:large;"&gt; face à l'ouverture de l'enseignement pour tous. Les élèves ont percuté une porte de prison.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style=" ;font-size:large;"&gt;Et Ledeuze? Inspirateur et philosophe-éducateur? Pourquoi Luc n'a-t-il pas fait école? Pourquoi est-il cette Excellence Académique, adoubée par l'Inspectrice et les huiles de l'Education Nationale, tout en restant un incompris du grand nombre? Cette faillite, c'est sa faille. Au fond, il se fout bien d'être pédé, tabagique ou noceur; il se fout de mourir d'un cancer ou d'une attaque; il se fout de flirter avec le surmenage. Ce qui lui importe, c'est d'être reconnu. Passer à la télévision. Pourquoi pas inspirer les chansons? Etre la star professorale, le rocker de l'Education, le crooner de la didactique. Il a échoué. Il est le grand confidentiel reconnu de ses pairs.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style=" ;font-size:large;"&gt;Un peu de lucidité : l'Inspectrice est une folle et le Directeur de la section Lettres de l'Institut un petit arriviste minable à bouclettes. Méprise : Luc se prise. Il fait son cinéma. Il fait l'acteur sans titre. Il est imposteur. Raison pour laquelle il fume autant?&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style=" ;font-size:large;"&gt;"Nous allons reprendre le cours..."&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style=" ;font-size:large;"&gt;Le monde fait semblant. Lui fait semblant d'être le meilleur Professeur-Formateur. Les stagiaires font semblant de croire en ses découvertes. Quand elles auront en poche leurs diplômes (vu la proportion de femmes, on dit : elles), elles ne viendront plus le voir. Il sera abandonné et ridiculisé. Quand il partira en retraite, il sera oublié. Jeté aux ornières aux orties. C'est sa plus belle récompense. La preuve de son génie sublime. Il a fait partie de la clique des didacticiens. Il a appliqué la tactique des frimeurs. Il sera enterré comme un voleur de valeurs dévaluées.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3619457538821527839-3691339358781175627?l=chroniquesdeleurafrique.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/feeds/3691339358781175627/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/2011/03/le-meilleur.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3619457538821527839/posts/default/3691339358781175627'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3619457538821527839/posts/default/3691339358781175627'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/2011/03/le-meilleur.html' title='Le meilleur'/><author><name>Koffi Cadjehoun</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06573463984324076647</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3619457538821527839.post-5697342882913184391</id><published>2011-02-27T01:52:00.001-08:00</published><updated>2011-02-27T02:26:27.256-08:00</updated><title type='text'>A l'hombre</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Dans l'appartement d'Eonville, cité HLM, c'est la tuerie. La barbarie. A terre, Rachid Wallas joue aux dominos. Il ne se drogue pas. Il vend : shit, héro, ecstas et coco. Dans les chiottes, le prisonnier en conditionnelle est en train de vomir. Luc Méribel n'a plus l'habitude de l'héro. C'est dur, sortir de zonzon. Il est monté à cause de ses potes, Rachid en tête. Luc était le convoyeur de la fine équipe. Il est tombé pour quelques kilos de chanvre. Rachid tâte le loulou. Quand Luc sortira, il l'hébergera. Et c'est reparti pour le chaud : Luc braque des apartes de bourges, Luc se came à mort et Luc squatte les entrées. Un cave, le gars.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Dans la chambre, Pape entre et sort. Un clandestin. Un &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;speedos&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;. Pape fume, il ne le sent pas. Pape n'a pas snifé, il flippe que Luc dérouille. Si les condés viennent ramasser un machabée pour overdose, qui est bon pour la dose? C'est aussi à cause de Pape que Luc est monté. Cinq ans auparavant, les lascars ont monté un gang. Vrai bang. Banco. Ils ont braqué la région et ils ont tartiné le coin. Manque de bol, Pape et Rachid sont passés à côté des gouttes. Luc portait. Le taré de la bande déporté. Il a pris trois ans pour connerie. Pas cher payé. Rachid s'est chargé du silence, Pape a lâché l'affaire. Pape ne pense qu'à sa gueule. Il n'a pas de potes. Il méprise sous l'emprise. Luc le sent. Il s'en fout. Il redoute tellement de balancer, Pape prendra soin de lui. Aujourd'hui, jour de perm', Luc a eu droit aux cadeaux.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Héro, joints, paquets, la vie de rêves pour un foncedé. Luc a abusé. Pape n'en peut plus. Il frappe toutes les cinq minutes à la porte. Luc crânait. Luc n'assure pas une cacahouète. Luc est trop con. C'est un gadjo. Un orphelin. Un galérien. Un cramé. Il passera sa vie en taule. Il se fera choper tous les deux ans, il ne sait pas réfléchir. Pape l'a largué. Pape est un enfoiré. Pape est un bandit. Sa sainte trinité : le fric, le deal, la thune. Il méprise le monde. Il bave de rage. Luc ne répond toujours pas.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Pape veut bien faire quelques gestes, mais maintenant, il a une go. Une pure bebon. Tout le monde la lui envie. Il a intérêt à assurer. Monter des plans. Il blanchira dans une sandwicherie. Il n'a besoin de personne. Elle vendra, il cuisinera - les sauces.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;"T'es sûr que ça va aller?"&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Pape n'aime pas qu'on déconne.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;"T'inquiète, il est de sortie, il a besoin d'oxygène…"&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Pape baisse d'un ton.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;"Et s'il y passe?"&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Rachid rigole.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;"Sérieux…"&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Rachid a un problème : il s'en fout. Il vend des kil de came sans problème de conscience. Il refourguerait à la soeur de son pote. C'est un psychopathe de la poudre. Il a investi dans un standard résidence F-3 à Eonville et il a lancé la maison au bled, village d'Algérie. Rachid clashe cash - cher. Il diversifie dans la prostitution. Le sacre. Pape n'a pas de temps à perdre. Si le chiot ne sort pas des chiottes, Rachid ou pas, il casse la porte. Pas grave, un serrurier le dépannerait. Un pote qui se montre très coopératif contre une barre. Pape a passé du bon temps avec le loulou, mais maintenant, constat : Luc est &lt;i&gt;out&lt;/i&gt;. C'est un &lt;i&gt;has been&lt;/i&gt;. Il sortira, il squattera, il trafiquera.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Depuis, Pape a grandi. Finie la vie de lascar. Pape retourne dans sa chambre. Pour impressionner la galerie, deux potes et une Blanche, il a posé une savonnette mine de rien sur un banc et un &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;gun&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt; manne d'étain sur la chaise. Personne ne parle, les gens ont peur. On défie l'autorité, pas les balles. Ca craint, c'est impressionnant, surtout quand on joue les durs alors qu'on ne connaît rien à la vie.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Ne rien dire. Pape se tait. Il a l'air souriant, il cogite. Comment sortir du guêpier? Vivement que Luc retourne en taule. Pape a peur de perdre sa copine. Peur de perdre son apparte. Peur de lâcher des amis. Il est prêt au risque du blé, la période potes, c'est ovaire. Maintenant, l'urgence est de construire. Pape n'en a rien à foutre des amigos.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Go, il sort avec un métisse. Mieux qu'une Blanche. Une fille de compatriote, un cinglé qui ne veut pas le calculer. Pape est fou, le père est atteint. Hélène quémande les détraqués. Elle kiffe les allumés. Pour peu qu'ils soient Sénégalais, le vaudou est bon. Chez Pape, Hélène vient d'arriver. Elle est belle, le visage brille sans monoï.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Pape est tendu, parce que Hélène exige que Pape cesse cette vie. Vie de voyou. Terminé le &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;shit&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;. &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Out&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt; le flingue. Pape doit se ranger. Sinon Hélène se casse. Pape ramasse. Et cet imbécile de Luc qui squatte les chiottes... Rachid tient la baraque, Luc casse sa bicoque. Vivement qu'il retourne en cabane avant qu'il ne rompe sa pipe. Pape veut la paix. S'il pouvait, il disparaîtrait. Rachid n'en a pas besoin pour monter ses plans. Hélène rêve du Sud, près de la mer. Ca sera mieux que de perdre son tempo dans le bitume d'Eonville. Le brouillard et les phares.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Rachid débarque dans la chambre. Il est chez lui. Si Pape a la paix, il le doit à son amitié avec Rachid. Son protecteur. Sinon, ça ferait longtemps qu'on l'aurait braqué et dévalisé. Les jeunes sont impitoyables entre eux. Pas de cadeau. Son &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;jack-pot&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;, c'est Hélène. Hélène ou Rachid, s'agit de choisir. Pape a fait son choix, Hélène s'amuse à le faire danser. Hélène prend son pied à traîner avec des Blacks sénégalais tendance racailles.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Quand elle se réveillera, elle aura trente balais et un marmot seule. Elle ne se demandera pas comment elle a dilapidé autant d'atouts. Son père? En attendant, Pape croit au miracle, il a droit au calvaire. Il est vert. Il est torturé. Avant de tomber sur Hélène, sa vie était balisée. Hélène est une traîtresse.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;"Je peux te parler?"&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Rachid embrouille, son genre.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;"Pour le deal, c'est ce soir..."&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Pape a compris. Pas le choix. Quand on est l'associé de Rachid, Rachid la joue décontracté, sans cadeau. Pas le temps de rire. Pape vend en détail astronomique. Il prend les risques. Rachid le ravitaille. Plusieurs kilos par semaine, plus son marché d'héro, il flambe en millionnaire. La porte s'ouvre. Qui c'est, encore? Pape est armé. Pape est blindé. Non, la porte est ouverte, parce que Pape s'en fout. C'est sa meilleure arme. Pape est un téméraire. C'est un compatriote, un footeux. Ousmane Dabo sort de zonzon - lui aussi. Il joue au foot comme une bête, il est bâti comme un colosse, il a pété les plombs. Il traîne sa grosse tête. Il se prend pour un dieu. Plein de femmes, plein de biz. Il vendait des fringues.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Le stagiaire du centre de formation de l'A.S. Eonville touche une misère. Ousmane a besoin du train d'enfer. Il arrondissait les fins de mois. Il cachetonait en réserve. On lui parlait de contrat pro. Il n'a rien vu venir. Il sortait avec une officielle. Il a pété les plombs. Trop de stress sans strass. Elle l'a trompé, il l'a plantée. Trois fois rien. Une scène de ménage. Il a joué le sketch du forcené avec police et section d'assaut. Les dirigeants de l'A.S. allaient le sauver.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Il fanfaronnait qu'il ne risquait rien. Verdict : trois ans de bagne. Les dirigeants l'ont lâché. Ils l'ont exploité. Ils savaient, il avait dix ans de plus que son âge français. Sobre arnaque. Tant que t'es en forme, t'es un héros. Le jour où tu crains, t'es un zéro. Les sportifs sont des esclaves dorés. Ousmane l'a compris entre quatre murs. Avant, il avait libre exploitation de son melon. Il se prenait pour le troll du pétrole. Tendance &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;afroking&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;. Il paradait, fanfaronnait. Il était intouchable. Il l'est toujours.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Maintenant, on se rend compte qu'il est mégalo, qu'il délire, qu'il raconte n'importe quoi. Il essaye de retrouver son lustre d'antan. Il est grillé. Première mission : répéter qu'il n'a pas perdu le pied et qu'il va rebondir dans un club pro. Deuxième missive : se retaper des gonzesses. Il n'a plus le même crédit. Avant il lui suffisait de claquer des doigts pour faire tomber les mouches. Maintenant, il est déconsidéré. On se méfie de lui. On murmure qu'il bombarde de bobards. Il entretient une régulière, une trentenaire qui se la joue belle et prétentieuse, mais ça ne lui suffit pas.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Pape est son ravitailleur. Pape fournissait les fringues. Ousmane méprise Pape. Il le prend pour un voyou, un barjot, un mauvais. Ca fait des semaines qu'il passe aux nouvelles. En vérité, il drague la belle Hélène. Il lui promet maux et mots. Une baraque, une voiture, du prestige, un statut, des esthéticiennes... Hélène n'est pas insensible au baratin. Avant de fricoter avec Pape le dealer consommé, elle était avec un collègue à Ousmane. Un coéquipier.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Les footballeurs sont un choix de luxe. Un investissement de lucre. Pape a peur. Il flippe. Pas sûr de lui. Hélène est prise entre deux feux : la violence ou les promesses. Le deal ou la frime. Elle pencherait pour la frime, mais Ousmane s'égare. Pape est peut-être barré, mais il tient la barre. Elle s'amuse avec l'ex légende promise à l'avenir le plus rond. Elle teste son pouvoir de séduction. Vu comme elle est splendide, elle s'est jurée de quitter la banlieue. Son enfant vivra l'envers de son enfer.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Elle ne prend pas le chemin de ses résolutions. Elle oscille entre un dealer d'hiver et un footeux voûté. Au grand jeu des questions : Pape va-t-il s'énerver contre son compatriote déchu? Va-t-il jouer la modération et se souvenir qu'il lui déléguait les tâches peu de temps avant le vent? Pape est imprévisible de toutes les réactions, la plus violente comme la plus pacifique. Il ne prévoit rien. Pour l'instant, laisser Luc récupérer, la tête dans les chiottes.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Sans prévenir, il sort commissionner avec Rachid. Les associés vont chercher le matos. Rachid se sert de Pape comme d'un porteur. Rachid a les moyens. La came rapporte. Il achète les condés, les baveux, les lieutenants. Pape ne prévient pas Hélène. Toujours le macho au sang chaud. Sancho à l'essence chaude. Il rentrera la besace remplie de kilos. Et s'il ne rentre pas, Hélène se la racontera en lui portant des oranges.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3619457538821527839-5697342882913184391?l=chroniquesdeleurafrique.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/feeds/5697342882913184391/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/2011/02/lhombre.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3619457538821527839/posts/default/5697342882913184391'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3619457538821527839/posts/default/5697342882913184391'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/2011/02/lhombre.html' title='A l&apos;hombre'/><author><name>Koffi Cadjehoun</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06573463984324076647</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3619457538821527839.post-147247992390270537</id><published>2011-01-25T06:28:00.001-08:00</published><updated>2011-01-25T07:21:24.171-08:00</updated><title type='text'>Sa mère</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;Elle allume sa pipe. Elle flambe le canapé. L'air mâle lui vient comme un gant. Elle domine, mine. Elle minaude, ode. La souris joue au rat. Elle : Claire Heim, professeur de littérature générale à l'Université d'Eonville. Elle vit seule dans son grand appartement : cent dix mètres carrés. Son fils est éjecté, sa fille est mariée. Claire déteste les hommes. Elle a détruit le fils. C'est une loque, une lopette, un raté, a foiré ses études, n'a aucun caractère, aucun avenir. Elle est heureuse de ce ratage, car le fils ressemble au père.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;Elle ne sait pas pour l'homo. Il cache ses pulsions, il ne peut avouer. Il drague. Un séducteur, on dit chez les intellos. Ca fait chic - sonne moins choc. La fille a cartonné. Elle est arriviste. Super sympa, à condition qu'elle domine. Ceux qui acceptent sont ses amis. Les autres, elle entre en concurrence. C'est une huile rance. Elle a réussi sa vie. Maman Professeur à l'Université, la fille est itou.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;Le piston aide. Maman très fière de sa fille, sa fille lui ressemble : profil, n'aime personne. Pas son mari, ni ses enfants. Elle ne pense qu'à dominer. C'est un petit monstre froid, une bourgeoise de l'intellect. Elle dépense comme à la Bourse : s'agit que ça rapporte. Sinon, prends la porte. A force de traîner son boulet en comète, la mère est blasée. Elle est très seule. En retraite, elle a perdu ses dérivatifs.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;Longtemps, son jeu aura été la souris. Tant qu'elle détenait une position mode domination, elle était chat. Elle se tapait des étudiants. Plus des collègues, plus des connaissances : ça lui passait le temps. Le sexe oublie qu'on est seul, méchant et sans vie. Claire déprime. Dur, d'être une femme seule. Plus personne ne donne de nouvelles. Quand elle est partie en retraite, on était soulagé.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;Elle n'était pas la femme intelligente et stricte, mais la manipulatrice qui détruisait son monde. Elle s'en moque. Elle a décidé - de partir. C'est son rêve. Changer d'air. Ses enfants grands, son boulot la quitte. L'enfer n'est pas devant. Elle vivra en Espagne. Son amant préféré est exilé à la Réunion.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;Quitter Eonville. Ville où elle a divorcé, son temps à pleurer. La vie de célibataire. Quand on est libre, on est condamné à la solitude. Enchaîner les amants, lot de consolation, exil. L'exil extérieur. L'exil géographique. Elle bouge en bilingue. Elle exprime l'espagnol. Elle sera espagnole. Elle jouera à une femme moins honnie.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;Marre de sa perdition. Son fils, elle le voit de loin. Sa fille : trois enfants adorent leur grand-mère - gentille mamie. A cinq ans, on aime le monde. Claire déteste la mode. Elle méprise, pas vraiment. Pour mépriser, il faut avoir le coeur sec - Claire est sensible. Claire se méprise. Pauvre Claire.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;Tous la croient femme seule et intelligente, entourée de ses pipes et de ses livres, en fait, c'est une femme seule et triste. Dépressive. L'Espagne lui donnera baume au coeur. Elle ne croit en rien. Pas de Dieu, sang-maître. Des collègues, surtout si ce sont des hommes. Elle a contracté son dernier amant juste avant sa retraite.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;Un étudiant paumé qu'elle a hébergé. Claire est une bête à bac. L'intelligence, c'est les concours. Tu marches, elle court. Maintenant qu'il a réussi son bacho maître des écoles, l'étudiant a refait sa vie. Il est poli, pas trop intelligent, si attentionné. Il traîne avec le fils. Un moyen avec un raté. Ils jouent au basket. Claire déprime sévère. Son médecin la calme. Elle fait comme si elle dominait son &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;blues&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;Elle lit, elle fume la pipe, elle dorlote. Claire s'est fait à l'idée de finir sa vie seule. L'Espagne vaut mieux que le concubinage troisième âge. Elle n'a besoin de personne. Une femme intelligente est émancipée. Une féministe ne craint pas la solitude. On sonne à sa porte. Elle court, froide et très rigide. Elle est morte longtemps. Depuis son divorce, une vie antérieure. Comme elle n'a peur de rien, elle tire le verrou sans précaution. C'est un ex.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;Elle veut le congédier. Un fâcheux, qui enseignait le sport à la piscine de la fac et qui s'ennuyait de sa femme. Il s'appelle Luc Méribel, il a une petite barbe et il a l'air très soucieux. Il ne fume pas, il ne boit pas, c'est un mâle sain. Claire est sortie avec la kyrielle des barbus. Elle ne se remémore plus la liste exhaustive.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;"Je suis venu pour l'addition..."&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;Claire ne s'attendait pas à cette réplique étrange. Elle le fait entrer. Il ne parle pas. Il lui saute dessus. Claire affecte l'imprévu. Elle laisse. Ca l'amuse, qu'on la désire encore. Elle lorgne du côté des jeunes. Luc est dépassé. Déphasé. C'est pour ces caractéristiques morbides qu'elle l'estime. Elle ne peut apprécier que ceux qui vont mal, qui souffrent en désarroi. La crise lui convient. Luc ne perd pas de temps.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;Il est dans le tempo. Elle n'a pas pigé, il l'a poussée dans l'ascenseur. Direction la &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;gova&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;. Claire parque sa caisse. Son fantasme, baiser en bagnole, marque de prof. Luc est décidé. Il rattrape le taon. Ce qu'elle n'ose avouer, c'est qu'on la foute à poil sur le capot. Déculotté, le désir. Luc n'ose pas l'impossible. S'il vient quelqu'un, si on découvre le pot aux rosses, ils sont roses. Claire n'a rien à perdre. Elle s'excite avant l'exile au royaume.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;Luc l'a plaquée sur le siège arrière. Il souffle comme un phoque sur le retour. Claire n'a d'autre issue que de baiser, seule à deux, seule sans Dieu. Elle fait semblant, vu qu'elle en a marre de tout. Vivement que le porc finisse son ouvrage. Elle a pris ses anxiolytiques. Elle a bu son café. Elle a fumé sa pipe. Elle ne pipera mot. Elle est morte avant l'âme. Sa mère a crevé d'un rongeur. Elle a perdu son frère d'un songeur. &lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;La morale, c'est son péché mignon. Curieux, d'être moraliste immorale? Elle aperçoit par le rétro son putain de fils. Qu'est-ce qu'il fout? Il devait être à l'entraînement de basket? Il ne sait pas jouer, il s'entête, ce blaireau. Ce taré. Et encore, sans savoir qu'il est pédé. Elle affecterait de s'en réjouir, comme d'une victoire sur la masculinité. Le triomphe de l'homophilie. Elle pleurerait un peu plus chez le généraliste.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;Si encore elle s'était fait voir avec un jeune, elle aurait nargué son fils. Avec son sexagénaire rôti, elle aura du mal à se la péter. Elle est calée en flag avec un vieux croûton sur le retour - marié et père. La honte. Faut déconner pour se faire prendre à ce jeu. Déjà qu'elle est en froid avec sa pute de soeur et sa merde de frangin encore vivant, là, on va rire dans les chaumières. On la prenait pour une malade, genre détraquée. Qu'est-ce qu'elle est intelligente, elle a assuré niveau diplôme, le reste ne suit pas. Elle est nympho, elle est hystérique, elle est sadique. Rien ne va dans la tête à Claire. Tête à claques.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;Le fils est parti, même pas choqué. Il est bizarre. Il est pâle. Il est sombre. Il lui a jeté des verres à la gueule vers dix-huit ans et puis, plus rien. L'asthénie. Un pauvre type. Maintenant, il vit sa vie. Il vire sa cutie. Officiellement, il est célibataire en quête de reconversion. Il foire ses études, il est super nerveux, il enchaîne les périodes galères. Claire fait face à l'irréalité. Sans procès, elle jette son prince charmé et elle remonte, l'air de rien. Elle toise le concierge, sport favori : c'est un con.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;Son fils regarde la télé. Lui aussi, qu'est-ce qu'il est con. Elle regrette d'être sa mère. Il regrette d'être né. Son drame est d'avoir une soeur qui réussit. Il est mort avec sa mère. Sa mère l'a tué quand il avait un an. Elle a divorcé et elle l'a méprisé. Il ne s'en est jamais remis. Il a parlé à cinq ans, il a pété les plombs à vingt ans, il essaye de ne plus s'énerver depuis un an.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;Il se reconstruit. Son passé est mort. Il va vivre. Sa mère peut se casser. Plus elle sera loin, plus il sera bien. Avec ce qu'il vient de voir, il ne lui enverra plus de verres à la gueule. Il ne lui criera plus dessus comme un dératé. Il ne lui dira plus rien. Il se lève, il allume une cigarette. Elle n'a rien à lui dire. Elle est détraquée. Elle est disjonctée. Il a passé sa vie à sauver sa mère. Maintenant, il est amer. Il finira seul. Il cachera son homosexualité. Il a honte de lui, de sa mère, de sa vie. Il a honte de son couple maléfique. Nique ta mare. Il aurait tant aimé aimer sa maman. Moyennant quoi elle se fait tringler à l'arrière de sa berline pourrie. Tu parles d'une vie.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3619457538821527839-147247992390270537?l=chroniquesdeleurafrique.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/feeds/147247992390270537/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/2011/01/sa-mere.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3619457538821527839/posts/default/147247992390270537'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3619457538821527839/posts/default/147247992390270537'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/2011/01/sa-mere.html' title='Sa mère'/><author><name>Koffi Cadjehoun</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06573463984324076647</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3619457538821527839.post-745166974561623086</id><published>2011-01-05T08:22:00.001-08:00</published><updated>2011-01-05T08:26:09.931-08:00</updated><title type='text'>La dépolitique</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Facile, la conversation millénariste. Les potes devisent en complotistes. Au bar, les convives dorment. On passe la trentaine, les moeurs changent? Les enfants; divorce. Bien vu chez les amis, mine de rien on se fait vieux. On s'ennuie de ce qui amusait. On fatigue passé minuit. Las, l'exceptionnel. La sortie récompense la fin des travaux. Alain Méribel a divorcé de cinq ans de bons et loyaux sévices. Pour couronner le tout, il a acheté une baraque à la campagne. S'agit d'économiser, par les temps qui courent. L'ex femme est à cran. La nouvelle aux anges. Moins d'impôt : plus de travaux. Heureusement, Alain a des potos dans le métier. Refaire le toit, plaquer les murs, peindre, &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;no problemo&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;...&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Alain remerciera la compagnie par une bouteille de rouge. Son meilleur ami est l'homme à tout faire. Il est gentil, Claude Delacampagne. Il travaille au &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;black&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;. Ouvrier &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;new wave&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;. C'est sa marotte. Il vit hors système, &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;reggae-&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;joints; il économise les charges. Il encaisse le banco illico dans la poche. Vieux, c'est loin. Le retraite, du foin. La santé, des soucis. Claude est surnommé Chips parce que l'ado engloutissait les chips avec les bières. Claude a grandi, mais il est resté ado : gentil, il ne comprend rien. Il s'amuse. Il se fout de tout. C'est un enfant de la bulle, style début XXIème.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Chips a surnommé son Alain le Mousse, parce qu'il était marié avec une Beurette et qu'il buvait des bignouzes sans chips. Claude s'est pointé en compagnie de son pote, un facho qui taffe dans la médecine et qui fume des joints. Lui aussi n'écoute que du reggae. Chips n'aime que les bourges qui lui filent des chantiers au noir. Avec le poto, il est servi : une mentalité qui fait quinze ans de plus, cheveux gris, ton gras, qui se prend pour un aristo parce qu'il est né dans une dynastie de médecins. De pairs en fils. Faut être paumé pour traîner avec un facho, paumé pour être facho. Le médecin est paumé, Chips est paumé.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Dans la bande, on donne dans le surnom. Ca fait &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;smooth,&lt;/span&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-style: normal; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt; la branchouille&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;. Au lieu de Franco ou Pinochet, Scalpel passe. Ca donne une option &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;underground&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;. Va pour Scalpel, le médecin est rhabillé en sympathique bourgeois qui fume en &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;cool&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;. Ce qui compte, c'est reggae. La bande affiche son son franchouillo-jamaïcain - la politique ne compte pas. Tant qu'on est &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;cool&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;, on est&lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;in&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;. Tant qu'on écoute, on est &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;smooth&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;. Scalpel le facho est bienvenu du moment qu'il ne saoule pas. Le toubib est OK : il fume jusqu'au chaos.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Et puis, une habituée, Sonia, la quarantaine &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;trash&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;. C'est dur d'être ado après trente balais. On prend un coup de vieux. Le coup de masse sue. Sonia tire dans la catégorie Beurette décomplexée. Elle décroît en Allah, elle croasse en bières, elle gère en reggae. &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Original style&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;. La go fumait des stocks. Depuis qu'elle a arrêté, elle grossit à bloc. La masse toque. Elle sort d'une dépression carabinée. Le démon de midi. Elle descend les clopes, elle engloutit les verres. Mauvaises tripes et &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;psy trip&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;. Calmer le jeu. Elle écoute du reggae pour se relaxer.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Reste l'intrus : un pote à Scalpel, vaguement à Chips. Quoique : Chips est copain avec le monde, tant qu'on fume et qu'on ne réfléchit pas. Après, on s'engueule, ça craint. Chips en mode rêve. Le gus est sans surnom. C'est un nouveau. Un provisoire, qui écoute du reggae, qui se prend la tête. Dans le groupe, le maître-mot : ne pas se prendre la tête. La vie, des conneries. Le pire, la religion. On frise le vulgaire.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;"C'est pas tout, un verre pour qui?"&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Mousse jubile. Il étrenne sa baraque. Grand soir. Chips baisse la tête. Pourquoi est-il interdit de fumer dans les bars, putain?&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;"Vous avez vu, les dernières faillites de banques aux Etats-Unis?"&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Ca y est, le nouveau craque. Tu vis hors du système, en mode prolétaire pépère, marginal sur les bords, perfusé au black, et l'autre, l'intrus, il saoule politique. Pire qu'un bourge. Un &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;soul&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;looser&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;. Sonia tousse. La violence la flippe. Le nouveau va se faire insulter. Chips chie dedans, Mousse se marre. Scalpel s'énerve. Scalpel est impulsif. Egaré avec des zens que rien n'ébranle. Mousse est féru d'Internet. Schéma simple : rapide à emmagasiner. Zéro angoisse. Contrat rempli : trois familles de banquiers juifs tirent les ficelles du monde. Facile et docile. A force de traîner avec les Rebeus, Mousse se défie des feujs.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Mousse nique la politique. Il effleure entre amis, puis il s'en pète. Il est pessimiste tendance fataliste. On ne pourra rien changer au pire. Les choses iront de pire - empire. Chips ricane. Il pose en cynique. Ses études foirées, la chose dans la vie : s'amuser. Aucun effort. Les potes, la famille, le son. Chips squatte un studio, un jardin, des chantiers et des joints. Le monde peut s'écrouler, il zone sur son île-lot.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;"Moi, les banques, ça ne m'empêchera pas de dormir..."&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Le nouveau en remet une couche. Lourdingue, &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;man&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;- Vous ne comprenez pas : c'est la mort du libéralisme qu'on vit!"&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Coulé. Chips ferme les yeux. Abstrait - il déconnecte. Dans la culture &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;reggae&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;, les &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;ismes&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt; sont diaboliques - Babylone. Dans le groupe, on se dore. Touché, pas calé. Scalpel se réveille. Il kiffe le reggae façon &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;skin&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt; sans tête. A fleur de peau, son pote l'a vénère. C'est lui qui a ramené le raisonneur. Putain de zozoteur. Pour se rattraper, il va le ramoner plein pot. Il va l'encadrer texto. Il ne peut pas trop s'étendre politique car sa mentalité est sous-marin. Il se venge par le chagrin. Sa chance : Chips et ses acolytes ne comprennent rien et en rajoutent une couche.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;"Moi, c'est pas ce que je vois, hein...&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;- Tu vois quoi? Je croyais qu'il n'y aurait pas de crise. Tu t'es planté comme tous les adorateurs du système. Je vais te dire un truc entre deux verres : t'es un Babylonien pur jus!"&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Scalpel s'en tamponne. Il fume. Il spécule dans l'immobilier. Des broutilles, il en rajoute. Il a voté vert, il est autant écolo que Chips est picolo. Lui, son truc, c'est la frime du fric. La crise du libéralisme l'arrange tant que son monde ne s'écroule pas. Tant qu'il fume, il est &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;fun&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;. Scalpel est découpé en tranches pathétiques. Un petit joue à la haute. Il possède soixante-dix mètres carrés chez le notaire, il pose au proprio.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;"La mort du libéralisme, vite dit. Jamais les banques ne se sont si bien portées!"&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Il a changé d'intonation. Pour jouer les &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;cools&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;, il parle du nez. Il recouvre les accents familiaux : accentuer les syllabes finales et dodeliner de la tête.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;"Tant qu'on a du boulot... La crise, je ne l'ai pas vu venir..."&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Chips calme le jeu. Il s'en fout. Il s'en moque. Il s'en pète. Il s'en tape. Il s'en tamponne. Son délire, c'est traîner avec des bougres qui lui ramènent des chantiers. Les bourges lui donnent de la consistance. Il est le valet replet des maîtres rompus. Ouvrier minable traîne avec bourges minables. Il est largué. Il est crashé. Le prolo du black, il fait le jeu du système ultralibéral. Une fois, son cousin lui a sorti la vérité. Il ne le calcule plus. Chips est un serf-tête. Serre pas trop fort, tu tètes. Un serf heureux d'être esclave? Le serf des valets. Cherchez l'erreur. Scalpel aboule. Dans une période troublée, Scalpel ferait partie des collabos. Son but : légitimer la loi du plus fort.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Stupeur et tremblement : Mousse qui s'y colle. Mousse n'a rien dit. Mousse ne vient pas de la haute. Mousse est un plombier qui s'est infiltré dans une combine : au Conservatoire d'Eonville, on cherchait des appariteurs. La planque. Quelques dépannages, deux services. Pas de dérapage. Des cédilles. Mousse ne demande qu'à être planqué. Marre de plaquer. Le destin de Chips, non merci. La vie de serf volant, c'est tout vu. Mauvais délire. Ne pas s'élever. Rester caché. Le complotisme rend pessimiste. Fataliste. Imprévu, Mousse entre dans la danse.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;"Tu déconnes, avec tes théories sur les banques. Faut arrêter de sortir des conneries!".&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Mousse est vénère pépère. D'habitude, Scalpel vérole en virulent sans opposant. Il voulait se faire son faux pote, pas qu'on le démasque. Pas qu'on lui tombe le masque. Rapport de forces : il ne peut déraper avec Mousse. Le meilleur pote de Chips est un intouchable. Mousse s'énerve, Scalpel se rétracte. Il méprise Mousse, il reprise Chips, il prise Sonia, il défrise la bande, mais il fume.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Il marmonne une protestation étouffée et inaudible, alors qu'il n'aurait pas hésité à secouer physiquement Jeannot - en aparté.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;"C'est comme tes délires néoconservateurs en Irak ou en Afghanistan..."&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Mousse est à fond dedans.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;"C'est criminel, défendre les Occidentaux!"&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Pas si dépolitisé que ça, le bougre. Scalpel relève la tête. La meilleure défonce, c'est l'attaque.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;"Attention, je défends la démocratie, pas l'Occident..."&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Mousse n'a pas envie de se quereller. Il boit une gorgée de bière.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;"La démocratie, c'est le droit d'ingérence?&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;-Parfaitement!&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;- Je vais te dire, tu parles comme les néoconservateurs..."&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Scalpel regrette d'avoir ramené un traître. Depuis des lustres, son contradicteur le calme toujours. S'il continue à s'enflammer, il va le démasquer. Scalpel est comme les faibles : il est impulsif. Il prépare l'insulte. Manque de bol, Mousse relance cartes sur table.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;"Néoconservateur, ça craint...&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;- Attention, je suis pour la démocratie...&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;- Quelle démocratie? Toujours l'hypocrisie!"&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Cette fois, Scalpel bouillonne. Son pote ne l'envoie plus sur les rose, il le rosse. Manque de bol, Sonia se réveille de sa léthargie médicamenteuse.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;"Nawal, trop &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;cool&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;!"&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Dans la bande, on fait dans la Beurette reggae joints. Sonia est branchée sur les ondes des Beurettes émancipées. Nawal sauve l'ambiance au moment à ça craignait grave. C'est la copine de Chips. Elle a toujours le sourire. Elle ne comprend rien à la vie : pour ça qu'elle rit.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;"Vous savez quoi? Reggae Roots passe dans un mois..."&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Trop bonne, la nouvelle. On passe aux choses sérieuses. Mousse oublie ses humeurs. Chips se détend. Sonia quitte le cafard. Même Scalpel perd son rictus de fiel. Plus question de politique ou d'autres galéjades. Tout pour le reggae. Tout pour Reggae Roots. Un groupe de papys jamaïcains qui suivent leur musique depuis quarante ans. Ils représentent l'authenticité&lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;underground&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;, surtout quand on est à fond pour l'avis rasta. Les chanteurs débarquent fonceda à chaque concert, lancent des incantations mystiques - ils ont tout compris à la vie. Avec leur barbe poivre et sel, ils font dix ans de plus que leur soixante balais.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;"On peut déjà réserver?"&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Ouf, Sonia respire. Enfin un sujet qui assure. La dispute politicarde allait mal finir. Sonia vraiment supporte mal les engueulades. Mauvais pour les nerfs des serfs. La politique, le lieu du lourdingue. Impossible de discuter. En plus, ça ne sert à rien. Elle fuit les prises de tête. Les légendes du ghetto de Kingston, c'est le pied. Le miracle succède à l'enfer. On ne vit pas pour réfléchir. On vit pour le zen. &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Yeah man&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;. Sonia s'évade de ses problèmes. Surtout pas de politique. Dans le zen, on apprend à éviter les conflits. Trouver la paix intérieure. L'équilibre dans les contraires...&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;Le reggae est la musique du zen chanvré. Le son du tao. Sonia le sait. Mousse est un bon gars trop triste. Chips hume la friture. Scalpel est un sale type. La dépolitisation est le crédo des branchés de l'&lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;underground &lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"&gt;jobard. Les maîtres des dépolitisés sont les extrémistes. Scalpel est un sous-fifre stupide. Heureux de médire, de dépenser. Juste s'occuper de sa gueule. C'est le souci de la vie d'un dépolitisé. Le pote à Scalpel regrette d'être venu. On perd son temps. Il ne regrette pas d'avoir parlé. Scalpel est dans les cordes? Mousse sort de sa horde.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3619457538821527839-745166974561623086?l=chroniquesdeleurafrique.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/feeds/745166974561623086/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/2011/01/la-depolitique.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3619457538821527839/posts/default/745166974561623086'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3619457538821527839/posts/default/745166974561623086'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/2011/01/la-depolitique.html' title='La dépolitique'/><author><name>Koffi Cadjehoun</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06573463984324076647</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3619457538821527839.post-2196330563435566713</id><published>2010-11-29T08:16:00.000-08:00</published><updated>2010-11-29T08:18:22.458-08:00</updated><title type='text'>Moi, cinquante ans, rebelle et collabo</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;Bon, ben voilà, c'est fini. Au moment où la gloire arrivait, c'est fini. Arrimé. Curieux, ma vie est composée de paradoxes. Quand on me disait fini, je n'étais pas fâné. J'ai rebondi. Maintenant que je repars, que je gagne en allant, je suis alité. Je m'en suis allé. Au fait, je me présente : Luc Méribel. Fils de jazzman et écrivain. Je suis génie mondain, suffit de me lire.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;J'ai pondu des journaux et des autofictions, comme tout bobo qui se respecte - c'est-à-dire qui se répète. Pendant dix ans on m'a jugé. J'ai tâté de tout : guitare rythmique avec papa, peinture dans des vernissages, télé avec des amis... J'ai rebondi, je suis sorti du gouffre à écrivains étoffés où l'on entendait m'étouffer.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;J'ai hurlé : j'arrêtais. On a prêté attention : moribond. Je remuais, on le remarquait. Cette fois, je suis fini. J'ai construit ma carrière en m'opposant, en jouant du sulfureux. Je souffrais de n'être que la racaille des médiatico-salonnards. C'est dur d'être le rebelle des brêles. On bêle à la pelle. On s'emberlificote. J'ai la cote. Je dépote. Touche pas à ma note.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;J'ai décidé de lancer un concept novateur du côté de Saint-Germain : l'anti-édition. C'est tout moi, ça. Etre contre alors qu'on est pour ce dont on est contre. On est contre ce dont on est pour - aussi. Enfin, je m'emberlificote les pinceaux. Je suis un mauvais Picasso qui se prend pour un Grand Ecrivain. Mon truc, c'est l'écrivain bourgeois marginal et incompris. On m'a déjà expliqué que c'était un mythe, mais je m'entête. J'ai écumé les salons, j'ai couru les snobinardes, j'ai sacrifié aux provocations pourvu qu'elles soient mondaines.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;Je n'ai publié que parce que j'étais un &lt;i&gt;enfant de&lt;/i&gt; - rien de scandaleux. C'est le cas des élus. Des publiés. J'ai décidé de haïr ce milieu &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;auteurisé&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class="Apple-style-span"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;. Mon milieu - interdit. On m'a accusé d'antisémitisme plus divers crimes intellectuels. J'étais content qu'on s'en prenne à moi. La reconnaissance, en somme. On me détestait parce que je publiais mon journal, dans lequel je prétendais transcrire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité. Enfin, c'était avant, parce que j'ai arrêté, épuisé, ces confessions, et que je ne fais plus que dans l'autofiction.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;Toujours la mode du loto, de l'anti, du narcissisme, de l'égotisme, qui ne peut que provenir d'une mentalité de bourgeois bohème riche et haineux. Je suis en colère. Je pense vraiment qu'il convient d'être en colère. Mon truc, c'est l'anarchie. L'anarchie colérique. C'est grâce à cette fable que je fais passer mon individualisme exacerbé et hautain pour un truc politico-religieux. J'ai lancé des pages inoubliables (quoique oubliées) concernant la mystique orthodoxe ou saint Jean. Mon étonnement : qu'on y ait cru. Je suis le mystique des enfants gâtés.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;On m'invite sur les plateaux, un animateur pervers et royaliste, qui apprécie mon côté décalé. Du moment que je suis fils de. Je me la pète. Je me la raconte. Je suis suffisant. Impudent et consternant. J'aimerais tellement être pervers, sulfureux, incompris, génial. La vérité, c'est que j'ai du talent, pas tant que, je fructifie grâce à ma naissance, mon statut, mes fréquentations. Parlons-en, de mes fréquentations. On m'a accusé d'extrême-droitisme, d'antisémitisme, et la clique, mais moi, la vérité, je suis salonnard - j'essaye de sortir de mon gotha par la provocation.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;Je fréquente le linge du Saint-Faubourg - je me prends pour un artiste polymorphe parce que je vernis en rythme avec papa. Pour moi, depuis l'enfance, l'artiste, c'est le rejeté grand et célèbre, à condition qu'il se meuve dans les beaux quartiers. Je ne comprends pas l'art, car le seul qui me convienne, c'est l'art bobo. L'art sain est voleur. Je suis jusqu'au bout des ongles. Je m'habille bien, moche, chétif, malingre, je relève le menton.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;Je n'ai rien compris. Pour rebondir, sentant mordre à l'hameçon, j'ai lancé ma révolution : l'auto-édition - en finir avec l'édition. Pas Gutenberg. Le monde de l'édition. Les bibis de mon milieu ne veulent pas la fin de leur monde, qu'ils ont construit patiemment. Il faut des artistes maudits, des livres bénis, des quartiers friqués. Des beaux salons pour se pavaner. Le reste n'est qu'esbroufe, même les femmes. Je cours les corps, je n'aime pas les gonzesses. Je n'aime rien au fond. Je suis un nihiliste qui aime errer.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;Avec mon anti-édition, j'ai eu du succès. Relatif, décisif. Avant, je vendais trois fois rien et j'étais haï. J'avais droit à une publicité invraisemblable parce que je connais du monde dans le monde et que je suis introduit. On me promotionnait au-delà du raisonnable. On me cachetonnait. Moi, artiste, c'est le médiatique. La clique du clinquant. Tant que je &lt;i&gt;scandalie&lt;/i&gt;, je continue à faire. C'était mon coup de l'anti-édition : être invité sur les plateaux.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;J'en avais assez d'être le tocard des éditeurs. Mes anciens alliés comme Mauvenargues ou Maupertuis. Des ratés, que je hais plus encore que les autres. Mauvenargues se la joue grand seigneur bordelais, anglophile et libéral progressiste. C'est un bâtard dont j'ai démasqué après vingt ans de fréquentation assidue l'imposture caractérisée. Il n'avait qu'à pas me lâcher! Qu'il me lèche. Je préfère. Maupertuis était mon favori. Celui qui m'avait pris sous son aile. Comme il avait l'instinct pour reconnaître les écrivains bobos maudits, il m'a proposé un marché en or : un salaire pendant quinze ans sans vendre de bouquins.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;Il suffisait que j'explique que j'étais un grand écrivain et qu'il était mon mécène. Tu parles! Toujours les mêmes conneries. Un jour, il m'a lâché lâchement, préférant Mauvenargues et l'édition à ma pomme. Je me suis retrouvé seul, sans sou ni clou, tous m'ont tourné le dos. Il se sont dit : fini, le temps des conneries. L'étang des adultères. Je déteste les adultes. Je déteste tout le monde. Je déteste le monde. Pour moi, le monde, c'est le monde. Le beau monde. Le mondain. C'est mon monde.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;Je suis un enfant de la bulle. Comprenez-moi. Je fréquente les patrons de journaux, les bourgeois qui se piquent d'aider les artistes, les investisseurs. C'est comme ça que j'ai monté mon affaire de l'anti-édition. Je voulais faire un coup, mais comme c'est mon nombril qui m'intéresse, le coup ne pouvait être qu'unique et me concerner exclusivement. D'où l'idée de l'anti-édition. On bosse pour moi, on raconte partout que je fais la nique au milieu de l'édition.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;J'ai pondu une méchante autofiction à compte d'antiédition, où pendant sept cents pages je décris Paris fin de règne. Enfin, Paris. Mondain, bobo et show-business. C'est mon fantasme : la fin de l'Occident libéral - le début de l'anarchie. J'ai filé mon originalité : afficher ma haine tout en soignant ceux que je déteste. Je veux bien les vomir par tous les pores, à condition que mes porcs engraissent. Je vilipende le colonialisme à condition que ce soit depuis Saint-Germain.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;Normal que j'aie pris position contre le 911. C'était la condition &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;sine qua non&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class="Apple-style-span"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt; pour que mes mécènes promeuvent mon concept génial d'anti-édition. On peut insulter son milieu, pas le trahir. Comment se montrer original sans changer? Comment faire semblant sans blanc? Vous vous imaginez si j'avais rejoint la cohorte des dénonciateurs de complots d'Etats? J'ai signé mon livre en me moquant d'eux. Pas que d'eux. Je me moquais de tout le monde. Surtout des requins de l'édition. Je voulais trouver mon chemin : pas de complots tout en étant contre le système qui me meut.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;J'ai réussi mon pari : je suis contre les complotistes du 911 tout en étant contre l'Occident. Je suis pour l'Orient, celui qui n'existe pas sauf dans mon imagination surchauffée. Au début, ça a marché. Mon anti-édition fut mon tour de Phénix. Mes livres se sont enfin vendus. J'ai fait cinq mille exemplaire en six mois quand avant, avec des dizaines de plateaux et des pelles d'articles, je peinais à dépasser la barre des mille. De toute façon, c'est connu, le vraie littérature ne se mesure pas à l'aune des ventes.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;On m'a invité partout. Mes ennemis m'ont évité. Les éditeurs m'ont dédicé. Bons perdants. Personne ne dénonçait l'imposture de ma rébellion collaboratrice. J'étais protégé. Ca me changeait de mon exclusion et de mes emmerdes. J'aurais dû me méfier de cette impunité paradisiaque quand j'ai été invité par le matois Noël Châtel. Le boss du groupe de presse &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;Le Fait&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class="Apple-style-span"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;, qui a soutenu le Président français ultralibéral et qui poursuit dans cette veine grossière.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;Je n'ai pu résister à cette reconnaissance : Châtel m'invitait alors que je l'avais allumé dans mon roman. Quelle autofriction! J'étais comblé. Je me voyais enfin important et inévitable. Tout-puissant. Le soir du plateau, j'ai frimé. J'avais invité deux douzaines de groupies qui à chacun de mes beaux maux applaudissaient à tout rompre. Je me croyais vraiment quelqu'un - important et célébré. J'aurais dû me méfier. Depuis gamin, on se moque de moi dans la cour de récré. J'ai cru pendre ma revanche sur les salauds de meneur. Les groupies contre les groupes. J'étais toujours déjà anarchiste? Contre? Ce soir-là, j'étais pour - le groupe - les groupies charmantes me souriaient. Tout me réussissait.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;Après les galères et les humiliations cathodiques, je mouchais l'invité sioniste et l'on me présenta comme l'anticolonialiste historique de service. Je n'étais plus l'antisémite contre lequel on sévit. Quand je me remémore la scène, les applaudissements, les vertiges, je revois le sourire fardé de ce Châtel qui devait se féliciter de me tenir dans sa toile. Pensez! il possédait l'écrivain qui résiste au système tout en accréditant la VO du 911. Une mine d'or pour un manipulateur.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;Ce Raminagrobis sardonique a toujours excellé dans la manipulation des cercles littéraires médiatiques. Il se présente comme écrivain et il aurait tant aimé l'être, mais la seule chose qu'il ait réussie dans la littérature, c'est d'animer des émissions. Il est très bon pour diriger des magazines de droite car il vient de ce milieu et qu'il est mû par la passion de la propagande. Il peut se montrer très ouvert, voire indépendant, pourvu qu'il agisse pour le compte des plus forts.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;Peut-être agissait-il en chasseur de profils? Peut-être se félicitait-il que je sois le fils de, assoiffé de reconnaissance et de haine? En tout cas, il m'avait à la bonne. Les présentations enamourées succédaient aux commentaires dithyrambiques. Pendant l'émission, j'étais devenu le Grand Ecrivain contestataire et marginalisé, enfin reconnu comme le Raphaël de son temps. Je buvais du petit lait. J'ai vendu mon roman comme des petits pains dans les jours qui ont suivi. Trois beaux articles dans la presse parisienne, des commentaires à n'en plus finir sur la Toile, je me voyais comme le roi de la scène.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;Ma mère m'a félicité, c'est dire. Mon père était fier de moi. Mon fils et ma femme m'encourageaient. Je recevais des messages d'autres. J'avais d'autant plus célébré Internet que je le voyais comme le serviteur attitré de mon projet d'antiédition. Tout ce qui me sert m'est utile. Le reste, je m'en brosse. Internet, je n'y ai rien compris. J'étais valet des maisons d'édition, à condition de monter le même système élitiste et promotionné, à condition que mes&lt;i&gt;alter égos&lt;/i&gt; me considèrent enfin - à ma juste mesure. Mon narcissisme m'a aveuglé. On m'avait mis en garde.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;Pourquoi ce soir-là n'ai-je pas calé? Trop d'applaudissements. Une sortie dans le night-club &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;Le Groom&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class="Apple-style-span"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;, que j'avais pastiché dans mon roman. Les nymphettes qui promotionnent ma mégalomanie ne cessaient de ressasser que j'étais le meilleur, le plus grand, le plus fort. J'y croyais. Moi qui à un moment de ma vie ne sortait jamais sans mon exemplaire de l'&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;Apocalypse&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class="Apple-style-span"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;, je n'ai pas été fichu de voir ma propre chute dans l'enfer de la Bête! Manipulé par le diable et ses sbires, je n'y ai vu que du feu. Du petit lait. J'étais aveuglé. Le mirage de la célébrité. Le miracle de la renommée.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;Et puis, un matin, alors que j'avais plusieurs maîtresses de vingt balais et que les tirages s'envolaient pour l'ancien carbonisé, réveil brutal. On m'a annoncé que j'étais nominé en seconde liste au Prix des libraires. Autant dire : le Graal des Editeurs. La presse annonçait que Châtel le fourbe m'avait parrainé. Je recoupai tout. Mon nuage, l'absence de difficultés. La vie de château. Plus de galères, plus d'intrigues. Les mécènes qui se targuaient de leur juteux investissement. Certains me parlaient d'articles dans les dictionnaires littéraires. J'avais mangé mon pain noir.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;Bingo. Le loto m'expliquait ma subite chance de cocu. Car j'étais coucou. Ma femme me trompait avec mon pire ennemi. Châtel m'avait utilisé. J'étais devenu le jouet des éditeurs. On utilisait le faux rebelle de la balle pour une mission inavouable : conforter le milieu littéraire et le système libéral en voie de décomposition. Je m'étais réconcilié avec mes pairs en trahissant mes idéaux. J'étais un renégat. Ce n'est pas cette erreur magistrale qui m'a le plus déstabilisé. Après tout, on peut se tromper, moi j'adore les écrivains qui ont collaboré avec le pétainisme.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;Céline, Rebatet, Drieu, Gobineau sont des auteurs de références. Egalement Bloy, qui est mon idole de diariste. Ce qui m'a tué, c'est qu'à ce moment de triomphe social et médiatique - j'étais cuit. Une carotte qui sort d'une cocotte-minute se trouverait en meilleur état. On m'avait manipulé. L'enthousiasme pour mon génie était de la manipulation idéologique. Comble du téléphone arabe : j'avais marché dans le combiné. Renversement de toutes mes valeurs : ce que j'avais défendu était du toc. Du creux. De l'amer. Mon autofiction. De l'amer. Mon antiédition. De l'hiver.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;Ma vision du grand artiste maudit et posthume. Du mythe. Rien de valable. Des préjugés. Je suis pris par les &lt;i&gt;préjurés&lt;/i&gt;. Soudain, j'ai compris : j'avais raté ma vie d'artiste. Une vie d'autiste. Mon journal n'a servi à rien. Mon esthétique est du vent. Je n'ai rien compris à mon époque, rien compris au 911. Je n'ai rien inventé. Pardon. Je vais me retirer. C'est fini. Je ne serai plus écrivain, j'arrête d'écrire pour la postérité. Désormais, je me reconvertis dans ce que je sais faire : le médiatique. Le clinquant. La provoc'. La voix des sans vocation. Je serai le Gainsbourg de la littérature. Un impostat qui aurait rêvé de créer de l'art majeur, mais qui fait dans le mineur.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;Je ne ferai jamais de littérature, l'histoire est entendue. Je me consacrerai à écrire des parodies de littérature, de l'écriture médiatique pourrait-on dire. Je deviendrai célèbre, opulent, respecté. Peut-être glanerai-je quelques prix. Dans les cocktails, on me présentera comme la star des stylistes, mais j'aurai vendu mon âme au diable. Je serai le Faust de l'écriture. Pour de la reconnaissance, j'aurai sacrifié ma postérité et mes chimères. Pour du médiatique, j'aurai vendu mon stylo. J'ai bradé mon histoire pour quelques histoires.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;C'est normal, j'ai menti. Je me suis menti. Je me suis vendu comme un petit bourgeois alors que j'étais un bobo. Un fils de. J'ai théorisé avec emphase sur la race sociale des petits bourgeois qui pondait les meilleurs écrivains. J'ai osé théoriser sans honnêteté, comme si le règne de la bourgeoisie avait toujours existé. J'ai paradé alors que ma théorie ne valait pas tripette. J'ai oublié que le mensonge à la télé était le tic des médiatiques. Plein de fois j'ai écrit que la télé n'est pas la vie. C'était pour faire bien. Si j'avais été petit bourgeois, j'aurais appliqué ma rengaine.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; "&gt;&lt;span class="Apple-style-span"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;Je suis bobo et je dégaine. Un bob est prêt à tout pour épater le chaland. Moi, je cherche à impressionner le téléspectateur. Mon cinéma, ça a été de jouer à la traversée du désert et de façonner la légende. J'ai oublié que dans la réalité, le mensonge est mensonge. Je suis cuit. Quand je passerai devant le Juge suprême, pour prix de mes impostures littéraires, je ne mériterai d'autre châtiment que l'oubli et le mépris. Le pire, faut que j'en profite. C'est plus fou que moi.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3619457538821527839-2196330563435566713?l=chroniquesdeleurafrique.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/feeds/2196330563435566713/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/2010/11/moi-cinquante-ans-rebelle-et-collabo.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3619457538821527839/posts/default/2196330563435566713'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3619457538821527839/posts/default/2196330563435566713'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/2010/11/moi-cinquante-ans-rebelle-et-collabo.html' title='Moi, cinquante ans, rebelle et collabo'/><author><name>Koffi Cadjehoun</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06573463984324076647</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3619457538821527839.post-7409706714066855722</id><published>2010-10-30T00:55:00.000-07:00</published><updated>2010-11-03T06:45:51.540-07:00</updated><title type='text'>Sali mata</title><content type='html'>&lt;p style="margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; text-align: justify; font: 24.0px 'Times New Roman'"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;Salimata ferme la porte. Salimata, son prénom. Le monde l'appelle Beba. Son surnom. Défoncée. Le frangin l'a sobriquetée gosses. Pape parti, mère partie. Pape vadrouille. Mère voyage. Père pâti. Le drame. Elle encaisse, elle digère mal. Elle ne gère - pas. Son père a abandonné. Il s'est assassiné. Un major d'Etat, un major d'homme, un patron d'âme. En Mauritanie, génocide de 1989, on ne plaisantait pas avec les Négros. La millefa s'est réfugiée en France. Depuis le drame. L'enfer. Elle déteste. La liberté est péché. N'importe quoi. Pas le choix. Salie Beba est triste.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style="margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; text-align: justify; font: 24.0px 'Times New Roman'"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;Alors elle a plaqué les études, elle a lancé les sorties, le sexe et les drogues. Officiellement, elle sert, femme célibâtarde, foyer, africaine. Sa mère ne lui parle plus. Elle vit l'instabilité. Salimata s'en fout. La trahison s'enfuit. Ils fuirent en France pour améliorer le niveau de vie. Assurer la vue. Le frère faisait l'étudiant. La fille préparait le mariage. Assure le minimum. Les filles sont mères. Salimata est amère. Elle s'est laissé presser. La mère est sortie. Le frère est vidangé. Raison pour que Salimata tripe. Ego s'étripe.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style="margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; text-align: justify; font: 24.0px 'Times New Roman'"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;Elle a plaqué le bahut. Elle s'est lancé un défi. Les gars de banlieue. Elle attend un Blanc plus tard, parce que c'est dominant. Elle collectionne. Elle papillonne. Elle fanfaronne. Son frère se fâche. Son frère est un violent? Salimata enrage son monde, sa famille, son frangin. Elle réussit. Le Zorro des blocs débloque. Il sort son flingue, il guette les dragueurs drogués. Il rôde rogue. Un homme, une femme, lui, pas de photo. Il emporte. Les femmes portent. Ce n'est pas pareil. Elles enrôlent en saintes.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style="margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; text-align: justify; font: 24.0px 'Times New Roman'"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;Le frangin a tué son école. Niveau intégration, c'est le top. La nymphe; le psychopathe. Il braque, il vend. Il passe pour dur, le cinglé qui flingue pour peu et qui écoule pour beaucoup. Salimata attend son régulier. Plusieurs à la fois? Obsédée du cul, pas salope. Nympho réglo. Elle espère une histoire. La vie, trois mois. Elle en a marre des sans lendemain. De sa réputation. Pour une fille facile. Son frère rentre, il lui en veut. Elle vole.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style="margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; text-align: justify; font: 24.0px 'Times New Roman'"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;Elle nargue, grande femme. En retard? S'en fout. Elle a chapardé une bouteille au stock. Une histoire à la louche. Cinquante bouteilles épurent malt. Si la mère arraisonne, elle assaisonne. Les condés déraisonnent : Salimata est conciliante. Elle se sert. Une bouteille, le frangin fermera sa gueule. Il beuglera. Elle a l'habitude. Le putois se bourre la gueule. Elle en cachette. Loucedé. Elle bouffe du gingembre. Si chéri déboule, elle brossera les dents. Il fait faux bond. Elle court à la réserve. Elle décapsule. Elle tise. Glou-glou goulot. En sauvage. Sans manière. Depuis qu'elle a plaqué le pays, elle tient répute. Rien ne l'effraye. Son frère passe, elle prélasse. Elle mort les gencives.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style="margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; text-align: justify; font: 24.0px 'Times New Roman'"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;Personne n'aboulera. Elle guette son &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;baby&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;. Tismé. &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;Kiss me&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;. Tissé. Elle allume la télé. Lichette. Elle en a marre. Jeux de mains, jeux sans lendemain. Elle a choisi le &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;bad&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt; numéro. La télé à fond, elle charge les idées. Sourde oseille. Elle vermeille. Le &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;sky&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt; monte. Salimata dans l'enfer. Elle erre. Elle ire. Sonnerie. Elle lève. Non. Elle &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;out&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;. Un pote à Bibi, Beba n'ouvrira. Bibine. Ras le cul des topos. Qui vous draguent à base de barres. Elle espérera : ils n'ont qu'à pointer. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; text-align: justify; font: 24.0px 'Times New Roman'"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;Elle ferme les yeux. Indécise, son artère. La lampe est verte. En HLM, on ne crache pas. On débarque. On progresse. Salimita est caisse. Attachée à la bouteille. On comprend rien, on banque. Beba se lève. Titube. Le copain ne sonne pas. Comme ça, c'est court. C'est pressant. Oppressant. Un Perse? Présent? Qui oppresse à présent?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style="margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; text-align: justify; font: 24.0px 'Times New Roman'"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;C'est Hélène, la tissemé. L'officielle. Les deux sont arrachés. Pape fume. Hélène baise. Beba biaise la poire. Coup de verrou. La bise.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style="margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; text-align: justify; font: 24.0px 'Times New Roman'"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;"Mais t'es complètement caisse! J'y crois pas!"&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style="margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; text-align: justify; font: 24.0px 'Times New Roman'"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;Hélène la mijaurée. La barrée. La paumée. Elle laine. Qui descend, moins. Hélène camée aux mecs. Elle carbure aux becs. Beba la ferme, rien, Hélène est avec Pape parce qu'il deale, en caïd. Catastrophe. Caïdoscope. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style="margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; text-align: justify; font: 24.0px 'Times New Roman'"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;"Bon, je vais attendre dans sa chambre!&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style="margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; text-align: justify; font: 24.0px 'Times New Roman'"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;- Noël…"&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style="margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; text-align: justify; font: 24.0px 'Times New Roman'"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;Un Camerounais squatte. Il erre sans toit. Il deale parfois, il chante pantois. Beba l'a teste, mode import. Dès qu'un pote à Pape incruste, il faut goûter. Sans notes, elle perd le fil. Le temps file. Elle est mal. Hélène a couru dans la chambre. En ce moment, c'est la guerre avec Pape. Encore trois mois, une qui ne reviendra plus. Beba sait. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; text-align: justify; font: 24.0px 'Times New Roman'"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;Elle est seule. Elle sale. Elle est saoule. Elle reprend sa bouteille. Noël boit la bobine. Elle piaffe. Elle pioche dans sa zone. Elle descend cul sec. Cul sexe. La chiasse. Elle a bu le quart d'un coup. Les paillassons. Les roseaux. Les rivières. Les lionnes. La mère. Pape. Défoncée. Fonceda. Arrachée. &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;Out&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;. Givrée. Le pays d'Eonville est enneigé. Baratin.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style="margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; text-align: justify; font: 24.0px 'Times New Roman'"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;La télé gazouille. Beba gerbe les voix tonitruantes. Les truands. L'être vous ment. Pire que Pape. Pape est un mal à rien. Malaria. Un bandit. Il bondit comme la hyène qui craint le chien. Beba a la force. La farce. En force. Elle calcule son goulot. Elle vise juste. En mode poivrot. Si Hélène mate, elle tombe. Beba est affalée. Elle aimerait crever. La roue carrée. Elle est à bout. Elle overdose. Elle fouille sa poche. Pioche. Bonne. Il reste mieux qu'une barrette; une boulette. Une pastille. Un Mickey extasie. Le miracle déprimé. Le comprimé. Le pire devient le meilleur.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style="margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; text-align: justify; font: 24.0px 'Times New Roman'"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;Une lichée de &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;sk&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;y. De la nicotine. Pure eau. Facile. Beba bout debout. Le litron d'eau de vie : rigolade. De la tarte. Un citron, une gaze. Beba ne sent plus rien. Sales courbatures. Le &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;boy&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt; peut venir, elle défie. Pape peut débouler, elle le tronche. Elle n'est plus de la femme, elle est de la déesse. Elle ressemble à Marilyn Monroe. Son modèle. Son idole. Elle ne reconnaît plus personne qui sonne. Tchi walou wallon. Soulagement. Elle n'est pas remise. Elle veut vider bouteille. Soir ce, c'est virée. Etre virée. A viré. Babord. Une boîte, un hôte, l'hôtel. Dodo et zoo. Elle arrache l'alcool. Mauvaise musulmane. C'est sale femme. Elle a flamme. Elle éteint les passants. Elle allume les lampadaires. Elle est cambrée jusqu'à la moelle.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style="margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; text-align: justify; font: 24.0px 'Times New Roman'"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;Pape snif, le gus gobe. Le jobard dure, au coeur d'artiste chaud. Artichaut, c'est Noël. Le Père ordure. C'est un ordre : crève la bavure. Un tchatcheur niais. Beba a mal au ventre - estomac. Elle est siphonnée. On la traitera de malade. Elle hait Noël. Il est distant, distrait, pathétique. Elle boite. Il boit. Il abat. Elle ébat. Lui se tanne. C'est un poivrot.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; text-align: justify; font: 24.0px 'Times New Roman'"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;Elle veut sa chambre. Elle titube. Elle cuve. Succube. Elle se dresse comme un I. Ca tourne. Whisky, gentil. Adoré. Le couloir tangue. Beba passe la cuisine. Le lit. Au trot, dodo. Repos. Elle pousse la porte. Elle avait peur : tomber sur Hélène. Noël. Perdu. Ca remue dans la pièce. Haut le coeur. Avec le cacheton, elle traîne les yeux revolver. Elle rote. La bouche devant la main. Bêta Beba baba au rhum. La frite d'Afrique. Le fric choque. Chic à frites. &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;Bad trip&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;. Une fouine, réflexe.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style="margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; text-align: justify; font: 24.0px 'Times New Roman'"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;La nuit, elle allume. Lumière. Fin de partie. Noël luit noir dans l'obscur. Hélène nue dans l'impur. Enfin, presque. Serviette. Qu'est-ce qu'elle fout? Beba éclate de rire. Elle fonce, Hélène défonce. La salope. Elle découche. Elle cache son jeu. Si Pape chope, elle est mal. Il cogne sale. Noël peut crever. Dans une poubelle, un terrain vague, une caisse.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style="margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; text-align: justify; font: 24.0px 'Times New Roman'"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;"Excuse, Hélène…"&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style="margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; text-align: justify; font: 24.0px 'Times New Roman'"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;Noël suave la face. La farce. Pas de face à face. S'ils savaient. Beba chiffe. La vengeance est un plat en côte. Montagne. Parole de Céfran. Pape joue les boss, il assume. Noël venge. Pape a nique la pineco, Noël tire la go. Hélène hait son père. Vérité défoncée.  Hélène joue sa mijaurée. Hélène est une chienne. Une garce. Une enragée. Tout pour kène Pape. En beauté. Pape gaffe son gang. Hélène allume le bang. Conditions d'embauche : dealer en black. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; text-align: justify; font: 24.0px 'Times New Roman'"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:large;"&gt;Noël dealer, Noël Black. Hélène est reine du coup de rein. Rien. Bientôt, sa beauté virera. Les rakias raquent. Pape braque. Beba trac. Tu fais dans ton frac? Beba sue, sait, sent. Le destin des faciles est dur. Tu vieillis vite. Le sexe ramone la jeunesse dorée. Dardé de dessein, le sein vous ramène. Le malsain vous démène.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3619457538821527839-7409706714066855722?l=chroniquesdeleurafrique.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/feeds/7409706714066855722/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/2010/10/sali-mata.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3619457538821527839/posts/default/7409706714066855722'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3619457538821527839/posts/default/7409706714066855722'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/2010/10/sali-mata.html' title='Sali mata'/><author><name>Koffi Cadjehoun</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06573463984324076647</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3619457538821527839.post-5507572199524401898</id><published>2010-09-17T10:07:00.000-07:00</published><updated>2010-09-18T06:58:57.607-07:00</updated><title type='text'>Les jacasseries intimes</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;J'ai toujours été un salaud de nihiliste, et je m'en flatte. Je suis un  nihiliste, un nihiliste, un nihiliste! Personne ne veut me croire. J'ai  tout essayé : les partouzes, les Japonaises de dix-huit ans, les  monographies avec des dessinateurs revendiquant les mêmes inclinations  sexuelles que moi (ah, la divine technique du &lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic;font-size:130%;" &gt;bondage&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;!).  Prêt à tout, je me suis dernièrement lancé dans l'apologie du président  néoconservateur (tout à fait dégénéré soit dit en passant) G.W. Bush...  Même cette provoc' ne marche pas! Tout le monde continue à me prendre  pour ce que je suis : un éditeur influent de la vénérable maison des  Éditions de France, un critique de l'&lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic;font-size:130%;" &gt;Aurore &lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic;font-size:130%;" &gt;des livres&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;, un spécialiste de la psychanalyse...&lt;br /&gt;On  me prend pour ce que je ne suis pas : une tronche, une bête de  concours, un intello. J'ai la tête (farcie) de l'emploi. Bien que j'en  sois fier, je ne suis qu'&lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic;font-size:130%;" &gt;accessoirement &lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;un esprit. En réalité, je suis un &lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic;font-size:130%;" &gt;amoraliste &lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;doté  de dons intellectuels lui permettant de faire illusion. Na! Le fond de  ma personne est engagé dans l'exercice du plaisir. Les petits hédonistes  comme Onfray qui professent l'hédonisme égalitariste ne savent pas que  l'on ne peut éprouver du plaisir qu'en dominant les autres et en les  détruisant. La reconnaissance de mes pratiques s'appuie sur la charpente  du réel : dans un réel pervers, il convient de se comporter en pervers.&lt;br /&gt;Dans un réel cruel, comportons-nous en cruels. Le &lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic;font-size:130%;" &gt;must &lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;de mes amis séducteurs : faire semblant - profiter est la vertu par excellence. Je profite de mon statut social et de mes &lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic;font-size:130%;" &gt;connaissances&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  pour draguer. Le plus important : qu'elles soient jeunes et jolies;  puis c'est encore mieux si elles sont Asiatiques - de préférence  Japonaises. La culture nippone m'enchante, mélange de cruauté et de  raffinement, à l'instar des mœurs raffinées de la cour impériale.&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;br /&gt;Je  m'étais lancé jeune dans la publication de journaux intimes et autres  confidences mi-mondaines mi-intellectualistes sur le nihilisme et la  psychanalyse. Comme j'avais fréquenté (et je continuais) des hommes  fameux - par leur intelligence ou leur pouvoir, j'ajoutais des notes les  décrivant. Saint Simon sauce sushi. Malgré tous mes efforts, je  continuais à demeurer quelqu'un d'anodin et, pis encore, de respecté. On  ne me détestait pas. Bien que j'eusse exhibé des ribambelles navrantes  de jeunettes à couettes, l'on s'entêtait à classer mes penchants sur le  compte d'un attrait bien excusable pour le sexe.&lt;br /&gt;A ma grande honte, je dus endurer les compliments : j'étais une personne &lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic;font-size:130%;" &gt;très &lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;intelligente et &lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic;font-size:130%;" &gt;très &lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;séduisante.  Un élégant. On ne m'avait pas compris : je rêvais d'être incompris. Il  faut dire que dans les milieux intellos-mondains que je fréquentais, on  raffolait de spécimens comme moi, jouant du paradoxe et de la  subversion. On s'y ennuie tellement que l'on se montre reconnaissant de  croiser n'importe quel original un peu digne d'intérêt.&lt;br /&gt;Avec mes  titres de gloire, on devait estimer que l'intelligence appuyée explique  jusqu'aux plus excentriques bizarreries du comportement. Pour épicer le  tout, je crus bon de lancer que j'allais me suicider d'un moment à  l'autre, en digne disciple des nihilistes, dont un certain Hégésias, un  cyrénaïque que tout le monde a oublié alors que je lui trouvais des  trésors de profondeur. Enfin! Allait-on m'agonir d'insultes ou me  témoigner la commisération la plus charitable?&lt;br /&gt;Du tout. Les mondains  sont tissés d'un hybride d'égoïstes vaniteux et de cyniques revenus de  rien. Personne ne s'intéressa à mes histoires de suicide et personne ne  s'étonna vraiment de me revoir. Je crus bon de me sauver au Japon pour  supporter mes quarante ans. J'avais laissé entendre que j'allais encore  une fois en finir, mélangeant la distanciation avec la morbidité. Je  revins de Tokyo en contrefaisant le dandy exténué et goguenard.&lt;br /&gt;Dans  le monde, on louait mon élégance. En particulier chez les intellos qui  ne sont pas habitués aux poses vestimentaires et qui feignent de  mépriser les dragueurs. A défaut d'être le Grand Écrivain auquel  j'aspirais, j'étais le familier des grands écrivains. En particulier  d'un ermite roumain qui avait pour caractéristique d'être misanthrope  mondain. Lui qui se flattait de ne côtoyer que sa femme et son chien  voyait défiler dans son modeste studio le gratin de l'intelligentsia  parisienne. J'étais aussi l'ami d'une franche crapule, un philosophe  alcoolique et pédophile, la réplique à n'en pas douter d'un sophiste.&lt;br /&gt;En  tant que psychologue, j'avais toujours été persuadé qu'il fallait être  un monstre pour être un écrivain de valeur. En considérant cet ami, je  redoublais de conviction. Malheureusement, mes inclinations à la  monstruosité demeuraient cantonnées dans de la pure affectation. Je  n'étais pas un monstre et je n'étais pas un nihiliste. J'étais un grand  bourgeois mondain et paumé, qui  passe son mal du siècle dans les  plaisirs. Malgré ma condamnation de la morale, je détestais tellement  les pratiques comme la pédophilie que je ne pouvais que les suggérer.&lt;br /&gt;Je  suivais par estime un romancier qui comme moi commettait avec  régularité des journaux intimes. Je le tenais pour le grand écrivain que  je n'étais pas et le défendais contre l'ostracisme moraliste dont il  était la victime dans les journaux parce qu'il avait avoué ses penchants  pour les très jeunes filles (voire les très jeunes garçons).  Saint-Germain le tenait en haute estime. Si quant à moi je l'estimais  autant, c'était parce que je n'avais jamais fréquenté ce descendant de  Russe blanc) ailleurs que dans des salons.&lt;br /&gt;L'aurais-je croisé dans un  bordel de Manille que je me serais évanoui. C'est piteux, quand on se  présente comme une canaille. Petite frappe, j'étais faute fripée - de  frappe. Maintenant que j'ai passé la soixantaine, je me suis habitué à  moi-même. J'ai compris que je ne serais jamais qu'un homme très  intelligent et très dépravé. Un rigolo. Je ne me suis jamais marié et je  n'ai jamais consenti au crime suprême : faire des enfants. J'ai trop  d'occupations littéraires pour perdre mon temps dans les couches et  l'éducation.&lt;br /&gt;J'ai passé mes vingt dernières années à poser -  nihiliste. Ce n'est pas facile parce que personne ne me prend au  sérieux. J'ai la furieuse envie d'avouer que je suis un cave mais quand  je vois les romanciers qui assomment de subversion et de marivaudage, je  me dis que je suis quelqu'un de bien. Je finirai en bigot. Après avoir  travesti mes prouesses de Casanova, d'aristo dragueur, de Don Juan &lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic;font-size:130%;" &gt;postrévolutionnaire &lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;et démocratique, voilà que je joue les &lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic;font-size:130%;" &gt;bad boys&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt; dans les magazines.&lt;br /&gt;Je  me fais photographier avec un blouson, des santiags et un flingue. Une  casquette camoufle mes cheveux désenchantés. Mes lunettes noires m'ont  rangé dans la catégorie du &lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic;font-size:130%;" &gt;playboy&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  réactionnaire. Je me fous de ma réputation. Un nihiliste ne  s'embarrasse pas de rumeurs. Il me manque quelque chose. Pas une  réputation. Sentiment d'échec. J'aurais aimé mourir en ayant écrit  quelque chose de valeur.&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;br /&gt;Je sais que ce n'est pas le cas. Du coup,  j'erre comme les orphelins et les parricides. J'aurai passé ma vie à  voyager et à mentir. Au seuil de mon passage terrestre, un souvenir  lancinant vient me chatouiller. J'ai trente ans et j'écris en devenir.  On me promet monts et merveilles. Des chaires universitaires ou des  postes d'éditeur. J'ai percé dans l'édition. Mes affaires ne se sont pas  arrangées pour autant. Comme je traîne une réputation de coureur  agrémentée d'une renommée de psy déjanté, les femmes raffolent de ma  compagnie. Je n'ai aucune peine à faire chavirer les cœurs.&lt;br /&gt;Je  cultive déjà ce penchant pour les Asiatiques. Je sors avec une  Eurasienne - un modèle de mijaurée : une bonne élève, qui fait semblant  de ne pas voir qu'elle a du succès plus à cause de sa plastique que de  ses idées. Elle croit qu'elle va faire sa vie avec moi. Je sais déjà  qu'elle est une énième bluette que je coucherai plus sûrement dans mes  journaux intimes que dans son lit de princesse étudiante.&lt;br /&gt;Moi qui  passe pour une bête de sexe, je répète ici ou là sur le mode de la  confidence que ma régulière singulière est autant une fête pour les yeux  qu'un désastre pour le sexe. Je lis beaucoup Weininger en ce temps-là -  les persifleurs viennois. J'ai toujours eu besoin de trouver des  correspondances historiques à mes fantasmagories. Avec mon Eurasienne,  j'aurais pu procréer. Par la suite, je n'ai jamais eu le choix. J'ai  fréquenté les Asiatiques - que des délurées et des hystériques. Ces  nymphettes acceptaient ma présence à condition qu'elle soit  intermittente et occasionnelle. Aucune n'aurait accepté de me suivre  dans un délire de mariage. Le mari n'était pas dans leurs lubies d'ado  immature et encanaillée.&lt;br /&gt;Avec moi, elles paradaient en compagnie d'un  mondain affublé du prestige intellectuel. Comme j'accordais une  importance inconsidérée à ma mise, elles étaient ravies de conjuguer  l'intellect avec le &lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic;font-size:130%;" &gt;charme&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;. Les  jeunes femmes prétendent d'autant plus qu'elles n'accordent aucune  considération pour le physique qu'elles sont obnubilées par ce critère.  Je ne saurais les désapprouver tout à fait : sans quoi je n'aurais pas  obtenu mon succès.&lt;br /&gt;Maintenant que je contemple ma décrépitude, le  spectacle qui me désole le plus n'est pas de constater que je perds la  mémoire (que j'avais prodigieuse) ou que je suis moins agile lors des  parties d'échec (où j'exhibais naguère mon excellence tactique). Non, ce  qui me consterne le plus reste mon vieillissement. Les rides se sont  additionnées, mon corps donne de plus en plus souvent des signes de  lassitude, j'ai mal à un genou. Pour rester jeune, je me cache derrière  mes lunettes, mais l'artifice n'y fait rien. On ne peut rien contre la  mort (d'une manière générale, les considérations désenchantées et  sarcastiques sur la mort constituent une de mes antiennes favorites).&lt;br /&gt;Je  continue sur mon nom à attirer dans mes filets certaines créatures. La  jeunesse féminine reste mon échappatoire. Plus le temps passe, plus mon  cynisme croît. D'aucuns insinuent que je serais sinistre. Je pense que  c'est de la lucidité. Je ne me suiciderai plus. Je n'ai pas eu ce  courage et puis, je me suis habitué à moi-même. La dernière fois, un  grand éditeur qui se prend pour un grand romancier (une projection de  mon cas?) persiflait que j'étais arrivé au bout de mes fredaines et que  j'allais me ranger.&lt;br /&gt;Ma dernière trouvaille est d'avoir décrété que le  plaisir sexuel est au fond illusoire - et que les femmes détestent  faire l'amour. J'ajoute que je l'ai toujours su (ou pressenti). Cette  confidence me classe (autant qu'elle me glace) dans le rayon des hommes  impitoyables et cruels. Tout ce dont je rêve. Tout ce que je ne suis  pas. Cet éditeur important qui sirote son champagne avec moi se prend  pour la réincarnation de Choderlos. Il a perdu sa vie à courir en  partouzes. Pas n'importe quelle orgie : les mondaines, où accourent les  courtisanes qui se prennent pour des écrivaines (la dernière syllabe est  sans nul doute amplement méritée).&lt;br /&gt;Comme mon éditeur se prend pour  le Casanova de son siècle, il essaye (tant bien que mal) de dissocier  son écriture et sa vie. Il laisse entendre avec des regards de fripon &lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic;font-size:130%;" &gt;select &lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;qu'il  est un dépravé qui écrit des choses légères et subtiles. Le pauvre  n'ayant rien compris à sa vie, il ne faut pas s'étonner qu'il prenne la  littérature pour ce qu'elle n'est pas - une chose pure et irréelle, qui  se distingue absolument des expériences.&lt;br /&gt;Quant à moi, je me suis  toujours flatté d'écrire ce que je vivais. Mes journaux intimes sont le  reflet de ma personnalité. J'ai peut-être exagéré, mais je suis tel que  j'écris. La littérature ne fait qu'un avec ma vie. C'est ma rengaine  esthétique : écrire authentique signifie que l'on écrit comme l'on vit.  Mon ami éditeur (pas celui qui m'édite, car je m'en charge moi-même) est  un menteur qui croit qu'on n'intrigue pas en littérature. Je suis  persuadé du contraire. Surtout à notre époque. Jadis (un mot qui  m'enchante), on écrivait des choses imaginaires pour faire réel.  Désormais, c'est l'inverse qui est vrai : on écrit des choses réelles  pour faire imaginaire. Renversement de toutes les valeurs?&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3619457538821527839-5507572199524401898?l=chroniquesdeleurafrique.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/feeds/5507572199524401898/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/2010/09/les-jacasseries-intimes.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3619457538821527839/posts/default/5507572199524401898'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3619457538821527839/posts/default/5507572199524401898'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/2010/09/les-jacasseries-intimes.html' title='Les jacasseries intimes'/><author><name>Koffi Cadjehoun</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06573463984324076647</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3619457538821527839.post-7530924466193318861</id><published>2010-08-12T00:37:00.000-07:00</published><updated>2010-09-01T12:54:31.263-07:00</updated><title type='text'>Râpe française</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;« Pourquoi les femmes m’aiment autant ? »&lt;br /&gt;Question des plus pertinentes. Son nom : Alain Méribel, il se fait appeler One Flow. D’origine sénégalaise, son expression, c’est le rap. Il tourne un featuring. Il joue l’invité. Ça tombe bien, il est le special guest d’un rappeur underground d’Eonville, la cité lorraine. Coin rap, tendance afro. One Flow chante l’Afrique. Il prise le Galséné. Il méprise la France. Il se veut tellement à la pointe de l’avant-garde qu’il refuse la télé. Bonne pioche, on ne l’y invite pas. Mépris mutuel. Lui a sorti un album. Il joue la star absolute.&lt;br /&gt;Il est venu jouer l’air du bled. L’air du rap sénégalais. Les rappeurs africains sont ensorcelés par les States. Ça leur donne un point commun avec les Céfrans. Alain tient par-dessus tout à être présenté comme Sénégalais. Il a poussé à Evry, maintenant il évolue au Sénégal. Il a percé dans le rap à la mode chez les jeunes de Dakar. Il faut chanter avec des mimiques de star US, représenter l’Afrique d’apparat et arborer les paroles de la prétention. L’outrance, grandiloquence.&lt;br /&gt;One Flow intervient sur le clip d’un poto du tiéquar, un certain Flag Or Net. Nom de naissance : Laurent Mauséus. Pur titi d’Eonville, le complice (parents maliens) après plusieurs saisons de zonzon pour trafic de beuh revient en force. Tel était le deal : il ne balançait pas, on banquait la prod à la sortie. Il flambe. Il clip. La classe. Pour l’occasion, il a sorti mannequins et cabriolets. En toute inconscience. En toute insouciance. One Flow est calmé. Des rappeurs de la Cour Paname sont venus admirer la débauche d’oseille. Pige de luxe. La réputation de One Flow, c’est le blow made in pays. Il vit sans le sou, mais dès qu’il sort, il flambe. Il traîne les soirs et il s’arrange pour susciter la jalousie. Boîtes, bagnoles, gos : les jaloux pavoisent sur sa tenue flambeur. Cette occasion, il est en démo pour vingt secondes. L’underground est le must.&lt;br /&gt;Son eldorado, c’est une bande en vadrouille, des plans avec des beautés, des cabriolets en laisse et des bouteilles en pagne. Sa phrase qui clashe, c’est : « Pourquoi les femmes m’aiment autant ? ». Question qui claque. Il a construit son flow autour de cette charade trop de la balle. Pourquoi je suis si fringant ? Pourquoi je suis si mauvais perdant ? On pourrait enquiller les rimes à l’infini. One flow tient le casting de choc. Marque de respect. Il kiffe. On lui a réservé une superbe panthère comme partenaire de scène. Il fait dans la bête de, il soigne sa répute de, il glisse sous les images de, un cuir sur le torse, mocassins aux pieds.&lt;br /&gt;Dans le script, il est le tombeur fou. Les meufs sont accrocs à sa puissance mâle. Il évolue en dragouilleur choc, sauf qu’il n’a pas de temps à perdre. Il s’est pointé avec son grand frère et il est attendu chez son oncle. Un immigré discret. Motus et bouche courue. Les allers-retours ne sont pas des parties de plaisir. One Flow s’est entraîné à étaler la dégaine la plus arrogante. Comme les big brothers d’Amérique. Ça sonne creux. Tics de toc. D’habitude, il est genre réservé. En tournage, il surjoue. Ça y est, il a fini son numéro. Il a chanté en play-back. Il a frimé à mort. Le tocard millionnaire smicarde à sa sortie ciné. Que du virtuel. Des images satinées, du mensonge calibré. Les rappeurs sont des mythos flambeurs. Flag lui tombe dans les bras.&lt;br /&gt;« Trop fort, t’as trop assuré. C’est dans la boîte, on est parés ! »&lt;br /&gt;Fidèle à son passé, Flag est fonceda complet. Il a abusé d’un gros spliff. Il se prend pour un toaster jamaïcain. One Flow a partagé le solo avec un chanteur sénégalais de dance hall, un certain One Blow. Au pays, ils font dans tous les styles. Du plus roots au plus US. Lui, One Flow, il se prétend de tous les langages. Il revendique son anti-impérialisme et sa négritude. Sans blague. Cent rires. Il oscille entre rap et Jah-maica. Marque de fabrique. La morale de ces types, c’est l’authenticité. One Flow revendique.&lt;br /&gt;Authentique n’est pas simple. C’est bling bling : l’argent est la valeur number one. Sûr de soi est la règle d’or. Flag a un credo : rapper tel qu’il est. Naturel. Frimer et niquer. Arsenic. Art sonique. Apparence. On se maque du reste. Marque du best. Mark of the beast. On nargue en narguilé. On tire larigot. L’art y go. Yunno ? Les mauvaises langues décrivent les rappeurs en capitalistes frustrés. Eux se tirent du marasme de leur banlieue. La vie de star est idéale à condition qu’on ne soit pas trop – reconnu. On tolère les amis, on gère les connaissances. Critère underground.&lt;br /&gt;En direct, One Flow passe en premier. Au mix, après Flag Or Net : le phare en premier, ses convives suivent. Ils racontent à leur sauce qu’ils sont les boss – les rois de l’impro. Ils fourbissent leurs anecdotes. Les rappeurs célèbres sont mille fois moins bons qu’eux. Un jour, sur scène, une de ces stars de l’imposture s’est fait démasquer devant le public. Flag prétend être le meilleur improvisateur de France. Avec One Flow, ça passe, car One Flow est Sénégalais. Entre alterartistes de banlieue, on se renvoie les compliments pour ramollir les tensions. Les egos sont de sortie. Les trips aussi. Ils appartiennent à des collectifs que seuls les initiés connaissent. Dans ce milieu, la reconnaissance passe par la discrétion. On est d’autant plus fort que l’élitisme implique la retenue.&lt;br /&gt;On frime d’autant plus qu’on vit caché. Flag décline une séquence où il met en valeur la sape. C’est sa marotte : dans ce milieu pourri de codes, on ne se fringue pas par hasard. Les conventions sont plus qu’importantes. One Flow s’irrite des quolibets de l’oncle : sa dégaine imite les chanteurs américains – la défonce, le fric, les femmes… Pas de quoi être fier d’incarner le frustré. One Flow n’a rien répondu. Il glisse entre les gouttes. Il s’oppose à sa famille. Il se coupe du monde. Il vit en autiste : la seule valeur, c’est le monde du rap.&lt;br /&gt;Tiens, Discount qui s’avance. Lui, c’est le prod. Comme il a lancé le seul rappeur d’Eonville qui ait percé, un métis sénégalais du surnom de Miki la Peste, il passe pour une légende urbaine. Avec un peu de flouze, il est celui qui a réussi. C’est l’exemple du quartier. Dans les discothèques, les jeunettes lui sautent dessus. Flag l’a embauché direct. En gage de qualité. Dégage le karité. Flag juge au feeling – charisme. C’est son critère – de choix.&lt;br /&gt;« Excuse, man, faudrait reprendre la scène où t’arrives avec Barbie dans le club…Ta dégaine est calibrée, mais ton yes ! sonne trop mou… »&lt;br /&gt;Pas d’embrouille, One Flow s’exécute. Discount connaît la chanson. One Flow a repris l’interjection de la clique des Jamaïcains. One Flow est envoûté par tout milieu de flambe. Dance hall : on y met en valeur l’argot des immigrés aux States, le sabir des Noirs de Jamaïque. Un mythe. Chez les banlieusards du blow, on ne dit pas boîte de nuit, mais – club. Ça sonne plus english. Barbie : la poupée zunienne qui sert de modèle à One Flow. Dans la vie, peu importe qu’ils ne se calculent pas. La top sort d’une agence, le top descend du Sud. One Flow pose en gangsta afro. Sa tirade ego trip : il l’a blindée de paroles salaces et emportées. Il rêve de faire des portées à la musique. Barbie aurait trop raison de tomber pour sa gueule : il est le best. Le prince des lascars, le roi des blédards. Il en impose. Il s’impose. Il dépose. Qui repose ? Tout à l’heure, il mangera son tiep en millefa, cousin parmi les autres. Sous les néons, il est exposé. Explosé. Il trône en devanture. Authentique. C’est son hic. Technologie. Sa voix jacte dans une baffle.&lt;br /&gt;« Si je croise ta musique, je lui fais une portée ! »&lt;br /&gt;Ça sonne impertinent. Il a bossé des tonnes pour trouver son style. Le goût des autres. Tout à l’heure, le test fini, la fine équipe se claquemurera en appart. La vie de banlieusard. F-5. Les lascars sont des pharaons de nuit. Papillons de vie. Si elle n’a pas filé vers son train-train, One Flow trinquera avec Barbie. Il déclame polygame. Au pays, il a l’épouse plus la fille, mais c’est meilleur de courir les rakias avec un titre marital en poche. One Flow traîne la timbale. La martingale. La gale. Plus que jamais authentique. Épique. Sardonique. Réplique.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3619457538821527839-7530924466193318861?l=chroniquesdeleurafrique.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/feeds/7530924466193318861/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/2010/08/rape-francaise.html#comment-form' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3619457538821527839/posts/default/7530924466193318861'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3619457538821527839/posts/default/7530924466193318861'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/2010/08/rape-francaise.html' title='Râpe française'/><author><name>Koffi Cadjehoun</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06573463984324076647</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3619457538821527839.post-1291108617819271006</id><published>2010-07-21T00:59:00.000-07:00</published><updated>2010-08-04T13:15:08.334-07:00</updated><title type='text'>Le Lord de l'or</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;Le baron David de Mauséus s’apprête à quitter sa berline. Il conduit son véhicule. Pas de chauffeur, pas de strass. Mauséus est banquier en vue des places. De la place. Il navigue entre Paris et Londres. On le voit peu. Il ne sort pas. Il a dirigé la banque Mauséus comme un ténébreux. Vampire : la discrétion, ça paye. Dans trois mois, retraite. Pour l’occasion, il a rendez-vous dans un restaurant huppé (son moule) avec le correspondant célèbre à Londres d’un grand journal français.&lt;br /&gt;Le journaliste : un spécialiste des milieux financiers. Un obligé qui organise son éloge. Un affidé de l’hagiographie. Tant mieux. Mauséus ne se déplacerait pas pour des négatifs. Il appartient au cénacle. Il a peu de pouvoir, il vit caché, friqué. Le restaurant : l’enseigne des Lords, la politique, les renseignements, la finance. C’est cher, couru, cosy. On y donne dans l’atmosphère british. L’empire vous invite à sa table. Le quidam réserve des mois à l’avance. Notre baron a ses aises. Trente ans qu’il fréquente. Il s’exprime dans un anglais saumonné.&lt;br /&gt;David a œuvré pendant un demi siècle. Sa saga est familiale : les Mauséus sont banquiers de pères en fils depuis trois siècles. Chez les financiers, c’est inégalé. En unité financière, un siècle vaut un millénaire. Les Mauséus ont été les banquiers du roi d’Angleterre depuis le dix-huitième siècle. Au dix-neuvième, ils se sont enrichis grâce à l’Empire britannique. Depuis, plusieurs branches dirigent des succursales en Europe. Les plus importants étaient les Londoniens. Ils dénouaient les stratégies au plus haut niveau. Ce qui rapporte, ce ne sont pas les transactions particulières ou les investissements, ce sont les fusions-acquisitions.&lt;br /&gt;Quand les Mauséus de Londres se sont scindés entre la maison-mère et Jacob, le baron-trader qui ne respecte rien, la branche anglaise a implosé. La plus puissante pousse. Le fleuron de la dynastie. Les Italiens sont installés en Suisse ; les Français vivotent du côté de Saint-Germain ; les Londoniens sont des piliers qui pillent Londres. Le baron David était considéré comme un Parisien, le genre qui brûle les millions, qui réalise quelques affaires, qui n’ira jamais au-delà de son influence.&lt;br /&gt;Les Mauséus de Paris sont des viveurs, des flambeurs, des mondains. Jamais ils n’ont été pris au sérieux. Ils font des histoires. Ceux qui faisaient l’histoire, c’étaient les Londoniens. David n’était pas un vivoteur. Il a profité du conflit fratricide entre les Londoniens pour s’emparer de la vénérable maison-mère. David a développé les stratégies entre Londres et Paris. Le Frenchie a réussi dans l’Univers grenouillophobe. Citez la City. David n’est pas de ces exilés à Londres qui opèrent des manœuvres auxquelles ils ne comprennent rien. Certains planent au-dessus du monde. Ils touchent des millions en quelques clics. Ils occupent des postes en vue.&lt;br /&gt;Ce sont des comparses. Des complices. Ils ne dirigent rien. Ils pigent pour des enseignes. David ne traite pas pour les autres. Il laboure en son nom. Il trône sur le toit du monde. Les concurrents, il bichonne. Il est leur haltère écho. Mieux, leur mentor. Les Mauséus sont les banquiers de la reine. Ils n’ont pas de disgrâces. David descend de sa voiture. Il l’a garée comme un gant. Il n’est pas de ces aristos incapables de pisser dans une éprouvette. Il est indépendant. Il est simple. Il part en retraite. Il vivra dans un hôtel particulier, il voyagera vers Londres et distillera des conseils aux successeurs.&lt;br /&gt;Il a réussi son objectif : le conflit avec Jacob signifiait la chute de la maison, fondée sur la complémentarité du lignage. Les autres familles ont perdu la main, reprises par les étrangers. Les Mauséus se sont passés la  main. Ils se sont mariés entre eux. De la discrétion, ils ont fait leur règle. Dors. David est un Mauséus. On ne le voit jamais, on ne connaît pas ses relations, on ne l’a jamais photographié au bras de sa femme. Ses trois enfants sont casés chez des confrères. David a accompli sa mission.&lt;br /&gt;Il a mis fin au conflit interne. Il s’est réconcilié avec Jacob. Désormais, la branche londonienne travaille avec la succession parisienne. C’est de la synergie. Jacob a réintégré le giron. Les risques conviennent à son caractère fonceur et frondeur. David a eu affaire au rebelle des Mauséus. Jacob ne voulait pas détruire, juste quitter ses gonds. Ne plus en rester aux sempiternels principes, se lancer dans les paradis fiscaux. Les niches. David a décelé le potentiel. Un banquier comme on en fait deux par siècle. Jacob dirige la principale union bancaire, l’Inter Division, un nom inconnu qui regroupe les grandes enseignes de la place. Avec les alliances et les croisements, 70 % du marché. Jacob a fait du boulot. À partir de ses paradis, il a paradé. Il a lancé des investissements en Amérique du sud. David a suivi le matadore. Son bronze.&lt;br /&gt;Ceux qui avaient parié sur la maison divisée en sont pour leurs frais. La famille est plus complémentaire, plus diversifiée. Elle est présente dans les investissements opaques, blanchir la drogue ou graisser des armes. Des commerces pas assez utilisés auparavant. Dans l’institutionnel, les trafics poussent à la touche. Avec les méthodes de Jacob, le faîte est fait. David fana de réussite, c’est son dada. Ce soir, il livrera ses banalités prodigieuses. Pas de souci. L’alchimiste de la plume en fera des perles. Demain, on apprendra. On chuchotera. On se taira. La référence tire sa révérence. Officiellement. Aussi raffiné que discret. De la cuisse de Jupiter. Il est le maître de l’ombre.&lt;br /&gt;David mesure sa puissance aux louanges qu’il reçoit. Il n’a rien commandité. On lui rend hommage. On martèle qu’il est le meilleur. On juge qu’il est le plus beau. On convoque les journalistes les plus renommés. On murmure qu’il est une légende. On le loue, on le congratule, on l’applaudit. Golfeur émérite, financier extraordinaire, il mérite sa retraite. Il mérite de la partie. Il mérite de l’Empire. Il est simple, généreux, bon, serviable, bien élevé, bien né. Il est apatride. Il est de l’élite la plus pure : les agents changent. Il est du bon côté : son association dédiée à la Shoah. David a quand même un défaut : il va mourir. Il n’a pas réussi à éviter la mort. C’est son échec mat.&lt;br /&gt;Avec ses cinquante printemps d’omniprésence dans la ouate de la banque, il a appris à naviguer à vue, entre amoralisme et pouvoir. Il a fermé les yeux. Il a accepté. Il a payé. À côté de son cousin, il fait dans la figuration. Jacob pilote l’Inter Division. David est l’héritier. Il est sous la coupe de Jacob. Il a sauvé les meubles. On le tient pour le patriarche, le réconciliateur, le diplomate. Il est dans la nasse. Pas dans la masse. Il est exténué. Il a peur d’après la mort. Il philosophe avec piquant, il plaisante de moins en moins.&lt;br /&gt;Il part avant l’avanie. La City prend l’eau. Bientôt elle déménagera. Bientôt elle jouera des coudes. La City fermera. La City migrera. David est un dinosaure. Il sera de la génération qui n’a pas transmis. Sodome et Gomorrhe flanche. David s’épanche ? Le défilé défile. David n’a pas le profil. Les héros défient les zéros. Prochaine destination : l’Empire mute. Chinoiserie ? La Compagnie réforme ? David marginalisé. Il ne nourrit plus d’illusions. Le plus dur n’est pas d’être écarté, le plus dur est d’être loué. L’acteur. Le boss laisse des bosses. Le boss roule sa bosse. David contusionné. David commotionné. David aurait préféré balayer. Son sacerdoce : prince du néant. Le dernier moricaud. Après lui, le déluge. Bing Bang. Ding dong. Le gong. La retraite sonne la fuite.&lt;br /&gt;Il passera pour le couard. Le traître. L’égoïste. Le failli. Le raté. L’hypocrite. Le coupable. On déteste le symbole. A ce qu'on répand, les Mauséus sont usuriers, juifs, sionistes, diaboliques. David a été incapable de rentrer dans l’histoire. Faire face. Blaguer. Pas d’histoires. Sans blanc. Trouver des portes. L’enfer, c’est les hôtes. David est un autre. Ce soir il rince. Il régale. Il égale. Il oublie. Il déjoue son rôle. Le baron plein de ronds. Le parvenu n’est pas roturier. Il invite. Le restaurant s’ébroue. Le Tout-Londres se retourne discrètement. Le journaliste se lève solennellement. David a soigné son topo. Singé sa sotie. Plus dure sera la chute.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3619457538821527839-1291108617819271006?l=chroniquesdeleurafrique.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/feeds/1291108617819271006/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/2010/07/le-lord-de-lor.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3619457538821527839/posts/default/1291108617819271006'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3619457538821527839/posts/default/1291108617819271006'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/2010/07/le-lord-de-lor.html' title='Le Lord de l&apos;or'/><author><name>Koffi Cadjehoun</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06573463984324076647</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3619457538821527839.post-8502764734394890852</id><published>2010-06-14T03:52:00.000-07:00</published><updated>2010-06-14T03:54:11.293-07:00</updated><title type='text'>Par tous les porcs</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;Il est énorme. Balèze. Il pèse. Le mastaf tutoie les cent cinquante kilos. Le chambreur frise la tonne. Impossible de le retourner sous l’heure. C’est un poids. Dans une société déphasée, notre jovial n’est pas un cas salivant à l’idée d’engloutir le fric des frites ; un tyroïdard qui prendrait son pied à chaque kilo de pollution ; un boulimique suivant une cure de désintoxication aux crèmes et pâtisseries. Notre héros est journaliste sportif. Plus précisément, puisqu’il ne faut pas trop rire sous peine de discrimination, Luc Méribel est spécialiste de football.&lt;br /&gt;Après de brillantes années au quotidien sportif La Victoire, Luc a tellement bien réussi qu’il est passé indépendant. Il intervient dans les télévisions, notamment le câble. Il écume les mags de foot où il délivre sa science tactique-larigot. Il consulte. Ça rapporte. Le paquet. Jackpot. Il a fondé son site. Internet tendance. Il a posé ses valises sur la Toile. La révolution en marche. Subventionné par des sites à paris, il monnaye son avis d’expert, on le réclame les soirs de matches, il est rémunéré pour ses pronostics, les paris en ligne. Bref, Luc a le vent en pompe. Son créneau, c’est les vannes, conjuguées à la proximité avec les joueurs. On le saoule avec ces deux qualités. Il encaisse. Il aimerait qu’on l’admire pour son sens tactique vu qu’il est passé à côté d’une carrière à cause de son poids – et qu’il compense par l’analyse.&lt;br /&gt;Pas un mot. On préfère qu’il charrie ou papote. De temps à autre il se lâche. Il buzze en cassant du joueur. C’est rare, les champions hurlent à chaque critique. Luc cultive sa démago un tantinet titi. Il traîne sa réputation de drôle. Il appartient à la bande des rebelles, ces journalistes qui sortent du circuit par leur verbe gros. Jamais un mot sur les dérives – dopage ou trucage. Sinon, c’est la porte. Luc est une grande gueule, pas un kamikaze. Ces sujets, c’est suicide. Il n’a pas l’âme d’un martyr. Il veut bien constater, déranger, mais à l’intérieur du système. Pas en franc-tireur. Son truc, c’est la déconne franchouillarde, accessible au beauf.&lt;br /&gt;En tête de lard, il est copain comme cochon avec le journaliste le plus mythique de la profession. Noël Châtel est un métisse congolais spécialiste du foot sud-américain. Il travaille de manière discontinue. Il s’est fait renvoyer de toutes les grandes chaînes de télévision. Il est considéré comme le meilleur. C’est l’as qui ajoute à son excellence la confirmation du milieu pro. Il est capital de disposer de l’amitié de Noël. Noël est considéré comme un caractériel. Il refuse l’autorité, il travaille comme il l’entend. Noël et Luc se sont connus sur les plateaux. Le courant est passé.&lt;br /&gt;Ils se voient en dehors du travail. Ils sont amis. Ils sont haltères ego. Les deux compères, qui aiment autant boire un verre que refaire le match du haut de leur excellence, se sont assis dans un bistro derrière les studios de leur câblée. Une sportive qui a été lancée par l’omnipotente firme La Victoire. Luc a gardé des liens. On rappelle l’ancien de la boutique qui a bien tourné. On se souvient du truculent commentateur qui a son avis sur chaque question et qui connaît ses sujets foot.&lt;br /&gt;Luc et Noël sont attablés au comptoir, la serveuse les a reconnus. Noël adore les femmes. Il est marié, il tient à sa réputation de coureur de jupons. Il veille sur ses deux marottes : les nénettes et les maillots. Il est collectionneur dans l’âne. Tendance compulsive, version maniaque.&lt;br /&gt;« Luc, tu as entendu l’histoire de Vanim ? »&lt;br /&gt;Luc lève les yeux au ciel. Qui n’est pas au courant de cette affaire aussi privée que sordide ? Des stars de l’équipe de France avaient recours aux services d’une jeune prostituée nommée Rachida. Depuis, elle se pavane dans les mags people. Elle montre ses longues jambes et sa poitrine refaite. Luc salive. Il est obsédé par le cul. Comme il est un célèbre obèse qui baise la téloche, il peut se permettre certaines incartades avec les nénettes. On lui passe tout. Il ne dit rien, il se réfugie derrière la vie personnelle, il n’en pense pas moins. Ce serait lui, il aurait fait pareil que Vanim, la vedette de l’équipe de France.&lt;br /&gt;Un dragster qui joue ailier droit et qui fume toutes les moquettes d’Europe. Vanim a actionné ses réseaux de call-girls, via des intermédiaires du monde de la nuit. Grâce à Vanim et à d’autres collègues internationaux, Rachida a accédé à la célébrité. Enfin, la célébrité – douteuse. Vaut-il mieux être anonyme ou catin notoire ?&lt;br /&gt;« Sûr que je la connais !&lt;br /&gt;- Tu enquêtes pour moi sur elle ? »&lt;br /&gt;Noël ne change pas : il joue toujours au mac, au boss, celui qui prend les initiatives. Luc se replie sur lui. Il déploie son quadruple menton. Il n’aime pas les histoires de mœurs. Casse-gueule.&lt;br /&gt;« Je ne sais pas si j’ai le temps…&lt;br /&gt;- Tu piges pas ! C’est le scoop du siècle ! Rachida est envoyée par l’équipementier Kumpo pour torpiller la concurrence… »&lt;br /&gt;Luc écarquille des pupilles. Noël est le spécialiste des scoops. Luc ne veut vraiment pas se mouiller. Kumpo pourrait briser sa carrière. C’est un équipementier brésilien qui travaille en Chine et qui casse les contrats des stars pour grapiller des parts de marché au grand rival – Edel, partenaire de l’équipe de France et du football depuis la Seconde guerre mondiale. Ces types sont des institutionnels. Gare aux enquêtes qui vous laissent sur le pré.&lt;br /&gt;« Edel aurait laissé faire ?&lt;br /&gt;- L’équipe de France dérange. Ils peuvent gagner la prochaine Coupe du monde. En s’attaquant à son meilleur joueur, on la déstabilise…&lt;br /&gt;- Moi, j’ai toujours estimé que c’était des conneries. Tout le monde se défoule avec des putes dans ce milieu… »&lt;br /&gt;Noël affiche un sourire en coin. Du style : moi, je ne paye pas les filles. Noël a beau être gentil, il n’est pas international. Il ne court pas aux quatre coins de la planète pour jouer tous les trois jours. Les footeux, Luc respecte, son insolence est de façade. Il chambre, mais le fond est OK. S’il était comme eux, il ferait comme eux. Certain que le courant passe à cause de cette connivence. Noël ignore-t-il que cette Rachida siliconée était entretenue par des bars à footeux, genre clubs VIP où ne rentrent que les golden boys ? Dans les potins, on murmure que Rachida ne se monnayait pas qu’à Vanim, qu’elle était l’égérie de la plupart des internationaux.&lt;br /&gt;Rachida aurait été l’escort girl de l’attaquant de l’équipe de France, un certain Titi Bravo. Ça tombe bien, Luc passe pour l’interlocuteur de Titi. Titi ne blaire pas les journalistes, à l’exception de Luc. Du coup, Luc réalise la plupart des interviews de Titi. L’enquête, c’est une manière de protéger l’équipe de France des ragots. Si Luc fouille, les rumeurs seront enterrées sous le caustique. Luc travaillera en sous-marin pour Edel en enfonçant Kumpo.&lt;br /&gt;Luc s’est levé. Il a accepté. Il a pris un taxi et il s’est rendu dans un grand hôtel. Titi loue une suite à l’année dans un palace. Les footeux sont fascinants. Ils gagnent tellement de blé qu’ils craquent comme les milliardaires. Maintenant ce sont les sportifs qui régalent.&lt;br /&gt;Officiellement, Titi est marié à une starlette du cinoche anglais, mais il ne se prive pas de quelques écarts extraconjugaux. Il reçoit les poules dans sa suite. Luc court retrouver Rachida. Il n’aime pas brûler toutes ses cartes, y compris auprès des collègues comme Châtel. Il était au courant pour Rachida. La poule est hébergée chez Titi. L’impunité de la célébrité. Pas étonnant qu’elle collectionne les clients internationaux : elle est dans la place. Dans le palace. Si ça se trouve, elle a déjà dédommagé des intermédiaires, comme certains frères à Titi, qui jouent aux impresarios et aux vedettes. Ils ne seraient pas jaloux de l’aura du frangin ? L’argent de l’agent.&lt;br /&gt;La famille, c’est la famille. Luc n’est pas jaloux. Il a sa part de gâteau. L’oreille de l’oseille. Il aurait préféré peser quelques ballons en moins, mais journaliste sportif, c’est pas mal. Surtout à son niveau médiatique. S’il ne jouit pas de la notoriété d’un Titi, Luc passe à la télé. Label bleu. Luc ne crache pas sur les fines parties. Son bide et son menton ne le rendent pas suspect d’érotomanie. Il traîne une réputation de gros plein de soupe, pas d’accroc au sexe.&lt;br /&gt;S’il veut continuer à interviewer l’équipe de France, il n’a pas le choix. Il doit jouer son jeu. Quand il arrive au palace, on lui indique la suite à Titi. La connivence : le péché qui perdra les milieux du luxe. Craché caché, Luc ne dérangera pas le grand homme, qui est absent. Titi évolue dans un club anglais et débarque un week-end par mois, en avion. Toujours la première classe. Pour un international, les escales sont monnaie courante. Il saute dans un vol direction New-York pour une séance shopping avec sa compagne. Du moment qu’il effectue ses entraînements et qu’il claque ses buts…&lt;br /&gt;Luc ne se tâte pas la tête. Il suit son programme. Il jongle carte sur table : si Rachida joue les foot-girls, elle doit étendre sa gamme aux copains. Luc est favorable à l’hédonisme. Du sexe et une bouteille, on grimpe au septième ciel. À l’entrée, on lui a indiqué les ascenseurs. Luc est public. L’enquête finira au paillasson à condition que Rachida accouche. Luc a les moyens. Les footeux apprécient quand on vit comme eux. Sinon, vous restez l’intrus. Luc est des leurs. Des leurres ?&lt;br /&gt;Il connaît les ficelles, jamais sortir la vérité. La vérité, c’est que Rachida n’est pas la call-girl du milieu. Les footeux qui pèsent leur oseille, qui voyagent et qui ont des besoins sexuels en corrélation avec le dopage (génétique), ont recours à la facilité. Par ici le talbin. Les courtisanes pullulent dans cet entourage où l’on croule sous le pognon et où l’on manque de neurones. Un gaillard de vingt-trois balais qui refuse une bombe à billets, vous en connaissez des tonnes ? Alors – dans le foot ? Avec sa tête de beauf attardé et sa dentition de chameau amoché, Vanim n’a pas les dispositions pour refuser. Il a trop ramé. Maintenant, il encaisse. Ses caprices sont des ordres.&lt;br /&gt;Il est trop riche, trop stressé, trop speed. Sa femme, il ne la voit jamais. Il paye sa baraque et son train de vie. Elle assure son marketing. Elle est une conseillère d’enfer. Les footeux vivent avec des profiteuses. Elles sont craquantes, sexy, capricieuses, sottes... C’est rond, le ballon. Quand il rentre à la maison, dans la campagne parisienne, Luc ressent de la griserie. Il joue sur les deux tableaux : il profite des miettes du festin sans faire la cuisine. Il ne se dope pas à mort. Il ne boude pas les amuse-gueules. Rachida est plus qu’une distraction. Un amuse-sexe. Avec ses obus siliconés et ses mèches blondes, elle est plus qu’une farce. Une garce qui agace.&lt;br /&gt;Pour la galerie, pour Noël, Luc pondra une exclu de la mort. Rachida en mode intime (audience assurée) se confiera dans un décor sombre, comme si elle vivait dans la cave de l’hôtel. Luc singera le reporter courageux, muni de ses questions impertinentes. Les spectateurs ramasseront du toc, Luc passera pour l’expert hors normes, le type qui vous réalise les exploits. Vous rêvez d’une interview impossible, appelez Luc Méribel. Un rebelle des médias, ça ne court pas les télés ! Son plan est ficelé, emballé, pesé. Qui se doutera qu’avant le canevas, Rachida et Luc ont fricoté – que le scénario est bidonné ? Luc s’en fout. Lui aussi n’est qu’un pion qui joue le jeu tant qu’on ne le vire pas de l’échiquier.&lt;br /&gt;La porte s’ouvre. C’est Rachida dans la suite... Luc a préparé son topo. Il est dans le tempo. Pour une pute, un ventripotent, c’est du pain béni. Problème : un mec est à la porte. Un Rach. Le minet sourit sans fard. Luc est obligé de rompre la glace.&lt;br /&gt;« Je suis venu pour une interview…&lt;br /&gt;- Vous voulez m’interviewer ?&lt;br /&gt;- Moi, ce serait plutôt Rachida… »&lt;br /&gt;Le gaillard explose de rire, l’air de ne pas y toucher.&lt;br /&gt;« Rachida, c’est moi… »&lt;br /&gt;Bombe atomique, explosion nucléaire. Cette tuile, Luc n’avait pas programmé. Rien à faire, les travelos et les trans, c’est sans commentaire. Sur ce chapitre, ça coince. Rachida est plus qu’une pute : un travelo ! Pour Luc, les footeux à traves, c’étaient des Brésiliens. Quelques gélules et pilules, les fêtards de Rio ne se contentaient plus de nénettes. Adrénaline, catégorie plus rare. L’option qui tue. Apparemment, Luc n’était pas au secret : les Français sont aussi des Brésiliens.&lt;br /&gt;Il commence à se faire vieux, Luc. Son disque raye. Il avait prévu d’enterrer l’affaire après une bonne sauterie. Il repartirait dans ses paris d’émissions ; là, il est démoralisé. Il n’est plus le gentil journaliste qui assure, il est le has pine. Rachida, c’est Rachid. Ce n’est pas pour lui. Pas de son temps. Quand il pense que les internationaux de l’équipe de France en sont à se taper des travelos pour modérer leur adrénaline, pas étonnant que le foot soit en crise. Lui qui ne se pose pas de questions, il en vient à se demander s’il n’est pas tombé dans un traquenard. Qu’est-ce qu’il va raconter, maintenant ? S’il couvre, il est découvert. Piégé, pigé ?&lt;br /&gt;Bonne pioche : et si c’était Edel, le grand manitou ? Si Kumpo n’était que l’alibi de la farce ? Le dindon de la force ? Et si Châtel travaillait en loucedé pour Edel ? En tout cas, il fait leur jeu, le fric lance. Luc est coincé. C’est pour ça qu’il enterre les affaires quand elles sortent : trop risqué. Là encore, il ne pipera rien. Il va demander à Rachid de se faire belle, de poser à Rachida qui chavire les cœurs d’artichoux. Jamais il n’expliquera le fin mot. Les maux ont faim. Rachid s’est arrangé pour dévoiler une partie de la vérité. Luc n’est pas omniscient, il est malin. Habile. Il louvoie. Il convoie. La vérité brisée en mil, il convient de ne pas recoller les morts, sot. Le coup du puzzle en déconfiture, c’est bon pour les gosses. Lui est un adulte qui adule. Il nourrit sa famille, il entretient sa réputation, il ment. Il se sent bain.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3619457538821527839-8502764734394890852?l=chroniquesdeleurafrique.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/feeds/8502764734394890852/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/2010/06/par-tous-les-porcs.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3619457538821527839/posts/default/8502764734394890852'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3619457538821527839/posts/default/8502764734394890852'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/2010/06/par-tous-les-porcs.html' title='Par tous les porcs'/><author><name>Koffi Cadjehoun</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06573463984324076647</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3619457538821527839.post-2222386868529452995</id><published>2010-04-27T10:37:00.000-07:00</published><updated>2010-04-27T10:39:09.016-07:00</updated><title type='text'>La vieillesse éternelle</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;Dans la salle à manger, trois blangos. Un jeune à crâne rasé. Les acclimatées vérifient le tiep façon capitaine. Un tismé arabe, le monde jure qu’il est blanc. Ils portent le même costume. Un trois pièces sénégalais. C’est musulman. Les rakias fument au-dessus du riz. On mange la même sauce. On cultive le même culte. L’exotique, superficie.&lt;br /&gt;Dans la cuisine, un tonique échalas. Un beau Sénégalais. Mamour, sous-nom maternel. Prénom confidentiel : Lamine. La mine à phare chauffe le four à blanc. L’alchimiste remplit sa mission : le Boss a confié sa tâche à shit. La recette : fondre deux saves d’import Maroc et les mélanger avec la pâte Sénégal. La patrie vous sourit. C’est ainsi qu’on oublie. Lamine exulte. La confiance dore. Au Sénégal, il est mort. On le mord. Renié, il renaît. En France pour études, il jackpote son danger. À la fenêtre, un drapeau de dictateur africain cache la vue. Garde à vous. Un salaud – tortionnaire. Un assassin. Un criminel. Tant mieux. D’où sort-on ce raté ? Pas d’apologétique. Pas d’idéologique. Le but : filer la surveillance. Les condés des tours infiltrent.&lt;br /&gt;Quand on trafique, méfiance. On se fie au défi. On flirte avec la parano. Dans la salle de bain, la lumière brille. La sista Comba a filé avec une compatriote. Elle fuit le trafic maison. Ça ne lui plaît pas. Elle cache les histoires à la mère mais elle regrette l’époque où le Boss était un petit des tontons. Le père est mort, il se croit tout permis.&lt;br /&gt;C’est dans la chambre du Boss que ça se passe. Pape, on dit Mous, personne ne sait pourquoi. Le Boss gaze. Ça en jette, les spliffs. La pièce est tellement enfumée que les murs fument. Le Boss n’est pas seul. Il n’est jamais lâché. Deux collaborateurs planent sur le lit double matelas. L’Arabe sort de la banlieue d’Eonville. Il est en permission militaire. Il vaque à son service. Il tape à l’enfer. Il gobe des ecstas à langueur de nuit. Il draine dans les boîtes. L’autre est du Cameroun. Le natté dead inspire plus qu’il ne deale. Le rappeur représente. C’est râpé question carrière. Il toaste derrière les entrées, entre deux squares. Il traîne à la MJC. C’est un mythique de l’underground mytho.&lt;br /&gt;Pape est tondu des tendus. Il guette un arrivage. Pas came, shit ou rabla. De la camelote. Du biz. Pape est un malin. Il bricole dans les vêtements. Des associés lui rabattent les occases. L’équipe du casse d’occase braque des dépôts, entrepôts en camionnettes. Ils sillonnent la région, là où la qualité est qualifiée. Ils braquent les baraques. Ils blindent le fourgon. Mission accomplie, Pape fourgue aux revendeurs. Les marges plus que larges. Ça paye double shit, moins craignos que la dope. La police s’éveille. Faut veiller les douaniers. À part les sheriffs, c’est la belle vie du vice.&lt;br /&gt;Pape fiance la France. Sans travailler, on a la trouvaille. Sa réputation de bang du gang, Pape est adulé dans le quartier. Il gaze à la gazelle et sertit en serviteurs. Le drôle renverse les rôles. Les Blancs des barres l’assistent, Merco ou Golf, moyennant quelques services. Pape n’est pas avare. On tait pour lui. Un Noir anar, c’est plus que bien vu. T’es culte en moins de deux. Tu lâches les pires crasses, t’es absous des sous. Si tu défies la loi, tu es héros. Tes valeurs de voleur en pièces. Pape n’est pas Robin des tours. Le céréalier engrange un max de blé, flambe les soirées afro. Il circule en bande, on craint son respect, sa réfutation est réputée, personne ne refuse l’entrée, il prend des bouteilles, il paye comptant, c’est un joli cœur, il repart blindé, il est quelqu’un.&lt;br /&gt;« Pape, c’est pour toi ! »&lt;br /&gt;L’officielle joue la standardiste. Karima est la cop’s. En plus des cinq maîtresses du moment. Chef de ghetto, les nénettes tombent. Karima est trop fière pour voir clair. Elle se réveillera quand elle maturera. Pape ouvre la porte. Un rabatteur de douze ans est à la porte. Il s’appelle Mouloud, c’est une graine de délinquant ; un bon à rien que plus personne ne veut – ni les centres d’accueil, ni les prisons, ni les collèges. Le gamin graine de violent, turbulent, pagailleur. Il est sorti du système la haine haute. Il pige pour les piégeurs. Ses parents sont parés.&lt;br /&gt;« Ils sont en bas… »&lt;br /&gt;Mouloud est hors contrôle, sauf pour les cadors. Le respect, c’est la crainte. Pape sourit : ils, c’est son bras droit et l’équipe. Le blé est de sortie. Il entend la voix d’Alain Méribel, que tout le monde prend pour son frère. Il n’a ni frère, ni ami. Il profite. Il profile. Il se moque. Alain traîne avec lui ; point bourre. Ils fument ensemble, ils taffent ensemble. Rien à battre du reste. Alain est un gadjo, un orphelin de la rue depuis ses quinze ans, un taulard qui a usé les familles d’accueil. Un Sans Dealer Fixe. Il crèche chez Pape. Il tourne à l’héro. Pape profite de sa pomme. Il lui file sa camelote, l’autre est son bras droit.&lt;br /&gt;« Le casino attend en bas… »&lt;br /&gt;Alain a dû fumer un spliff trop serré, il a les yeux explosés. Alain est un foncedé chronique. Surtout ne pas poser de questions ni manifester d’inquiétude. La bande dispose d’un local dans une cave discrète du coin. Un lascar utilise la propriété inutilisée des darons. On entasse les fringues, on les fourgue ni vu ni connu. Les schmitts sont déphasés. Ils traquent le marcassin, pas le mocassin.&lt;br /&gt;« J’ai débouché le champ’ ! »&lt;br /&gt;Pape cultive sa légende. Il est Africain. Il est insouciant. Il est fêtard. Il croît dans sa bonne toile. Il crie dans les gris-gris. Il impressionne par ses facilités. Il bave les interdits. Il défie la loi. Il est contre la société. Preuve que sa rébellion marche : il est entouré d’une foule, admirateurs, courtisans, profiteurs. Traîner chez Pape, c’est signe qu’on est – de la mode. On est dans la place. On en naît. Pape fête son dernier plan. Dans un mois, il aura amassé de quoi flamber en voyage. Retourner dans sa millefa, au Galséné – branché, le verlan. Un serviteur a ramené du vin et de la bignouse. On va chouache. Le Camerounais se met à psalmodier ; une impro rap-ragga comme il en a le secret. En parallèle, Lamine a branché la sono. Il lance du reggae.&lt;br /&gt;C’est cool, le reggae. On écoute du roots, respect. On hait contre le système. On ne sait pas trop contre quoi, mais on est tout contre. Les joints sont allumés en moins de deux. Les petites meufs ont plus envie de fumer que de manger. Elles sont venues pour s’enfumer. Elles délirent dans l’antre du diable. Elles comptent profiter. La nuit ne fait que commencer. Après, on bougera dans une boîte afro. On dansera la soirée. On boira. On fumera. On participera à quelque chose. Pape est reparti dans la cuisine. Il lance son thé sénégalais, trois tasses si serrées qu’elles vous réveillent un macchabée. Il a l’intention de délirer, de piaffe du sky et de pécho une petite chaudasse dans le dos de Karima. Karima ne capte rien. Karima dort. Pape la jettera pour repartir de l’arrière. Il est un dealer naturel. La mort lui appartient.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3619457538821527839-2222386868529452995?l=chroniquesdeleurafrique.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/feeds/2222386868529452995/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/2010/04/la-vieillesse-eternelle.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3619457538821527839/posts/default/2222386868529452995'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3619457538821527839/posts/default/2222386868529452995'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/2010/04/la-vieillesse-eternelle.html' title='La vieillesse éternelle'/><author><name>Koffi Cadjehoun</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06573463984324076647</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3619457538821527839.post-4713956717929170584</id><published>2010-04-13T09:47:00.000-07:00</published><updated>2010-04-13T09:50:45.972-07:00</updated><title type='text'>French carcan</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;Claude Delacampagne roucoule comme un paon. S’il peut, il fait la roue. À chaque fin de matinée, il est bourré. Il boit dès le petit matin, au réveil ; il est chef de rédaction. Du moins en retraite. Il a claironné comme un mort de faim qu’il s’opposerait contre vents et marées au candidat ultralibéral Alain Méribel. Maintenant que ce dernier est élu Président de la République française, il s’est bien gardé de le défier. Quelques piccadilles, il a revendu le journal mythique qu’il avait formé avec trois associés. Une légende : Delacampagne. C’est le statut qu’il s’accorde. Il pèse plus lourd que son journal. Le cigare aux lèvres, le cheveu hirsute quoique rare, chauve comme un moine, il pétille d’intelligence.&lt;br /&gt;Son journal, c’est un étendard, un drapeau qui claque dans la brise de la presse : L’Observatoire. Laboratoire de l’observation journalistique. Personne n’a songé en trente piges d’existence à lui contester sa qualité d’hebdo. De grandes plumes s’y croissent. Delacampagne bien entendu, plus que les autres confrères journalistes. Delacampagne est entiché : les journalistes représentent l’avenir de l’intellectuel. Les journalistes : entendre le panier parisien, ceux qui ont percé et dont le talent de plume s’exerce dans les grands titres – pas les plumitifs qui s’échinent à pisser des lignes pour compter les chats écrasés des quartiers.&lt;br /&gt;Courageux mais pas téméraire, Delacampagne a quitté son hebdo. Il est maintenant électron libre. La retraite n’existe pas pour un cerveau. Il vend du livre, un à deux l’an. Il anime un site Internet, des milliers de visites la semaine. Il est détesté des ultralibéraux, il se situe autour d’une position de centriste. Les grands esprits oscillent entre la politologie, l’événementiel, le politique, la réflexion, l’action… Lui butine entre les conférences, les analyses, les essais. Il contemple son parcours, entre académisme et journalisme. Il passe dans les émissions de télé.&lt;br /&gt;On le demande ; son avis compte. Il est consulté. Il est consultant. Il est poil à gratter. Il finira en trublion consensuel. Il commence par dénoncer ; il finit par valider. C’est sa méthode. Il se définit comme conservateur progressiste. Les imbéciles répliquent qu’il serait surtout un vendu du libéralisme, qui l’utilise comme adversaire de service. Pas d’accord : Delacampagne est trop brillant pour être manipulé. C’est son avis sur la question.&lt;br /&gt;Cette semaine, il est émoustillé. Il est un homme du livre. Il est un homme du libre. L’Observatoire lui a passé commande. Il cachetonne à la pige de luxe. Un numéro sur Internet. Les dérives d’Internet. Les rives de Gutenberg. Delacampagne entend dresser la critique d’Internet d’un point de vue Gutenberg – sans pour autant verser dans les poncifs – Internet et la pornographie, Internet et le complotisme, Internet et l’antisémitisme, Internet et l’extrême-droite, Internet et la calomnie… Etcetera. Delacampagne est un prof qui adore les problématiques. Sa problématique est d’un modéré. Centriste. Libéral. Consensualiste.&lt;br /&gt;Delacampagne bat la campagne. Il a acheté un mas provençal, qu’il a retapé. C’est sa fierté. Sa réussite. D’après lui, Internet est au service de Gutenberg. C’est sa ligne – sa conduite. C’est sa vision : le Progrès conserve. Il n’a rien contre Internet. Internet est au service des journalistes. Les complotistes, pas son rayon. Il hausse les épaules. Pour lui, franchement, ce sont des pauvres types qui délirent sans la réalité. Lui, il est l’analyse, l’engagement, la réflexion, l’inflexion, la flexion. Delacampagne est gymnaste. Un gymnaste qui picole. Delacampagne est un original. C’est son image dans le milieu. On le dit hors normes. Il sourit.&lt;br /&gt;Il a le chic pour se démarquer de son monde sans choquer. C’est son talent. Il fait dans l’accord. De temps en temps, il sort une pique, puis se rattrape. Pas question de quitter la route. Un dinosaure suit sa ligne. Conduite. Pour Internet, il a trouvé la conciliation. Il parade. Ce sera Internet au service de la presse. Ils ont tous peur d’Internet, lui a plutôt peur de peu. Internet est ami. Il a bouclé son numéro. Il a fini son édito. Il reçoit par fax les différentes commandes. Certain, ce numéro va s’arracher. Une fois de plus on dira que Delacamagne est bankable. Delacampagne est une affaire. Delacampagne est le cerveau. Le cerf vaut – son pesant d’eau. L’Observatoire vaut une messe.&lt;br /&gt;Delacampagne est un libre penseur. Un libre peseur. Il se sert une lichette. Une anisette. Un pastaga. Delacampagne a le sentiment du devoir. Demain, il pend le TGV. Il file pour l’Est. Eonville. Une vile de province. Il adore le terroir (pas plus de deux jours). On lui commande une conf’. Changements stratégiques et mutations industrielles. Il baragouine, on l’admire, de quoi se plaint-on ? Il a peur de clamse. Quand il a les pétoches, il bouteille. Il vermeil. Ce soir, il devait sortir, voir une pièce, du théâtre, finalement, on a décommandé. Un animateur lui demande de commenter l’actu sur son plateau. Du prime time. On le bichonne. Bientôt le vieux sage.&lt;br /&gt;Il prend des trémolos dans la voix pour montrer la voie. Il essaye de peu se montrer. Pas trop, pas top. Il se méfie de l’exposition. Il ne pense jamais au lendemain. La postérité, il rigole. Le caniveau vaut les veaux. À vau-l’eau. Le succès, c’est maintenant. Il est du présent. Il ressert un dernier godet. L’insouciance. Les grands esprits boivent beaucoup. Il boit pas mal. Il pèse son mal. Il tise son râle. Il tisse sa toile. L’araignée bourrée a son coup d’avance, dans le nez. Tout lui est permis. Conduire. Jamais ivre. Imbibé. S’il s’effondre, ce sera la révérence. La référence. Délivrance. Il croule sous la popularité. Il coule sous la spontanéité. Il sue. Il a froid. Il est cœur. Il est choix.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3619457538821527839-4713956717929170584?l=chroniquesdeleurafrique.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/feeds/4713956717929170584/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/2010/04/french-carcan.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3619457538821527839/posts/default/4713956717929170584'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3619457538821527839/posts/default/4713956717929170584'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/2010/04/french-carcan.html' title='French carcan'/><author><name>Koffi Cadjehoun</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06573463984324076647</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3619457538821527839.post-8489200195518279844</id><published>2010-03-19T10:15:00.000-07:00</published><updated>2010-03-19T11:15:21.208-07:00</updated><title type='text'>Zanzibar</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;On tire la moue sur le plateau de Claude Delacampagne, le présentateur à la mode oligarchique. Delacampagne n’est pas animateur. Il se présente comme journaliste. Il est le directeur de publication du principal hebdomadaire ultra-libéral de France. Il s’occupe d’émissions aux formats aléatoires. Manque d’audience, absence de continuité – il s’en fiche. Au départ, il faisait dans la critique littéraire. Maintenant, il est branché politique. Tant que c’est de la critique, avec le monde qu’il connaît, il est à la mode. Il est bankable. Lui ne rapporte pas de fric. Mieux : il rapporte la voix du maître. La voix des industriels. La voix des financiers. L’avoine des patrons. Le domino des dominants.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;Il sort du Tout-Paris. Il est riche, célèbre, vieux, beau. Son succès, auprès du public, des femmes, des milliardaires, c’est le grandiose propagandiste, le mirifique romancier, l’énorme télégénique. Pour paraître ouvert, il a invité Alain Méribel. Un écrivain qui sent le souffre. On l’accuse d’antisémitisme, il a fait de la provoc sur les juifs. On l’accuse de racisme parce qu’il a défendu les terroristes du 911. Selon lui, le 911 est un châtiment. La vérité officielle est juste à condition de défendre les auteurs des attentats. Méribel est l’écrivain qui sent le souffre à l’intérieur du système. C’est un anarchiste qui déclare son individualisme. Tant que le système se portait, il avait ostracisé l’énergumène. Un pisse ligne qui pose au génie incompris. Un bourgeois qui peint et qui dépeint. Un fils à papa du jazz.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;Méribel est l’icône des bobos qui la jouent réfractaires. Maintenant que c’est la Crise, que le Système s’effondre, que le Golgoth s’écroule, les porte-parole courent chercher les contestataires qui croient encore au Moule. Méribel est de ceux-là. Méribel provoque, Méribel convoque, sur la ligne des subversifs. Beaucoup, pas trop : ce bourgeois déteste les bourgeois. Renie qui tu es. Voleur, tu reproduis entières les antivaleurs. Être in tant qu’out. Aimer l’Afrique anti-néocolonialiste. Militer pour la victoire de l’anarchisme. L’utopie n’est pas prête de se réaliser. Alain mélange les valeurs, anarchiste, catholique, orthodoxe, cosmopolite, entier. Il sait qu’il ne veut pas. C’est un contestataire de l’insatisfait. Un maso du grand cru.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;Le prétexte à son retour en grâce est son nouveau livre, qu’il a sorti sur Internet. Il se la pète invention révolutionnaire. Sortir du roman papier et le vendre sur Internet. Méribel a niqué les éditeurs et les libraires de la place. Tout baigne. Qui sont ses ennemis intimes ? Le milieu littéraire, le Paris des Lettres, les branchés, les pétasses, les nymphes, les nullités, les escrocs, les parasites, les fours, les vernissages, les réceptions. L’écrivain maudit est tapi au chaud du système honni. Preuve de son courage journalistique, Delacampagne est contraint de réaliser l’interview seul avec son invité. Personne n’a accepté de débattre avec l’inclassable incassable. Un incunable qui de toutes ses forces maudit les maudits audits. Bien dit : Méribel le maudit des mots dits. Dans l’antre, il entre en diablotin.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;« Maintenant, Alain, si vous le voulez bien, nous allons passer au grand débat avec nos autres participants… »&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;Méribel est quand même convié au grand débat. La crème sioniste, l’élite branchée et le gratin mondain sont là. On a un avocat sioniste, un chroniqueur de théâtre imbuvable et snob, un rocker qui a pondu un thriller, un avocat sulfureux invité pour l’audience. Méribel est dans le dispositif. Il est le mal-aimé. Le grand rejeté. On l’applaudit ; on l’acclame. Trente ans qu’il attend cette réception. On l’a insulté, on lui a craché à la figure, on lui a brisé l’arcade, on lui a balancé des coupes de champagne. Aujourd’hui, on le comprend ? On l’apprend ? C’est le retour d’Alain Méribel. Il sent l’extatique. Depuis ce temps, il n’a pas vendu un livre – si peu. Pendant ce temps, il a été censuré. De ce temps, on l’a insulté, un paria. Les choses ont changé. Alain n’écoute plus les commentaires du ramassis – ce cloaque. Le chroniqueur lâche quelques vérités racistes. Le sioniste joue sa partition colonialiste. Le rocker lance des homélies bac à sable. Le scandaleux entaille sa plaidoirie. Delacampagne élancera des compliments. Il encense avant de pourlécher.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;Alain Méribel est l’incompris du milieu, mais entre eux, il n’y a pas que des différences. Ils tombent d’accord sur l’essentiel. Ils s’accordent sur le 911. Ils n’aiment pas les complotistes. C’est leur rengaine. Leur dégaine. La condamnation Internet. C’est l’incompréhension du changement. Alain Méribel a payé de sa vie pour être au-dessus. Après un tel effort, il est capital de rester dans l’effet. Méribel s’est-il effondré ? Méribel a-t-il failli ? N’a-t-il pu s’empêcher de récolter les miettes du festin ? La cinquantaine, l’anti-édition, il avait réussi son coup. Il avait franchi le Rubicond. Il s’est vu beau, riche, célèbre. Béni. À ce moment, il a franchi la ligne jeune. Quand on hait le système, on n’est pas pour la VO du 911. Alain aime le système. C’est un maso pro-VO. 100 %, c’est son dada. Il est anticolonialiste, anti-impérialiste, antiesclavagiste, pour l’Occident. Impossible d’être pour l’Afrique en dehors des stéréotypes anticolonialiste.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;Méribel a trop donné pour refuser son cadeau de fin. Dans le rejet, on reconnaît. Il a toujours rêvé d’être le rebelle des médias. Il prépare sa sortie contre l’Occident colonialiste – affaire pliée. Il mijote. Dans ce monde de caïmans vénéneux et vénérés, il est l’ado attardé, l’éternel petit jeunot. Il est le poil à gratter. Il dérange. Il démange. Peu importe la contestation, peu importe le show-business, peu importe le statut, pourvu qu’il ait l’aura. Alain Méribel est le gérant de son image. Alain est le garant de son ménage. Il n’a pas encore pris la parole. Depuis un quart d’heure les autres pérorent. Il est temps briser, il est temps d’incarner le génie, le dieu de l’art, le roi de l’intemporel.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;« Une émission de télé-réalité se déroule en direct de l’Afrique du sud. L’émission fait jaser, puisque les participants sont accusés de néo-colonialisme par les ONG… »&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;Delacampagne se félicite de sa présentation. Méribel embraye.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;« Quand on jazze, les salopes et les salauds jasent…&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;- Comme c’est tourné ! »&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;Delacampagne plane.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;« Moi, cette émission, je ne la trouve pas scandaleuse… »&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;Le théâtreux théâtral tire la tronche. Il hait les Négros, c’est son haillon. Trop tard pour le croûton, le public applaudit à tout rompre. Alain savoure, Alain triomphe. Il est le Raphaël de son tempo. Il sent sa phase. Détesté compris, c’est mieux qu’aimé incompris.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3619457538821527839-8489200195518279844?l=chroniquesdeleurafrique.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/feeds/8489200195518279844/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/2010/03/zanzibar.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3619457538821527839/posts/default/8489200195518279844'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3619457538821527839/posts/default/8489200195518279844'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/2010/03/zanzibar.html' title='Zanzibar'/><author><name>Koffi Cadjehoun</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06573463984324076647</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3619457538821527839.post-2958289462804536311</id><published>2010-02-19T22:57:00.000-08:00</published><updated>2010-02-19T22:58:46.351-08:00</updated><title type='text'>Laisse saure</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;« J’accueille… Alain Méribel ! »&lt;br /&gt;Le présentateur éructe. Claude Delacampagne anime le talk-show le plus médiatique de France. On se presse pour faire l’émission, avec ou sans promo. Alain Méribel arrive sous les vivas du public. Quelques invités sont assis sur des tabourets autour d’un bar en cercle, dans un décor d’Empire romain kitsch, entre néons décadents et colonnes en cartons-pâtes.&lt;br /&gt;Un vaillant comédien se prétend l’ami indéfectible du Sénégal. Sur les plateaux il est Sénégalais de cœur ! Sans identité, il a la carte du monde. Le mondialiste choc est tiers-mondiste chic. Lui, c’est les paillettes. Au Sénégal, personne n’agite devant l’agité. Qu’importe l’agitateur, l’agitation l’emporte. L’important est de coller l’étiquette : africanophile. Afrocinéma. Le discours doré, la voix éraillée, l’œil pétillant : l’acteur chiale ses anecdotes sur le vaillant peuple du Sénégal. Tel est Étienne Chouard : fausses oppositions, différences factices. Inviter sur un plateau un Sénégalais blanc sioniste ashkénaze, fallait y penser !&lt;br /&gt;Claude Delacampagne présente l’échalas comme philosophe poète. De haut vol ? Sa spécialité, les étincelles. Le communautarisme communicatif, son dada. Il distille le venin de son monarchisme néo-maurassien sous des fadaises de tolérance. C’est un pervers qui vient de la publicité et qui promeut le libertarisme branché pour mieux colporter son message de changement aristocratique et mondain. Il est méchant plus que bête. Il a invité Alain Méribel. Un sacré coco. Un faux communiste. Info com’ : l’alternationaliste trouve branché le postmarxisme. Le boxeur snob et select a perdu la tête en ralliant la case nazie.&lt;br /&gt;Alain Méribel est ravi. Qu’il dérange, ça l’arrange. Avant, il posait en séducteur. La quarantaine, l’emploi de dragueur sonne minable. Alain a embrassé la carrière d’écrivain. Embarrassant : Alain joue les Céline. Emballant : le séducteur se réclamait de Casanova. L’écrivain cachetonne les sulfureux mythiques. La marginalité le fascine. Il est subversif plus qu’écrivain. Il est intelligent plus qu’intellectuel. Il a le cou gracile, le poing facile. Il a giflé un lettreux de la came. Une tête à claques qui l’utilisait. Méribel n’aime pas les miteux. Il a insulté la chroniqueuse de la place. Méribel n’aime pas les mal baisées. On le craint. On a peur. Le fer est fier. Le manche effraie les effets. Le faux écrivain, fou dragouilleur. Le rebelle de cénacles parisiens. Le résistant bobo. Il n’est pas colère contre le milieu. Il est en rébellion parce que le show-business l’a décentré. Avant, il faisait un peu de mode, beaucoup d’esbroufe. Tant qu’on bouffe. Il kiffe la télé – quand il passe. Ce soir, il comble. Il est comblé. Admis aux émissions, il est grand.&lt;br /&gt;Sa référence, c’est la caméra. Sa préférence, c’est l’audience. Le magnum télévisuel. Le médium cathartique. Méribel a la rage d’être tricard. Alain est le snobinard qui dénonce. Engagement revendiqué : Méribel est en faveur de l’élite populiste. C’est un contestataire constatataire. Pour compenser, il dépense. Il mouline. Il remue son ring. Dring : il n’a peur de personne. Plus on le conteste, plus il teste. Il est baraqué. Il casse la baraque. Il case la barrique. Face aux lopettes télévisuelles, Barakuda a les moyens de malmener. Contre la raison, il sort les raisons de saison. Contre la démocratie, il expose Staline. C’est tendance, l’immode désuète. Il est majeur d’être mineur !&lt;br /&gt;« Alain Méribel, vous connaissez les autres invités ? »&lt;br /&gt;Le catcheur s’est assis avec robustesse. Vérité de la virilité. Vêtu en sapeur réac, costard anthracite et chemise marine, il minaude. Il signe. Non, il ne connaît personne. Il n’appartient pas au star business. C’est vrai ? C’est faux. Il n’a jamais entendu parler de Chouard du Sénégal ? Il n’a jamais vu un spectacle du guignol d’à côté – le comique le plus populaire de France ? Éric Maupin présente la même carrure et le même ego que Méribel. Il est sympa, il a un côté beauf désarmant. Il a des épaules de bœuf. Il est tellement cool qu’il vote pour la droite financière, tendance ultralibéralisme décomplexé. Il a assuré, il réclame sa part. marché logique. Il arbore un sourire taquin, il tourne des adaptations dans les théâtres. C’est la retraite parvenue de l’humour vaudeville, le millionnaire qui beurre Molière et Labiche.&lt;br /&gt;« Alain Méribel, vous avez écrit un essai qui critique le consumérisme et qui s’intitule Désert du désir !&lt;br /&gt;- C’est cela, oui…&lt;br /&gt;- Vous expliquez en gros que le désir mène à la pornographie et que le désir ne vaut que s’il est incomplet et tu… »&lt;br /&gt;Méribel prend un air inspiré. Maupin le coupe avec enthousiasme.&lt;br /&gt;« C’est le problème du slow. Dans un pays qui a supprimé les rencontres, la faillite de la danse d’amour est la faillite de la rencontre ! Comment tu fais pour rencontrer quelqu’un quand y’a plus de slows ? »&lt;br /&gt;Méribel écume. Depuis son aura de rat rongé, Maupin cumule les sottises. Méribel recadre le débat. Il n’a pas de temps à perdre. Il ne passe pas à la télévision, lui.&lt;br /&gt;« Le désir est tué par la pornographie qui se présente comme le désir intégral et triomphant. Le triomphe du désir signe la mort du désir !&lt;br /&gt;- Alors Alain, vous avez une théorie très personnelle qui s’appuie sur une expérience approfondie du sujet. Vous revendiquez pas moins de sept cents conquêtes…&lt;br /&gt;- Je ne suis pas dans le prétentieux mondain. Ce ne sont pas des conquêtes de séduction. C’est de la drague. Je suis dragueur de rue. J’étais, puisque j’ai raccroché.&lt;br /&gt;- Avoue le truc : tu les as baisées, les salopes ! »&lt;br /&gt;Le public ovationne aux éclats. Chaque intervention de Maupin est hilarante puisque Maupin est le comique en vague. Méribel se renfrogne. Il n’est pas contre la vulgarité, il est contre la diversion. Chouard concurrence ses plates-bandes. Méribel trépigne. Il ne va pas se laisser démonter par un toquard de la vanne. Attends, l’extrême communiste monte au créneau. Il fait front. Il prend le business dans la gueule. Chouard l’ouvre ?&lt;br /&gt;« Je me demande si ça ne commence pas à déraper…&lt;br /&gt;- Alain fait de la sociologie de terrain !&lt;br /&gt;- Je ne suis pas un petit branleur mondain qui perd son temps dans l’éloge du Tiers-monde. Les opprimés comprendront le message !&lt;br /&gt;- Ca veut dire quoi, ça ?&lt;br /&gt;- Ca veut dire que j’aime pas la démagogie… »&lt;br /&gt;Jusqu’à cette prise de bec, Delacampage avait laissé dire. Il aime la virulence. C’est bon pour l’audience. C’est bon pour le moral. Il cultive les invités de la discorde. Cette fois, il est dépassé. Chouard est vraiment remonté. Méribel joue vraiment pour le KO.&lt;br /&gt;« Je suis pas la baltringue qui sort de l’hôtel particulier, tu vois… Je vis en Afrique, on me respecte, c’est pas un type à moitié parano qui va me dicter ce que je pense de la situation…&lt;br /&gt;- Le ringard n’est pas monté sur Paris pour entendre des discours légers. Le secoué, il réfléchit dans le réel. Il vient du peuple. Il pense dans l’analyse de la société ! »&lt;br /&gt;Silence sur le plateau. Maupin ne plaisante plus. La tension monte. Le public se tait.&lt;br /&gt;« Les rencontres sont tellement rares que les mecs s’arrangent entre eux faute de potentialités féminines ! Pourtant, les dames sont de plus en plus belles avec le développement du sport et les progrès de la diététique. On ne se rend pas bien compte de l’évolution de la société, mais la pornographie signe la fin du dialogue !&lt;br /&gt;- Encore de l’homophobie…&lt;br /&gt;- Je peux parler ?&lt;br /&gt;- Pas pour déverser un discours de préjugés…&lt;br /&gt;- Quels préjugés ? Je peux savoir ?&lt;br /&gt;- Au Sénégal, tu sors des énormités pareilles, les gens te rient au nez ou te cassent la gueule, c’est selon…&lt;br /&gt;- Il ferait beau voir que l’on me menace. Je suis un Gaulois qui n’a pas peur des chocs !&lt;br /&gt;- Pas besoin d’aller au Sénégal... Je peux te dire que si tu me chauffes, je vais t’en retourner une en direct, je préfère m’arrêter là… »&lt;br /&gt;Chouard n’a pas le temps de finir. Il a provoqué. Méribel n’attendait que ça. Maupin sentait monter l’orage. Il s’intercale. Delacampagne calme le jeu. Méribel furieux a l’intention de passer à l’action. Il est frustré de l’uppercut. Il percute. Chouard l’a énervé. Chouard est en larve. Il n’a pas l’habitude de la baston. Il a braillé pour invectiver. D’ordinaire, quand il s’échauffe, on le calme ; on le craint. Méribel déteste les sionistes. Il hait le socialo. Ce sont ces gauchistes de droite qui l’ont éjecté. On n’aime pas les auteurs. Les vrais sont subversifs. Méribel est subversif. Méribel est écrivain. Il roule des mécaniques. Delacampage flippe. Si on lui coupait son différé ?&lt;br /&gt;« Je vais te niquer ta race de bâtard, fils de pute !&lt;br /&gt;- Devant la télé ?&lt;br /&gt;- Au lieu de te cacher derrière tes potes, affronte-moi en bonhomme !&lt;br /&gt;- Les gras, on calme le jeu. C’est de la télé. C’est un débat. Vous pétez les plombs, là… »&lt;br /&gt;Maupin en a marre. Tant que c’est du virtuel, ça amuse. Quand ça devient réel, on ne rigole plus. Niveau caniveau, c’est fini, la déconne avec des cannés qui en viennent aux mains. La maquilleuse et la productrice ont accouru. On crie, on s’agite.&lt;br /&gt;« C’est bientôt fini ? »&lt;br /&gt;Delacampagne s’assied sur son présentoir. Il se recoiffe. Il bichonne sa coupe de vieux branché dans le rang. Les cheveux ras, les idées courtes. L’incident est out. Chouard frise la crise cordiale. Méribel a satisfait son effet. Il a montré. Qui est qui ? Il est vrai. Il est juste. Il est beau. Il a maté la tapette. Le public sait. Pas besoin d’insister. Il ne sera pas rejeté. Le monde s’est déballonné. Chouard rêve. Pour changer de ton, Delacampagne appelle les suivantes : une métisse qui tourne des films. Une strip-teaseuse des télés réalité qui s’est vendue au X grand public. Montrer son sexe est interdit ? Le cul vend. No problemo. Delacampage est heureux : les gonzesses frétillent, il n’a pas perdu son temps. Il a transformé son coup. Il fanfaronne. Il attire l’attirail. La rhétorique brille. La quincaillerie détonne. Les beautés respectent. On est drôle. On est tendance. C’est Chouard qui danse ?&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3619457538821527839-2958289462804536311?l=chroniquesdeleurafrique.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/feeds/2958289462804536311/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/2010/02/laisse-saure.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3619457538821527839/posts/default/2958289462804536311'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3619457538821527839/posts/default/2958289462804536311'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/2010/02/laisse-saure.html' title='Laisse saure'/><author><name>Koffi Cadjehoun</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06573463984324076647</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3619457538821527839.post-8843900313899605381</id><published>2010-01-29T11:32:00.000-08:00</published><updated>2010-01-29T11:33:55.033-08:00</updated><title type='text'>Nabab</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;« Jamais les Pères de l’Eglise n’auraient accepté que les musulmans ne trahissent l’idéal de la royauté spirituelle. Jamais ! Je dis : jamais ! Vous les journalistes ne comprenez pas la littérature apocalyptique. C’est dommage, car nous nous trouvons aux temps de la Fin et nous affrontons l’Antéchrist…»&lt;br /&gt;Rire nerveux du plateau. Les invités baissent la tête. Ils sont gênés. Ils sont venus défendre le sionisme radical sous des atours modérés et ils se trouvent débordés sur leur droite par un zombie surexcité. Comment suivre l’énergumène ? C’est une tête à claques, une girouette, a viré raciste de la droite chrétienne, la postmoderne, la new age.&lt;br /&gt;« Rapport à Saint Tertullien, mon maître entre parenthèses, celui qui m’autorise à écrire sous la magie du Verbe chair, le baptême est le seul moyen d’échapper à la damnation. Les fidèles de l’Antéchrist en seront pour leurs frais, si vous voyez ce que je veux dire… »&lt;br /&gt;Personne ne voit, ce n’est pas grave. Le génial incompris est un illuminé qui rallume son petit cigare mexicain. Un barbu écrivain. Un romancier à succès psychédélique. Un barbant disjoncté. Après une carrière compromise par le jargon old age, il se relance en prônant les valeurs les plus néo-conservatrices de l’époque. Sans doute la raison pour laquelle il se grattouille la barbe. Il taquine son cigarillo. Il a de grosses lunettes noires assorties à sa chemise. Ses cheveux teints sont coiffés en obole, comme un moine qui aurait abusé de produits extatiques. Luc Méribel, la mort de la chrétienté ? Comme son nom fait trop français, il se fait appeler Luc R. Méribel. R, c’est René, son deuxième prénom, qu’il exhibe à l’américaine.&lt;br /&gt;« L’Apocalypse est arrivée à partir du moment où j’ai dû me barrer de France pour rejoindre les États-Unis, vu ? Vous vous rendez compte que je représente l’honneur perdu de la France ? Vous vous rendez compte que si les Américains n’étaient pas là pour nous sauver, les Français se coucheraient comme des carpettes devant les musulmans ? On m’a déjà fait le coup en Bosnie ! On a vu le résultat ! Je suis pas un blaireau qui oublie ! »&lt;br /&gt;Méribel est invité sur le plateau d’un célèbre journaliste, culturard qui joue le dandy médiatique doté d’une tronche de grand fatigué vaniteux. Son père antiquaire, il est plein aux as. Il aurait dû se faire renvoyer illico car il ne sait pas parler et qu’il réalise des audiences médiocres. Pistonné et flatteur, on l’a replacé en seconde partie de soirée, quand l’audience baisse, et on lui a confié les produits de propagande. Il est à la ramasse. Il accepte. Il est juif. Il a peur. Il est flatté qu’on lui confie les rênes intellectuelles. Il comprend mal la situation. Il s’ajuste du côté du plus fort. On l’appelle Édouard di Rocco, son vrai nom c’est Claude Delacampagne, fils de bonne famille parisienne, sioniste de père en fils depuis trois générations et admiratif de tout ce qui célèbre le brillant.&lt;br /&gt;« Vivent les sionistes, moi je dirais. Ils font le boulot et nous débarrassent des ennemis de la civilisation. Là je n’attaque pas les Arabes ou les musulmans, mais le cœur de la théologie musulmane, selon laquelle le Verbe ne s’est pas incarné sous les traits de la Trinité, vu ! »&lt;br /&gt;Le romancier est programmé pour son dernier roman, un polar si décousu que personne ne suit. Malgré ses notes, Édouard n’a rien calé. Il dira que c’est incompréhensible parce que c’est génial. Une technique efficace. De toute façon, le livre est un prétexte. On invite Méribel pour appuyer. Il s’agit d’écouter les intellectuels favorables à la guerre en Irak. En France, ils vivent reclus. Aux États-Unis, ils sont écoutés. Méribel le Néo-Frenchie représente le vertige américain.&lt;br /&gt;« J’en ai assez de vivre en exil pour échapper à la bêtise, vu ? »&lt;br /&gt;Édouard calme le jeu. On l’a prévenu. Méribel dérate. Méribel pétarade. Le toxicoco plumitif anticipe sur la postérité. Il exige le tiroir-caisse. Il passe à la caisse, on lui confie la casse. Il sort des cases. Il s’en met plein les fouilles, l’as à dollars. C’est le joker du polar à tendance futuriste. Les journalistes les plus formatés rient sous cape.&lt;br /&gt;« Il serait temps que l’on comprenne : la chrétienté sioniste ne pourra jamais se remettre de ses déboires cathartiques. Comme l’a dit Saint Augustin dans ses prophéties méconnues, il n’est pas question de sauver le Christ contre Jésus… »&lt;br /&gt;Savourant son effet bœuf, il tire sur son mégot. Édouard passe la parole. Un vicelard qui répondra dans les clous. Méribel a lâché. Le silence l’agréé. Il repose. Les invités se remettent de leur fat rire. On soutient la guerre orientale, pas la théologie orientée. On est éreinté. L’intervention fait jaser. Méribel est le client des séances d’anthologie. Sur le plateau, Méribel est le procureur belliciste. L’inquisiteur occidental. Les autres assistent à la charge ou attendent leur tour.&lt;br /&gt;« Nous allons maintenant entendre le point de vue d’un essayiste de gauche qui s’engage en faveur d’une position hérétique : la guerre en Irak. Robert Wolinski, c’est à vous… »&lt;br /&gt;Édouard est satisfait. Il a auditionné Méribel. Il a exploité l’exploit. Il a filé le filon. Il repasse la chique à un rhéteur. Enfin du correctement politique ! Les délires passent. Wolinski écrit des vagues en vogue. La démocratie occidentale, la prostitution, les pratiques SM... La soixantaine, il s’autorise la liberté. Il sionise. Il néoconservatise. Il gauchise. Il sort du bois. Après le 911, le Cercle de Vincennes s’est créé autour des néoconservateurs français. La revue Démocratie tire. Des fondations américaines financent.&lt;br /&gt;Wolinski subversifie. Wolinski sensationne. Il livre ses livres. On lui reproche son conformisme ? Il avant-garde. Il révolutionne. Quel courage ! Il remet de côté sa mèche. Il est à son physique. Il ne supporte pas la vieillesse. Il joue du charme. Il erre prétentieux. Il désabuse. Ce n’est pas sa faute s’il respire l’intelligent. Son mépris le méprend. C’est zombie sans cadavre.&lt;br /&gt;« Il serait temps de comprendre qu’on n’est pas contre les musulmans ou contre la paix parce qu’on défend le principe de la guerre en Irak. Quand on souhaite la disparition d’un dictateur, on est un démocrate authentique, un pacifiste respectable… »&lt;br /&gt;Enfin de la tenue intellectuelle. Wolinski a le verbe concentré et la mine qui pétille. Chaque mot est soupesé. C’est une machine à argumenter. Il est entouré de soutiens qui ne pipent mot. L’heure est grave. Édouard le médiateur indépendant est à côté. D’accord, les sionistes sont les plus forts. D’accord, les sionistes ne se trompent guerre. Du coin de l’œil, Édouard surveille la bette. Méribel est dans le trou. Il creuse. Il terre. Il laisse parler. Il est au-dessus des maux. Il est du verbe.&lt;br /&gt;« C’est revendiquer les valeurs de l’Occident que de se montrer ferme défenseur de la guerre en Irak… »&lt;br /&gt;Édouard lève la tête. C’est maintenant sa culture.&lt;br /&gt;« Ne craignez-vous pas de demeurer incompris ? »&lt;br /&gt;Wolinski étire la bouche. Il passe pour martyr. On reconnaît sa position. Il n’a plus qu’à minauder.&lt;br /&gt;« Je vous remercie de poser la question en ces termes. Mon engagement dépasse les querelles de personnes. C’est pour la cause de la démocratie que j’agis…&lt;br /&gt;– Ne va-t-on pas vous reprocher de confondre démocratie et impérialisme ? Après tout, l’Irak n’est pas la seule dictature dans le monde… Si l’on devait faire la guerre contre toutes les dictatures, l’Occident démocratique ne s’en sortirait pas ! »&lt;br /&gt;Édouard fait son travail de journaliste. Il a posé la question qui dérange. Il peine à contredire son interlocuteur. Triomphe de l’ego : Édouard a réussi à être par-delà ses convictions. Il se sent journaliste, sincère, occidental. C’est important, l’objectivité. Pas question de passer pour un complaisant.&lt;br /&gt;« Le problème de l’engagement a été cerné par un écrivain que j’admire beaucoup, parce que ce n’est pas seulement un grand écrivain. C’est aussi un homme d’exception. Je veux parler d’Albert Camus… »&lt;br /&gt;Méribel frétille. Edouard s’inquiète. Le fou est lâché. Pas question d’interrompre Wolinski dans un moment de vérité.&lt;br /&gt;« Allez-y, Robert…&lt;br /&gt;- C’est vraiment simple : chaque position suscite la controverse. Plus vous êtes controversé, plus vous intéressez. C’est le problème de la vérité…&lt;br /&gt;- A partir de quand la vérité quitte-t-elle son statut de puissance temporelle pour acquérir une portée divine véritablement éternelle ? »&lt;br /&gt;Méribel ajuste son cigare. Il est le rockintello. Wolinski ignore son pire à lier. Il se tourne. Il clôt les paupières. Il complaît. Édouard comprend. Édouard couv(r)e.&lt;br /&gt;« La question tourne autour de la complexité du monde. Complexité du sens. Peut-on vouloir la paix sans la guerre ? Peut-on vouloir la démocratie sans la dictature ? C’est terriblement passionnant et complexe ! »&lt;br /&gt;Wolinski incube. Wolinski infuse. Méribel rebondit d’un sourire incube.&lt;br /&gt;« Sans Israël, jamais nous ne serions rassurés… »&lt;br /&gt;Il baisse la tête comme si après cette phrase définitive il avait cerné le sens en quelques mots. Wolinski bout. Il n’est pas venu divertir. Il n’est pas venu pavoiser. Il n’est pas venu asséner. Il est venu pour la galerie. Il défend des postions éclairées. Il est l’intellectuel sioniste sur les questions de guerre. Il a le vent en pompe. On le consulte. Il est des institutions. Il est référent de Démocratie. Pourquoi le confronter à un dégénéré ? Qu’est-ce qui est arrivé au pommadé ? Édouard court-il les audiences pour convier des demeurés qui confondent illumination et analyse ?&lt;br /&gt;« Nous sommes la culture de la mort. Nous avons tué Dieu et nous devons nous en remettre à nos sauveurs potentiels. Les Etats-Unis d’Amérique sont les maîtres de la tradition. Les Israéliens sont les gardiens, le berceau ! Sans Israéliens, les terroristes se trouveraient déjà aux portes de notre vieille Europe ! »&lt;br /&gt;L’inévitable est arrivé, Méribel est énervé. Il éructe. Il ne se contient plus. Il ne se retient plus. Il dérape. Il toise le plateau et prend de haut l’humanité. Il est côté Dieu. Il est libre. Édouard est largué. Il pointe aux absents. Wolinski regretterait sa venue. Il calme les caméras. Il détient le plus beau verbe de Paris. Dégoûté, on l’égoutte. Il ne peut s’exprimer. Sans lui, la France sera contre la guerre. Pour naguère. Il est fer de lance. Il est le pur. Il est le superreur.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3619457538821527839-8843900313899605381?l=chroniquesdeleurafrique.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/feeds/8843900313899605381/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/2010/01/nabab.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3619457538821527839/posts/default/8843900313899605381'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3619457538821527839/posts/default/8843900313899605381'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/2010/01/nabab.html' title='Nabab'/><author><name>Koffi Cadjehoun</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06573463984324076647</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3619457538821527839.post-2884528625600796272</id><published>2009-12-12T04:13:00.000-08:00</published><updated>2009-12-12T06:45:02.889-08:00</updated><title type='text'>Caméra café</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;À Silvia Cattori.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La caméra filme, la mémoire file. On est près d’Israël. On témoigne, on documente, on informe. Quand les médias déforment, l’imagination prend forme. On est à un check point. Check, my caddy, check ! Sors ton chèque. Avant la guerre, c’était la Palestine ; maintenant c’est les territoires occupés. Les territorialisés souffrent, Israël souffle. Israël sent le soufre. Souffre ta douleur, pauvre rabougri, les Palestiniens ne lâchent pas l’affaire. Ils galèrent, mais ils gagnent. Tu gages ?&lt;br /&gt;C’est un point de contrôle entre Israël et les occupés. Y’a plus d’Etat. C’est un bus rempli de Palestiniens. Y’a plus d’état. Des tas d’hommes jeunes et des vieux ; des femmes avec des châles. Des enfants muets et tendus. Ils vont faire leurs courses devant Israël. Pas en Israël. Aurait-on le droit de palestinianiser la terre d'Israël? La sainte terre hait les souillons. Ils sont contrôlés parce qu’on a peur du risque. Ils seraient terroristes. Le terreau risque de gangrener la terre promise. Alors, on flique, on harcèle, on piétine. On vit dans la terreur. Israël, c’est l’Occident moins la sécurité. C’est la guerre permanente contre le terrorisme. Ils sont plus forts, ils sont faibles.&lt;br /&gt;C’est des soldats qui sont en service. Des jeunes et des moins. Ils sont habillés avec des treillis verts et des rangers. Ils ont des mitraillettes, des pare-balles et des casques à pontes. Ils sont des surhommes difformes. Ils sont plus grands, plus costauds, moins humains. Ce sont des machines, des bêtes, des têtes dénuées de sentiments. Ils font pitié. Ils intimident. Ils sont mal. Ils ne font pas humains. Ils sont embarrassés. Ils se déshumanisent. C’est la crise. Ils obéissent aux ordres. Les chefs ont dit : les Palestiniens sont des chiens. Tu aboies ? Les Israéliens ont des chiens.&lt;br /&gt;Au check point, les soldats sont une dizaine. Ils assurent. Les Israéliens ne sont pas les Palestiniens. Les Palestiniens sont des pygmées, des cotonisés, des chèvres. Les Israéliens sont au-dessus. Ce sont les futuristes. L’avenir de la terre, le fleuron de l’Empire. Ils vérifient, ils dédaignent, ils méprisent. Ils vampirisent. Il fait chaud. Le barrage est torride. Les soldats ont des consignes. Tu vises, tu signes. Tu dévisses, tu couches. Deux Palestiniens sont à genoux, ils regardaient de travers. On ne regarde pas en face. On n’est pas du même monde. Quand on est immonde, on appartient à la Bête. Ne fais pas ton Schtroumpf.&lt;br /&gt;Les Palestiniens sont pressés. Ils sont blessés. Ils sont stressés. Allah bless. Ils doivent rentrer. Ils n’ont pas de temps à pendre. Ils ont l’habitude. C’est l’humiliation des territoires. Les Israéliens sont des purs. Les Palestiniens ont des murs. Quatre hommes sont à genoux. Les soldats lèvent les mitraillettes et haussent le ton. Quand on contrôle, les chefs ne sont pas les trolls. Les esclaves ne sont pas les enclaves. Les femmes voilées sortent du bus. Les enfants ne disent maux. Ils ont conquis. On ne parle pas aux étrangers. Les fatmas sont ailleurs. On ne répond pas aux hommes vengeurs.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La visite en France du Premier ministre israélien suscite les passions. Les manifestants l’insultent. Les policiers veillent. Le Premier ministre est un grand criminel. Le père de la bombe atomique est un ancien terroriste sioniste. Il a un passé de vicelard. Il joue les colombes fragiles. Il est dépassé. Sa violence l’a dévasté. Il a une tête de chameau. Il marche avec une certaine fierté mécanique. Il est vieux. Il est faible. Il a du mal à répondre aux attaques. Il a tort mais il murmure. Jamais il ne cède. C’est sa devise. Devant les caméras de télévision, le porte-parole du parti au pouvoir plastronne. Le Président est un ami des sionistes. La France est du côté d’Israël. C’est la fin d’une époque. Israël est la faim de l’Empire.&lt;br /&gt;Le porte-parole est un ultra-libéral vaincu. Il vient de l’extrême extrême. Pour lui, nationalisme, c’est gentil. Il a cassé des gauchos pendant sa jeunesse. Génération Nouvel Ordre. C’était son credo, son mouvement, sa conduite. Après, il s’est casé. Il s’est rangé des voitures. Il a compris qu’en infiltrant, il gagnerait en pouvoir. Le pouvoir, c’est le secret du monde. Le porte-parole porte le pouvoir sur sa tête. Il a les traits durs, les cheveux frisés, l’œil malicieux. Alain Méribel. Il vient de la droite ultralibérale et atlantiste. C’est son recyclage, l’atlantisme dur. Il a travaillé dans les officines atlantistes. Il est député de Paris, il est dans le système. Les politiciens de droite aiment les militants extrémistes zélés. Les types qui ont oublié la violence et se sont convertis à l’atlantisme. À l’impérialisme.&lt;br /&gt;« La visite du Premier ministre israélien est un honneur pour la France et un plaisir pour le Président. Les deux hommes sont amis. L’Etat français est pour une paix juste au Proche-Orient et il est impensable que l’Etat d’Israël se fasse sans l’Etat palestinien. »&lt;br /&gt;Clause toujours. C’est la formule préférée des sionistes français. On noie le poisson. On récupère le poison. On est plus malin. On hait le larcin. On est du côté de la paix. Ça permet de divertir. Alain Méribel est diplômé de droit. Il aime la droite du droit. C’est un homme de droit. Il a toujours défendu l’extrême-droite païenne et occidentale. Il a un penchant pour les théories extrémistes. Tant que c’est violent et intello, c’est son dada. Il s’est lancé dans la politique quand il a compris que l’activisme néo-fasciste ne donnerait rien. Il manie la langue de bois. Au fond, il est fier de n’avoir pas changé. Il a les mêmes idées. Il a les mêmes amis. Il roule pour l’Occident. C’est le monde qui a changé. Pas lui. Des dizaines d’amis ont milité avec lui, qui avaient leur carte au Nouvel Ordre.&lt;br /&gt;Ils ont viré de bord quand ils n’avaient plus le choix. Le meilleur moyen de ne pas se trahir est de rouler pour l’ultralibéralisme atlantiste. Cacher son nationalisme occidentaliste dans l’atlantisme respectable, travailler pour les grands patrons, cachetonner pour les multinationales au service de l’Empire français. Méribel a assouvi ses ambitions d’adolescent. Il traîne avec les maîtres du monde. Il est le familier de l’homme le plus puissant de France. Le Président de la République vient de ses réseaux, mais il est plus conventionnel. Méribel se console d’avoir trahi ses idéaux : quand on vient du vrai fascisme, c’est plus que bien d’être dans le système. Méribel est heureux de tromper, de dissimuler, de simuler.&lt;br /&gt;Il déteste les juifs, mais il a le sens des priorités : actuellement, le sionisme, c’est la porte d’entrée ; la porte de sortie, c’est l’occidentalisme.&lt;br /&gt;« Israël est la fierté de ceux que l’antisémitisme rebute viscéralement. Nous ne tolérerons jamais qu’on remette en question Israël parce que nous ne tolérerons jamais l’antisémitisme et se dérivés gauchistes et complotistes. Il est capital, je dis bien ca-pi-tal, d’afficher notre détermination contre l’antisémitisme alors que certaines situations tendent à instrumentaliser les conflits et à appuyer le terrorisme. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tout le monde sort du van. Les soldats israéliens ne sont pas contents. Finis de jouer. Les Palestiniens n’obéissent pas. Les Palestiniens sont des enfants. Les Palestiniens sont des garnements. Les Palestiniens ne comprennent pas. Ils sont sans politesse. La tourbe est fourbe. Les Palestiniens sont des terroristes. Ils abritent le terreau des terroristes. Le chef des soldats israéliens n’est pas un facile. Il a les rames, il a les casques, il a les treillis. Il ne laissera pas faire. Il exige les papiers. Les Palestiniens rechignent. La tension monte. Les Palestiniens contestent. Le chef israélien constate. Il est baraque. Ce ne sont pas des graines de terroristes qui vont le déstabiliser. Il ne recule pas. Il vit dans un kibboutz. Il fait son service de volontaire. Il hait les Palestiniens.&lt;br /&gt;Il est sioniste de père et mère. Les Palestiniens ont volé la terre sur laquelle ils habitaient. Il hait les Palestiniens. Le conducteur conteste ? Il a une grande barbe longiligne qui descend sous le cou. Il est hors du coup. Il est coutumier des coups. Il a une tête de voyou. Un jeune qui a lancé des pierres - et qui milite pour des milices ! Un propre à rien. C’est pas le ramadan, le jeune est à jeûn. Il est à cran. Il est tout blanc. Il se fâche. Il conteste. Il discute. Le chef des soldats n’aime pas qu’on discute. Application immédiate du plan de sécurité. Fouille au corps.&lt;br /&gt;Direction le préfabriqué, où les soldats israéliens boivent le café et se reposent du soleil de plomb. Quand ça chauffe, on pète les plombs. Le jeune se refroidit la cervelle Le chef est calme, olympien. Il domine, serein. Un deuxième jeune serine son venin. Lui aussi s’énerve. Tu quoque ? C’est l’effet boule de neige. Le chef n’est pas chef pour rien. Ses supérieurs lui ont dit qu’il avait du charisme. Il est tenace. Il est sagace. Il est pugnace. Il fera un excellent meneur d’hommes. Un mateur d’ânes. Pour l’instant, il s’occupe des Palestiniens. Ils veulent s’énerver dans leur van d’opérette ? Normal : ils n’ont rien dans la ciboulette. Qui a le pouvoir ? Qui décide ? Qui est armé ? Qui est le chef ?&lt;br /&gt;C’est très mal de défier. Le deuxième gaillard est à genoux. Il est à deux doigts de la correction. Deux soldats le braquent sur le bord du champ. Il ne bouge plus, l’humiliation ne fonctionne pas. Le chef se sent mal. C’est lui, l’humilié. Les Palestiniens ne discutent plus. Les femmes ne crient pas. Elles ne palabrent pas. Elles sont sorties pour soutenir les résistants. Résidents ? À la fatigue et aux procédures interminables – on en a marre des papiers et des contrôles. Les enfants veulent rentrer. Les enfants sont fatigués. C’est pas une vie, toujours interdits, étiquetés. Les femmes sont lasses.&lt;br /&gt;Un vieil homme s’énerve.&lt;br /&gt;« Je veux mourir ! »&lt;br /&gt;Il crie comme un damné. Il n’a rien à perdre. C’est son honneur qui sort de son corps. Quand il se calme, les autres hommes se font entendre. Le chef détourne le regarde. Il est ailleurs ; il n’est pas au niveau. Il est supérieur. Il est leur supérieur. C’est toujours pénible, les tracasseries. La loi est la foi. Il est chargé d’appliquer la foi. Il est très fier de son travail. Il est zélé. Il est docile. Il veut bien faire. Il administre à la lettre. Le vieux commence à lui courir sur le haricot. En haut lieu, il fat éviter les dérapages. S’il embarque le vieux, il risque le dérapage. Les Palestiniens ne l’admettront pas. Ses hommes tiquent. Pas touche aux vieux ! Le chef fait un boulot difficile.&lt;br /&gt;« Je veux mourir ! »&lt;br /&gt;C’est reparti. Le vieux crise. Le vieux exige. Il veut retourner chez lui. Il veut sa liberté. Il est fâché.&lt;br /&gt;« Laissez-nous repartir ! »&lt;br /&gt;Il parle en anglais. Il connaît l’hébreu ? Il roule les gutturales et il râle.&lt;br /&gt;« Laissez-nous partir ou mourir ! »&lt;br /&gt;Il est à bout. C’est l’humiliation qui sort. Cinquante ans d’humiliation. Ne touchez pas à l’honneur d’un Arabe. Les Arabes sont des courants d’air. Les Arabes sont des sources d’eau. Ils sont insaisissables. Ils sont intraitables. Ils vous useront le plus solide soldat. Le chef israélien est à bout. Il a failli. Il a gaffé. Il a humilié un vieux. Il reste intransigeant. Il reste morose. Dans le fond, il doit céder. Bientôt. Il fait de la résistance. Il va relâcher les deux islamistes. Il se console comme il peut. C’est lui le colon. Le vieux est brisé. Deux heures de perdues.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il porte une écharpe rouge. Il perd ses cheveux, mais il n’a pas le temps de compter. Il est dompté. Il est de la rue d’Ulm, de l’agrégation de Lettres, il est journaliste. Il s’appelle Mauséus. Il compte dans le spectacle parisien. Dans la République des journalistes. Il hait à la tête de la réaction. Il commande la rédaction de l’hebdomadaire socialiste le plus lu de France : Réplique. Il est très célébré. Guère célèbre. C’est de bonne guerre. Il adore le théâtre, ses amis sont des intellos, il est invité aux tables télégéniques. Il est l’ami de l’amant de la première dame de France.&lt;br /&gt;Il a l’oreille des puissants. Il est de la gauche ultralibérale. Il est plus que bobo. C’est un facho de gauche. Aujourd’hui, dans son emploi du temps minuté, il enregistre sa chronique. Son édito. L’avenir du journalisme écrit passe par la télé. C’est son idée cardinale. Son idée maîtresse, lui qui n’a pas le temps d’entretenir des danseuses. Il a les idées les plus stéréotypées de France. Ce n’est pas sa faute : il est ultraacadémique. Il ne comprend rien. Il est speed à force de sniffer de la dope pour tenir son agenda plus chargé que le programme du Président de la République. Il passe son temps à donner son avis sur ses vues. Il n’est jamais contredit.&lt;br /&gt;On lui dit qu’il est brillant ? On le complimente. Il n’a jamais le temps de s’ennuyer. S’il avait du temps, il tendrait. Il déteste le détendu. Quand il est sur le point de réfléchir, il joue au comédien. C’est son registre, sa marionnette. Il débarque de sa vespa. Il a un chauffeur et il lit des dépêches sure le siège arrière pendant qu’on le conduit devant. à droite et à gauche. Il est quelqu’un – de très important, de très arrivé, de tout à fait installé. Il est si crucial qu’on le consulte pour des broutilles. Que pense-t-il des crevettes ? La mode ? Les escarpins ?&lt;br /&gt;Alors, sa chronique anachronique, c’est son moment de vérité. Des milliers de clics le coucheront dans la boîte. Il a le vent en poupe. L’Elysée lui sourit. Son engagement, c’est de railler la gauche. Rallier la gauche. Il fait déjà dans l’ultralibéralisme. Il fait dans son froc. Effet garanti. Il lance le débat par ses positions polémiques. Il hurle qu’il n’est pas de gauche. Il vient d’assigner les Antillais au travail.&lt;br /&gt;« Les assistés feraient bien de se réveiller »&lt;br /&gt;C’est tellement caricatural qu’on n’a pas compris la provocation. On méconnaît la vocation. On contre-interprète son créneau. Être la droite de la gauche. Etre la gauche ganache. Il est sur un segment novateur. Personne n’ose déranger. Il arrange. Il est surexcité. Tout le temps hors de lui. Il ne se rappelle plus toujours ce qu’il dit. Il parle. Il cause. Il pose. Il gesticule. Il est blanc comme un linge. Ses cheveux sont tirés à force d’être peignés. Il est maniaque. Il frôle la manie.&lt;br /&gt;Il a décidé de s’exprimer sur le récent massacre de Gaza. Mille Palestiniens gazés au napalm et au phosphore. Du crime de guerre. On attend d’un journaliste de gauche naguère qu’il ménage la chèvre et le chou ; qu’il se garde de l’antisémitisme et qu’il réclame un Etat palestinien. L’arrêt des massacres. Eh bien, lui, une nouvelle fois, une foi de plus, il prendra le contre-pied. Être là où on ne l’attend pas. Etre l’original du caviar. Il caviarde les Palestiniens. Il encense les Israéliens.&lt;br /&gt;« Qu’on se le tienne pour dit : l’Occident a besoin d’Israël. L’Occident est rassuré quand Israël lance cette guerre contre el terrorisme. La barbarie du terrorisme n’a pas le droit d’attaquer les citoyens du monde libre ! »&lt;br /&gt;Clic, claque. Mauséus la tête à clacs. La girouette à talc est un vassal des financiers. À Saint-Germain il est l’anticonformiste du milieu. Dans les réceptions et les châteaux, il est le fou du roi. Le roi est absent, lui est présent. Les Israéliens, il ne connaît rien. Il est du côté du manche. C’est sa manière d’être adroit avec la gauche. D’être dans l’incorrect, le révolutionnaire de son temps. Il n’a pas le temps. Il trépigne tant. Il repart sur son scoot. Il rutile. Il empile. Il futile. Il a un train de millionnaire. Il change d’écharpe. Il est en sueur. Il dégouline. Il nage au bord de la crise.&lt;br /&gt;Un jour, il s’effondrera. Un jour, il tombera. Il adorerait mourir en coupe de vent. Ne pas souffrir. Une journée de labeur, la bonne heure pour mourir. Travailler, c’est le pied. Il a toujours produit des tonnes depuis qu’il besogne. Il abat son rendement de boucher. Il ne s’arrête jamais. Il est doté d’une vitalité de psychopathe. Il est le sociopathe du journalisme. Il marche au rythme du marathon. Il découpe, il coupe, il tranche, il sectionne. Il taille des bavettes et des tranches. Si on lui laisse un cadavre, il le désosse. Il est tranché. Il est vindicatif. Il n’a pas de sentiment. Il n’a pas de pitié. Il est survolté. Il est excité. Il adore le cul. Il dore le QI. Il est hors nonnes. Il détonne. Jamais ne déconne. Pas de temps à perdre. Si vous le menacez, il envoie ses gardes du corps. Ses amis sont placés. Il a des protecteurs. Il est déplacé. Il a entassé. Il partira se cacher. Il a une propriété en Normandie. Il aimerait souffler. Des vacances. Son cauchemar serait d’arrêter.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est fini, on remballe. La caméra coupe. Le chef des soldats a des airs de scout. Les Palestiniens sont relâchés. Les louveteaux sont lâches. Les récalcitrants peuvent rentrer. La sortie du jour n’a pas marché. On ne sort pas des territoires. On est enfermé. On a occupé. Faut s’y faire. Fallait pas habiter en enfer. C’est pas de la faute du chef des soldats si les consignes sont des signes. Le vieux a fini de s’énerver. Les jeunes ont fini de bouder. La nuit est tombée. Le monde s’est calmé. On est en temps de paix. La guerre, c’est drôle. Les Palestiniens ne jettent plus de pierre. Les bulldozers rasent les murs. La terre pleut. On est en hiver. Y’a plus de saison. Une belle oraison. Le van repart. Le chauffeur a recouvré ses esprits. Ils pourraient dire merci. On ne tire pas. On ne torture pas. On fouille. Ils douillent. C’est la rouille. Tu pars en couille. Le chef s’ennuie. Sa journée est finie.&lt;br /&gt;Quand c’est la guerre, à tout moment, il bombarde et reste calme. Lui reste serein. Lui sait pourquoi il se bat. Il survit au combat. Il est juif. Il est sioniste. Les Palestiniens sont des briseurs de rêve. Le vieux dit n’importe quoi. Les jeunes sont des insoumis. Les résistants sont des terroristes. Pas de pitié pour les terroristes. La mitraillette conte la barbe. Il en a marre de l’injustice ? Toujours on jauge les plus forts. On est du côté des victimes. On ne se rend pas compte.&lt;br /&gt;Qui est assiégé à l’année ? Qui paye les pots cassés ? Qui protège l’Occident d’une guerre injuste ? Qui chasse les terroristes de la terre des prophètes ? Qui comprend les Israéliens ? Le chef aimerait qu’on se mette de son côté. Qu’on se décale de son chef. C’est dur d’être chef chez soi. C’est dur d’être maître. On plaint les victimes, mais qui pleure les chefs ? Qui se soucie de la souffrance du chef ? Qui en a marre de contrôler ? Qui est blasé de punir ? Qui a raison ? Qui a tort ? La torture est la raison des plus forts. Le chef se sent seul.&lt;br /&gt;C’est dur, la vie d’un Israélien. Il faut protéger le peuple des bombes. Il faut préserver les jeunes des tombes. Qui bombe le torse ? Les bars sont ouverts. Les boîtes tournent. Qui vit à l’occidentale orientée ? Quel est l’Oriental désorienté ? Qui cède aux pressions des voisins dégénérés ? Qui est musulman ? Qui a le courage d’installer la démocratie dans le désert ? Qui est en guerre ? Qui ne sera jamais en paix ? Qui aime le sévice militaire ? Qui est du côté de Dieu ?&lt;br /&gt;Allah, une foi, ça va ! Le vieux suppliait son dieu. Le vieux blasphémait. Le chef s’en fout. Il fait le fat. Il fait la nuit. Il aimerait être cerf. Il se sent serf. Il a passé sa journée à menacer. Encore une journée au service des inférieurs. C’est dur, supérieur ! C’est dur, d’être effort ! C’est dur, d’être évolué ! La Révolution des forts effraie les faibles. Le chef ne sera jamais compris. Le chef sera discuté. Le chef n’aura jamais tout à fait raison ? Où est la vérité ? Le pouvoir ? La science. Le van est reparti, les Palestiniens ont crié au scandale. Complot. Les Palestiniens ne comprennent pas la situation. Pourquoi refusent-ils les Israéliens ? Pourquoi refusent-ils de partir ? Ils sont les perdants de la partie. Ils ont joué. Les Israéliens ont gagné. Ils sont plus efficaces, plus intelligents, plus rusés.&lt;br /&gt;Les Palestiniens sont des ânes sans peine. Les Israéliens sont des vainqueurs sans haine. Le chef hausse les épaules. Le car a disparu ! Il va jouer aux cartes. Les soldats jouent chaque soir à la belote en faisant leur garde. Ils boivent du café. Les Palestiniens sont loin. Les problèmes sont pour demain. Demain c’est proche, en faits. Le chef s’ennuierait sans ses Palestiniens. Il a besoin de jouer au chat et à la souris. La vie lui sourit. Il se sent en forme. Il a gagné. Il joue tant qu’il gagne. Il n’a jamais perdu de sa vie. C’est un champion. Un lutteur aux épaules de titan. C’est un athlète sans dope. Un joueur. C’est un champignon. Un suaire en terre d’ossuaire.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3619457538821527839-2884528625600796272?l=chroniquesdeleurafrique.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/feeds/2884528625600796272/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/2009/12/camera-cafe.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3619457538821527839/posts/default/2884528625600796272'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3619457538821527839/posts/default/2884528625600796272'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/2009/12/camera-cafe.html' title='Caméra café'/><author><name>Koffi Cadjehoun</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06573463984324076647</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3619457538821527839.post-5444245568375032580</id><published>2009-11-22T01:44:00.000-08:00</published><updated>2009-11-22T02:07:20.150-08:00</updated><title type='text'>Le temps des fleurs</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;À dix-huit ans, Hélène banque pour le bac. Elle termine en terminale littéraire. Elle a choisi la voix de la facilité. Elle aura sa moyenne. Facile de prêcher le bac en 2000 : suffit de pêcher par à-culs. Hélène se fout du bac comme de son eau. Elle est belle comme un ange. Ce qui l’intéresse, c’est la drague. Pas la drogue. Elle n’a jamais eu de mal à se taper des mecs, puisque les dragueurs la matent. Quand ils ne la cavalent pas, les intimes s’intimident. Hélène est irrésistible. Elle métisse, elle de haute taille, elle a les yeux luisants, le sourire narquois.&lt;br /&gt;Son père sénégalise les tarés. Le franc-tireur passe son temps à picoler et à se battre. Un vieux fou. Sa mère la brave en bave comme elle peut. Secrétaire battue. Elle a divorcé, elle a loué un appartement. Hélène a une sœur, plus jeune. Hélène fait comme il lui plaît. En ce moment, elle sort trois gars différents. C’est son trip, la polyandrie. Pour la galerie, devant les copains de classe, elle s’affiche avec un footeux stagiaire à l’A.S. Eonville, le club pro de la ville.&lt;br /&gt;Un bête frimeur. Un mouton ne comprend rien. Le bêlant vient du Dahomey. Il mâche des chewing-gums, il joue son numéro dans les nattes. Les filles tombent, Hélène s’est décidée. Elle le méprise. Elle couche de temps en temps, c’est pour faire la femme. À dix-huit ans, on pose. On a la vie devant soi. Les problèmes sont des jeux. En ce moment, Hélène dans le bus s’apprête à rejoindre le chéri. Elle tient sa vie dérangée, comme les adultes : du mec, du fric, de l’indépendance.&lt;br /&gt;Hélène est dose des vêtements. Elle joue la branchée, jeans, treillis, style rap reggae. Elle répète qu’elle est africaine. Une afro aussi canon, ça court pas les rues. Elle descend du bus. Quatre heures de baratins, elle est belle. Plus que rebelle. De la philo, des maths – de la ouate. Rien à cirer du charabia pour se la ouèj. Aux études, le footeux n’y comprend goutte, alors elle donne dans sa spécialité : les racailles qui dealent. Si t’es rude boy black, tu intéresses Hélène.&lt;br /&gt;Le footeux black ne durera pas. Elle pense déjà à le plaquer. Black-lister. C’est son grand jeu de post-adette qui adule le pouvoir des Narcissette sans couette. Les gaillards matent, elle – savate. Faut pas charrier. Un footeux, c’est pour la fête, après ça prend la tête. Hélène a d’autres goûts. Ceux qui ressemblent à son père, des Noirs exclusifs, des méchants exclus, des sulfureux esclavagisés.&lt;br /&gt;Le thème Hélène, c’est la vie. Hélène l’Africaine n’est pas de France. Pas question de perdre son temps avec les craies. Elle tape son caprice : poser un pont à son lapin. Elle lui a filé rencard dans un bar du centre, un coin pour flippés à flippers. La mode des portables n’a pas sonné. Le footeux crisera, le Négro virera vert quand elle l’assaisonnera sauce piquante : elle ne veut plus le voir. Là, tout de suite, elle n’a qu’une envie : rejoindre son dealer de choc. En privé, elle conserve au chaud un petit étudiant qui ressemble à s’y méprendre à un chanteur du bled, qu’elle auditionne en vacances.&lt;br /&gt;Le tout, c’est de manipuler les mecs. Qui est le mac ? Chacun tient sa reine. Chacun son arène. C’est du vice de haute volée. C’est enseigné dans les chansons r&amp;amp;b new wave. C’est de la triple vie. La triple pression : Hélène les rend dingues. Hélène chavire les cœurs. Le dealer tient sa perle. Elle montrera sa garcitude. Dans sa tête, demain, c’est foin. Elle ne voit que le plaisir. Elle croque. Elle craque. Elle se casera quand elle aura des gosses. Elle n’y pense pas, cette seconde vie. Sa peau première, c’est la ville, les mecs, les cœurs. Le bourreau des bourrelets. Elle ne fume pas, sauf les têtes. Le shit, c’est son casse.&lt;br /&gt;Le cul est l’instrument du pouvoir. C’est moins vicelard que la came. Les trafiquants, elle s’en méfie. Elle veut de l’ivresse, pas des balles. Les dealers l’excitent. C’est le côté transgressif. On refuse les lois, on nique la police, on baise le système. Quand on passe le bac et qu’on se vit en banlieue, le dealer, c’est le pied. C’est l’étalon-or. Le grand méchant doux.&lt;br /&gt;Hélène pleure sans portable. Les bourges en ont. Sa fierté est son fond de commerce – la pauvreté. Son père est fauché, sa mère est fâchée. Hélène s’en sort et ses aveux accroissent sa beauté. Elle brille. Elle sort du bus. Elle prend un tram. Deal entériné, elle visite son dealer. Il baise comme le big deal. Il trinque au champagne. Il cache sa tanière. Il pirate son repaire. Elle kiffe ce mode où un sous-traitant du business local la maltraite. Son vice, Hélène, elle marche à perdre haleine. Elle se marre comme une baleine. Elle profite de la vue à pleines dents. Elle bouffe des calories, c’est bon pour sa ligne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Hélène a trente ans. Elle a fêté son anniversaire. Ses parents se sont réconciliés pour leur cimetière. Hélène a enterré les petits plats dans les grands. Elle s’enferme en boîte. Elle laisse à sa mère son gosse. Un quarteron pour les puristes. Le père est Malien. Il s’est barré l’année dernière sur un coup de bête. Il gueulait tout le temps. Hélène a cheminé. Elle est blindée. Les mecs la saoulent. Elle fait dans le Black, mais c’est méfiance. Elle est dégoûtée. Elle renie sa statue. Elle a cadré le tableau : une raie entourée de poissons-chats.&lt;br /&gt;Pas facile de sortir du pétrin sans levure. La célibatarde est retournée chez ses parents. Trop de galère, top de tristesse. Elle n’arrive plus à assumer. Le job de sexytaire, c’est nul. Même haut de gamme, le trilinguisme à talons précarise. La vérité des patrons aboie. Hélène veut voir son gosse. Depuis sa solitude, elle a pris des kilos. Elle incrimine la taille maternelle. Son père a le cerveau de l’alcoolisme à bastons. Ses parents scotchent sans sky. Ils culpabilisent de leur trajectoire. Une ratée après tant de beauté, quelque part, c’est la faute à – qui ? Hélène avait tout pour s’en tirer. Tous les atours. Résultats des courses : elle passe sa vie à se faire tirer.&lt;br /&gt;Avec son Malien, elle s’était calmée. Elle jouait la casée. Elle faisait Mumuse. Elle a bavé. Elle s’est rangée. Elle a galéré. Elle a enchaîné. Elle a tripé. Trois ans de bagne avec un dealer mauritanien qui castagne. C’était pas la cocagne. Il tapait, il buvait, il fumait – le zoulou digne de son père. Les cinq ans qui ont suivi, elle s’est disjonctée dans le sexe. Elle a cassé. Elle a signé pour du provisoire. Ça s’est arrêté. Ce soir, la sœur de l’ex l’accompagne. Hélène est restée en bons termes avec la paumée. Une mère qui abaisse ses gosses. Quand elle était jeune, c’était la pute du quartier. Elle a passé sa jeunesse à biaiser, boire et fumer.&lt;br /&gt;Selon son frère, l’honneur familial nécessitait le recours aux méthodes du bled. « La loi française s’arête à ma porte ! », clamait-il, fier de sa formule qui upercute. Personne n’osait le contredire, puisqu’il déposait la black culture. La jeunesse qui fume des joints est si stupide. Hélène s’est soignée de ses fréquentations en couchant sur un coup de joint. La sœur de l’ex a le bon goût de gerber son frère. Elle n’a pas oublié sa violence. Pour se remettre de son spleen d’Africaine réfugiée politique, elle gobait. Elle vidait des bouteilles. Le père de son premier, elle a zappé. Elle a beaucoup oublié. C’est sa manière de fonctionner. D’exister. De respirer. Hélène se perd avec la paumée. Cette renée camoufle la beaufitude dans l’ébène d’origine. Hélène est bof, l’alcool la tire de la médiocrité. Pour ne pas geindre, elle gin. Sans jean, elle picole son attrait. La fête n’est plus folle.&lt;br /&gt;Hélène a beau savoir ce qui l’attend, les Blacks lourdingues qui dragouillent, les dealers qui relucrent, les sportifs qui sautent, elle est de ce monde. Elle aime son monde. Elle kiffe sa faune. Elle quitte sa faute. Elle n’est jamais quitte de la foire. Elle n’a pas les moyens. C’est une mouche scotchée à son ruban. Elle bat des ailes. Elle fatigue vite. Elle assagit. La tristesse coince. Elle rêve d’une autre vie – un autre départ. Elle a grillé le joker. Elle a flambé son jeu. Personne ne l’aidera. Le plaisir est consommé. Le sexe est fini. Place à la vie. Rien ne va plus. L’idéal du passé ne reste plus prévisible.&lt;br /&gt;Tout est stéréotypé. Tout est blafard. Entre gris clair et gris forcé. Les Sénégalais sont une bouée. Elle est dégoûtée des menteurs et des mauvais aryens. Les malpropres qui font les beaux n’ont rien dans le fute. Ce soir, Hélène repartira avec un gaillard. C’est sa manière de lutter contre la vieillesse. Vivre comme si elle avait dix-huit ans. À quinze, elle jouait à la femme. A trente, elle pose en jeunette. C’est game ovaire, Hélène le sait. Elle clopera, elle claquemurera son HLM, elle ratera l’éducation de son fiston, elle sautera de mec en mac.&lt;br /&gt;Hélène est antique. Quand on joue les Cendrillon, on finit en cendres. Quand on fane, on ne fleurit pas. Hélène était une fleur, elle a joué avec les cœurs. Hélène était une rose, elle morfond dans le morose. Hélène est pleine d’épines. Au départ, les épines piquent les prétendants. Les épines se sont retournées contre l’arrosée. Notre fleur a commencé par scintiller, maintenant, elle est rossée. La rosée ne dure qu’un temps. Après le temps des fleurs, c’est la saison des leurres. Quelle heure ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Hélène rayonne. Elle monte dans la BM. On fait la sortie d’une boîte de nuit black. Hélène est la reine de soirée. Les danseurs la reluquaient. Les sapeurs tombaient. Une métisse à Blacks, les Blacks aboulent. Allez savoir. La star se tourne des films. File dans ta boîte ! Hélène sourit. Elle a fait son numéro. Elle charme. Les mecs la courent, les filles jalousent. C’est ce qu’elle veut.&lt;br /&gt;Heureusement qu’elle flashe, c’est son atout. Elle la joue célibataire à mort. La femme exige les mêmes droits que les mecs. Elle est féministe. Elle est libre. Elle est l’hydre. Elle couche avec qui elle veut. Elle branche comme elle veut. Son truc est en friche. L’Afrique des banlieues. L’Afrique des racailles. L’Afrique des paumés – le cul entre deux chaises. De temps en temps, elle retourne dans son beau pays.&lt;br /&gt;Là, c’est un dealer. Elle a cassé avec un dealer. Elle a repéré les dealers qui l’intéressaient. Elle privilégie les Parisiens. Hélène a les moyens d’être croqueuse. Elle est africaine. Ce soir, elle contacte la puissance. Vingt-cinq ans, la vie à pleines dents. Ce qui la fait tourner, c’est les mecs. Avoir l’air d’être fatal. Les dealers sont des joujous. Ses toutous. Ses froufrous. Hélène déteste les macs. Elle tombe pour la puissance. Elle a passé le cap. Elle était avec un psychopathe, un dealer mauritanien qui a manqué de la buter à la dernière anicroche.&lt;br /&gt;Un malade. Elle avait pitié de sa détresse. De son stress. Elle l’a protégé tant qu’elle a pu. C’est bon pour la réputation. On est fidèle. Elle l’a jeté quand elle a su. Elle a louvoyé. Elle a tergiversé qu’il s’accroche. Il chuchotait. Ils ont souffert. Elle l’a trompé. Il l’a tapée. Elle s’est sauvée. Quand elle n’est pas avec lui, elle profite du vice. Elle enchaîne. Tout ce qui est noir est son miroir. Elle est princesse underground. Impératrice de soirée. Hélène est cramoisie. Elle brûle, elle grille, ses ailes s’éteignent.&lt;br /&gt;Le dealer est des Antilles. Hélène ne blâme pas l’origine. Elle est tolérante.&lt;br /&gt;La différence entre les Antillais et les Africains la défrise. Tant qu’ils sont noirs, ils sont de couleur. Le dealer est baraqué, frimeur, boxeur. Il a rasé le crâne comme les vrais. Elle a l’habitude de tourner avec lui. En général, ils sont raccords : il offre le champagne dans son coffre, elle piccole deux coupes, ils baisent sur un parking. Dans ces moments, elle ne pense à rien. Elle est bien. Hélène a trop souffert. Elle a besoin d’évasion. C’est sa rédemption. Sa prison. Son anxiolytique. Elle est accroc. Ça commence à filtrer. Ça parle. Sa mère pleure dans la cuisine. Sa sœur est gênée, fière d’être la réussite. Hélène se fout de l’incompréhension. Elle règne sur son monde parallèle – c’est grisant.&lt;br /&gt;Elle ne sait pas pourquoi. Elle a cessé de penser. Le dealer conduit. Il roule à toute vitesse. Il n’a pas mis sa ceinture. Elle est en Afrique. Il peut la tringler dans tous les sens, elle est au-dessus. Elle plane. Elle est supérieure. Elle maîtrise le sexe. Elle a son style. Elle est d’un genre. Elle oublie les à-coups. Elle vogue dans le vague. Elle vit du vit. Elle vide son désir.&lt;br /&gt;« On va chez oim ? »&lt;br /&gt;Quand il parle en verlan, il a l’air à fond dedans. Elle a un coup dans le nez. Elle hurle de frime. Elle est raggafine. Elle entretient ses fesses d’Africaine – sa minceur calibrée. Pour suivre les canons de la beauté afro, il importe de ménager les rondeurs, de réfuter la mannequin camée et anorexique, de louer les hanches pêchues.&lt;br /&gt;« Yes ! »&lt;br /&gt;Elle a de grands ongles, des doigts fins, de longues mains. C’est le carnaval. Il débloque dans son bloc. Elle est à bloc. Elle a pitié. Le Mauritanien la suit. Il est aux orties. Alors pourquoi ? Elle reprend une coupe. Avant de baiser, elle exige sa dose. Les bulles, c’est de la balle. Quand elle sort, c’est d’elle-même. Ils émergent de la voiture. Il est fou. Il essaye de la prendre dans l’ascenseur. Elle résiste. Elle décide. Il décode. Elle est en sueur. Une lueur : ils sont arrivés. La porte s’ouvre. Hélène sourit. Elle a l’avis. Elle est indépendante. Le dealer tombe. Il n’a pas crié. Le Mauritanien était planqué dans le placard. Il a suivi. Il est accroc. Il disjoncte.&lt;br /&gt;Il a une batte. Il est une bête. Il est mauvais. Il est mauve-haine. Il ne dit maux. Il ne bave pas. Il est immobile. Hélène va mûrir. Hélène va mourir. Hélène veut crever. C’est de la perte de temps. Il l’empoigne et la jette contre le mur. Elle crie du plus fort. Son Antillais s’est relevé. Il va la défendre. Il se sauve. Pas KO, le boxé. Il tient à son box. Si elle en réchappe, elle le giflera. Ce fils de chien est un lâche. Elle préfère les psychopathes aux psychoputes. Elle comprend pourquoi son père déteste les Antillais. Pourquoi les Africains ne sont pas des îles. Le Mauritanien la jette contre la porte. Même pas mal. Même pas peur. La cerise a l’habitude des crises. Son père crissait. Le Mauritanien trisse.&lt;br /&gt;Hélène sort de son corps. C’est trop fort. Le Mauritanien la traîne par les cheveux. Ses tresses cassent. Le Mauritanien veut la balancer par la fenêtre. C’est le châtiment pour les salopes. C’est ce qu’il gueule. Il a la rage. Il est défoncé. Il a pris une ligne pour atteindre un état pareil.&lt;br /&gt;« Chienne ! »&lt;br /&gt;Quand on tombe, on n’a pas le temps de vider. Hélène est morte comme une reine. Elle part dans la fleur de l’âge. Elle avait peur de vieillir. Son fils n’aura pas le temps de se révolter. Hélène n’a pas aimé sa chute. Elle a croqué l’envie. Elle a craqué. Elle a traîné des crackés. Des détraqués. Elle le paye. Dealer, l’addition. Quelle heure ? Une ligne de foudre. Hélène s’évade. Le bitume par terre, c’est la misère.&lt;br /&gt;Le Mauritanien gémit. Le Mauritanien est KO. Hélène est libre. Le dealer-boxeur est revenu. Hélène suffoque. Elle avait fait ses prières. Elle se retrouve à terre. C’est dur, le retour à la vie.&lt;br /&gt;« Ça va ? »&lt;br /&gt;L’Antillais est moins fou. Le Mauritanien est malade. L’Antillais est en chien. Il tient une planche. Pendant que le Mauritanien défenestrait l’ex-voto, l’Antillais a assommé le topo. Hélène encaisse mal. Le Mauritanien lui défend le cœur. Il est démuni. Il est dramatique. Une ligne dans la rubrique faits divers de la feuille de choux locale. L’éconduit défenestre sa concubine. Beaucoup d’hémoglobine. Hélène a envie du Mauritanien. L’Antillais est un bal trip. Il a sauvé ses tripes. Elle le quitte. Elle double. L’Antillais est un frein. Avant de le virer, elle veut en profiter. Il est musclé.&lt;br /&gt;« Qu’est-ce qu’on fait ? »&lt;br /&gt;L’Antillais plastronne.&lt;br /&gt;« Je le jette ? »&lt;br /&gt;Il joue les chauds mais il est froid.&lt;br /&gt;« Laisse-le. Il est mal. Je vais appeler ses potes. Ils vont le récupérer. »&lt;br /&gt;Quand on traîne avec les dealers, les policiers, on zappe. Ce sont les ennemis. Les menaces. Pas question de recourir aux keufs. On fucke les flics. On se débrouille entre soi. On appelle sa bande. Le Mauritanien deale en gang. Hélène a pitié du bang. Ruda lex, sed l’ex. Les bons sentiments apitoient. Elle larmoie. Elle ne veut plus baiser. Elle a peur de l’envie. Elle a oublié l’agression. Elle a une idée en terre.&lt;br /&gt;« Tu sais ce que je vais faire ? »&lt;br /&gt;L’Antillais secoue la tête.&lt;br /&gt;« Je vais le ramener à la raison… »&lt;br /&gt;Elle voulait dire maison.&lt;br /&gt;- Chez lui ? »&lt;br /&gt;L’Antillais hallucine. L’Antillais croule sous les femmes. Comme tous les dealers, il est demandé. Il est à succès. Il est déçu. Hélène entretient une réputation de chaudasse. Se taper Hélène, c’est apporter la preuve qu’on est bankable. On assure grave. On est à la mode. Hélène, tu lui offres une coupe et tu la tronches. Hélène, elle joue aux mecs. Elle se la raconte viril. Dans dix ans, elle sera usée. Elle ne vaudra plus un clou. En attendant, elle est la salope rusée. La salope sacrée. Elle est bonne, elle est bandante, elle est bingo. L’Antillais a compris qu’Hélène veut jouer. Elle n’est pas sérieuse. Tant que c’était pour la bourre, l’Antillais signait. Maintenant que c’est pour un soin, l’Antillais démissionne. Sa mission est de profiter des seins. Pas de sauver les psychopathes de leur destin de geôle. Si Hélène veut réhabiliter le Mauritanien, qu’elle saute par la fenêtre. L’Antillais hausse les épaules.&lt;br /&gt;« Je rappelle ce soir. »&lt;br /&gt;Hélène est en instance de départ. Son plan est charmant. Une copine arrive. Elles vont attendre le réveil de l’excité en loques. Elles vont le rafistoler. Si ça se trouve, Hélène trouvera le moyen de se rabibocher avec celui qui a essayé de la trucider. Hélène a beau chérir la violence, faut pas charrier. Elle est sonnée. Elle est cinglée. Baiser jusqu’à la mort, c’est son zénith. L’Antillais opine. Ne pas faire d’histoires, surtout quand on est dans le biz.&lt;br /&gt;« Je repasse tout à l’heure… »&lt;br /&gt;L’Antillais sourit. Il a rencard avec son officielle vers midi. Une infirmière qui est aux petits soins avec son grand mataf. Pour un Antillais, une Blanche, c’est l’objectif. Les Blancs ont déporté les Noirs et les ont dominés. Peut-être que dans cinq siècles, les Noirs reprendront le dessus, mais en attendant, les Blancs sont à la castagne. L’Antillais n’a pas le temps d’attendre. Il fonce.&lt;br /&gt;« Je te laisse les clés. Je ne vais pas rester avec ce malade à attendre qu’il se réveille… »&lt;br /&gt;L’Antillais se barre. Il est à l’aise dans la posture de l’éternel déménageur en stand-by. Tant qu’il ne sera pas proprio de la belle maison dans la prairie, il n’est nulle part chez lui. Il se fout des locations, il se branle des HLM, il se moque de tout. Il méprise les bâtiments, il tartine les meufs, il nique la flicaille. Il vit à fond la caisse, en faveur des petits plaisirs. Il nique le système parce que le système le kène. Il est individualiste à mort dans un système individualiste de mort. Quand le système tombera, l’Antillais sombrera. Si l’Antillais était reconnu, ce serait le pire des enfoirés. Il en est fier.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3619457538821527839-5444245568375032580?l=chroniquesdeleurafrique.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/feeds/5444245568375032580/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/2009/11/le-temps-des-fleurs.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3619457538821527839/posts/default/5444245568375032580'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3619457538821527839/posts/default/5444245568375032580'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/2009/11/le-temps-des-fleurs.html' title='Le temps des fleurs'/><author><name>Koffi Cadjehoun</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06573463984324076647</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3619457538821527839.post-4852930935194483950</id><published>2009-10-21T11:09:00.001-07:00</published><updated>2009-10-21T11:09:29.026-07:00</updated><title type='text'>Qui dore dîne</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;"Il s'agit impérativement de comprendre que l'enjeu libertarien dépasse de très loin le problème circonscrit du libéralisme actif."&lt;br /&gt;Le philosophe François Mauvenargues se gratte le menton. Chacun de ses mots importe. Il savoure sa notoriété. Pendant longtemps, il a souffert de son manque de reconnaissance. Avec le succès prodigieux dont il bénéficie depuis des années, chaque sortie est un événement. On le congratule pour des productions qu'auparavant on ignorait. Mauvenargues se lance dans des projets politiques, des considérations diététiques, des réalisations esthétiques... Il passe à la radio. Il crée les Universités du peuple.&lt;br /&gt;Son leitmotiv, c'est le Peuple. Il est libertarien, anarchiste, nouvelle mode. Il dîne avec son éditeur. Thierry Maupin le jeune sexagénaire compte parmi le fretin influent de l'édition. Il est un directeur de la maison Garcet, seconde de France en importance - Maupin ajoute que c'est la première en influence. Maupin est un sioniste, qui joue le ministre de l'Intérieur et l'éminence grise de l'intellectuel le plus médiatique de France - un autre sioniste prétentieux et arrogant, le narcissique Luc Méribel.&lt;br /&gt;"Le tentation de concilier le libéralisme avec le capitalisme est la gageure de notre époque formatée. Pourtant, je suis persuadé qu'en définissant le capitalisme comme le paradigme paroxystique de la production privée, on peut arriver à reconsidérer le capitalisme comme le lien entre l'économie et le libertarisme..."&lt;br /&gt;Maupin se recoiffe et boit une gorgée de l'excellent bordeaux qu'il a commandé. Il commence à en avoir assez du baratin de l'intarissable Mauvenargues. A force de répéter partout que Mauvenargues est génial, extraordinaire, bouleversant, rebelle, hors du commun, dans les marges, il a bien peur d'être parvenu à ses fins. Son petit clou gît dans les choux.&lt;br /&gt;Au début, quand ils se sont connus, Mauvenargues était trentenaire, timoré et nerveux. Maintenant, c'est un quadragénaire accompli, qui cultive ses bouclettes grisonnantes en développant un ton chuintant et infatué. Maupin n'est pas dupe. A force de défendre les plus forts, il a développé un sens infaillible pour distinguer les salauds qui assument des petits joueurs qui simulent. Pas de doute, Mauvenargues est le prototype du gaucho que l'on manipule à merci et qui gagne en bêtise repue à mesure que son taux de notoriété croît.&lt;br /&gt;"Il serait temps de façonner l'éthique postnietzcshéenne et postanarchiste du Futur. Le postcapitalisme triomphant. Spinoza peut nous aider dans cette entreprise ardue et méritante..."&lt;br /&gt;Maupin réajuste sa cravate. Il fait montre d'une élégance impeccable et stricte. Avec le temps, il a fini par abandonner ses prérogatives de Don Juan, sans dédaigner le registre du vieux beau. Cette fois, il est à bout. Il n'en peut plus. Le babillage du philosophe bobo-libertarien-marginal l'insupporte. Il se souvient des qualités du bon-à-rien. Mauvenargues est un chic type, Mauvenargues l'a défendu contre vents et marées quand son fils l'a poignardé.&lt;br /&gt;Maupin a vécu un drame à la César. Au firmament de Saint-Germain, en plein cœur de la mode et de la capitale. Particulièrement fier de son rejeton, un frimeur qui se sent au-dessus des mortels parce qu'il est agrégé de philosophie et qu'il a réussi à entrer dans le saint des saints : l'École Normale Supérieure de la Rue d'Ulm. Il a confondu les saints et les seins. Fils Maupin était sensé incarner le prolongement de la réussite paternelle.&lt;br /&gt;Maupin père collectionnait les maîtresses. Un jour, il a inclus à son palmarès une &lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic;font-size:130%;" &gt;top &lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt; reconvertie dans la chanson. Une artiste, d'une famille de milliardaires, elle est juive, sioniste : le parfait parti-pis. Dans les dîners, il fait bon la présenter. Elle charme les artistes par son accent minaudé et ses manière de diva sans voix.&lt;br /&gt;Eh bien, David a piqué la maîtresse à son père! David a refait le coup des dynasties dégénérées de la Rome antique. David était le professeur des plus prestigieux établissements. A Paris, sur son nom, par ses relations, l'École des Études Philosophiques lui tendait les bras - il faut montrer patte blanche pour pénétrer et l'on n'a pas l'habitude d'accueillir les petits jeunes.&lt;br /&gt;Pour le &lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic;font-size:130%;" &gt;fun&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;, David était fan des projets peuple du &lt;span style="font-style: italic;"&gt;people &lt;/span&gt;Mauvenargues. Mauvenargues est persuadé d'avoir révolutionné l'histoire de l'enseignement. Il a créé en province, loin de Paris, en plein cœur de la Lorraine, à Eonville, une Université du peuple ouverte aux caprices des auditeurs. Mauvenargues joue sur du velours. Avec sa notoriété et son entregent, il n'a eu aucune peine à réunir une équipe de collabos. Le top des intellos. Chacun intervient dans un domaine de la philosophie ou des sciences humaines.&lt;br /&gt;David Maupin a accouru. Il se considère de la caste des innovateurs qui viennent s'amuser. David a flairé le filon : se la jouer. Qu'on le prenne pour un jeunot, un créateur, un avant-gardiste, un aventurier, un original. Qu'on l'associe à une aventure qui ne peut lui nuire. En se tapant la maîtresse du père, David a brûlé le joujou. Dare-dare, les relais de la censure ont entonné l'air des lampions. Mauvenargues dressé comme un soldat lui a intimé de prendre ses cliques - ou c'est la claque. L'Université du peuple d'Eonville est le lieu de l'honnêteté, pas de la débauche!&lt;br /&gt;Mauvenargues milite pour l'hédonisme moral. Il prouve en actes qu'il est fidèle. Qu'il contre les dérapages inconsidérés. Dans sa jeunesse, a-t-il dédaigné la gueuse? Pas question de trahir les amis ou les parents. David s'est comporté comme un dégénéré qui confond l'hédonisme avec la perversité.&lt;br /&gt;Mauvenargues se devait de réagir. Il a exclu du circuit libertaire le mouton noir, le puant qui empeste la consanguinité et l'inceste rances. Il a choisi son camp, son éditeur, sa famille. Exit le fils, place à la philosophie! Mauvenargues vit un destin hors du commun. Avec ses amis ouvriers, il projette d'ouvrir des succursales. Des potes prolos quand on est philosophe engagé, ça fait gros lot. On se fabrique un destin. On prépare son festin.&lt;br /&gt;"Il serait temps de régénérer le capitalisme en l'ouvrant sur des champs moins libéraux..."&lt;br /&gt;Maupin a peur de mal comprendre.&lt;br /&gt;"Bien entendu, j'ai entièrement confiance dans tes intuitions créatives, mais...&lt;br /&gt;Il prend son temps. il approche sa main du verre et se retient.&lt;br /&gt;"Tu veux vraiment faire la révolution?"&lt;br /&gt;D'un point de vue éditorial, un révolutionnaire, c'est bien, à condition qu'il demeure dans les limbes de la révolution théorique.&lt;br /&gt;"Ce n'est pas le capitalisme que je veux abolir... C'est le libéralisme..."&lt;br /&gt;Maupin sourit - soulagé.&lt;br /&gt;"C'est effectivement plus clair. C'est une idée... Une idée!"&lt;br /&gt;Soudain pris d'effervescence, il lève son verre.&lt;br /&gt;"Au capitalisme libertaire!"&lt;br /&gt;Mauvenargues hoche la tête et acquiesce.&lt;br /&gt;"C'est une formule. Tu as le sens de la formule. Avec ta permission, je vais reprendre cette expression!&lt;br /&gt;- Mais bien entendu. C'est aussi à ça que sert un éditeur!"&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;David Maupin fanfaronne. David a retrouvé la bourre. Deux ou trois années de vaches efflanquées, il revient en force. Son coup de vice a manqué d'achever sa vie? "&lt;/span&gt;&lt;span class="citation"  style="font-size:130%;"&gt;Tout ce qui ne me tue pas me rend plus fort.&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;" David kiffe en force la citation et se la ressasse en boucle dans sa petite tête normalisée. Normale Sup et les réseaux, c'est ce qui l'a sauvé. Également son père, qui a fini par pardonner l'errance.&lt;br /&gt;David s'est séparé du top motel. La mère de son fils n'est plus le modèle. Divorce définitif. La réconciliation avec le Grand Paternel n'a pas été simple. David a ramé, dans des universités de province. Le toujours Normatif avait dilapidé le vent en poupe. Revenu à Paris, David est remonté en grâce. Son père fait et défait les carrières. A la bourse familiale, l'action David est recotée tout en haut de l'indice des valeurs. Comme au bon vieux temps.&lt;br /&gt;David savoure. D'ici quelques années, il sera à la mode. Il a surmonté son &lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic;font-size:130%;" &gt;numéroff&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;. L'amour aveugle. Mille sabords. Mille excuses. Sous le philtre, on beugle. David s'est démené. Il chauffe les salles. Il milite pour la philosophie accessible. Il anime une émission d'entretiens sur &lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic;font-size:130%;" &gt;Radio-Culture&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;, la radio-culte des érudits branchés. Depuis la rentrée, il est promu présentateur d'une émission de philosophie sur &lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic;font-size:130%;" &gt;La Cinq&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;, le correspondant télégénique de &lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic;font-size:130%;" &gt;Radio-C&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;.&lt;br /&gt;Il arbore une nouvelle coupe et une compagne champagne, du pétulant plus présentable que la gaga précédente. Il sort une petite actrice vaguement parisienne et sioniste. C'est son rayon. Il se rassure en répétant qu'il a connu sa crise d'ado &lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic;font-size:130%;" &gt;après &lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;vint-cinq ans. Il est si jeune! Trente ans, c'est moins que l'âge du Christ! Son père irradie. Senior tient en son &lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic;font-size:130%;" &gt;fils fucking&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt; le digne remplaçant du vieillissant Méribel.&lt;br /&gt;David a l'instinct des héritiers présomptueux? Quand on veut hériter, on se débarrasse des amis. David sait trop qui il est : comme son père. Son père est un narcisse sans reflet, mais c'est son père. Il n'a pas le choix des âmes. Ses pairs sont des ânes, sa famille, sa fratrie, son sionisme. Sans eux, il n'est rien. Il est comme ils sont. Ils sont comme il hait. Il a mis du temps à accepter l'évidence : dans la vie, la méchanceté paie. Tuer son ami vous donne le goût des réseaux. David est un réseau pensant, un zéro pansant.&lt;br /&gt;Il dépense, il panse, c'est dingue ce qu'il danse. Il est partout tellement il connaît de monde. Il a repris le flambeau paternel. Au fond, c'est ce que Thierry voulait : un héritier qui soit cette éminence grise du sionisme de Saint-Germain, ce promoteur du sionisme dans l'édition, ce représentant d'Israël en France. Un frimeur famélique et émasculé. Une gigogne qui pavane. Un signe disgracieux.&lt;br /&gt;David est sioniste jusqu'au bout des ongles. Ses parents se proclamaient sionistes inconditionnels; lui ne sait même pas ce que signifient l'antisionisme ou la critique d'Israël. Les critiques sont d'odieux antisémites et il n'y a pas lieu de perdre son temps avec des monstres. Pour renaître, David a tué le pair. Il poursuit un grand projet, qu'il estime au-dessus de la morale et des principes sociaux : écrire. Il rêve depuis l'enfance d'être écrivain. Pas n'importe quel écrivain.&lt;br /&gt;Philosophe. Ce n'est pas en la compagnie de Mauvenargues ou d'un autre philosophe à la mode qu'il accomplira son rêve discret : être le philosophe tragique de son temps, marquer de son empreinte le milieu des intellectuels, passer à la télévision. C'est en écrivant que David assouvira son ambition littéraire. Pas besoin de réfléchir à des stratégies sionistes quand on est philosophe. Le sens déroule son tapis soyeux.&lt;br /&gt;David est un crack des diplômes. Tout petit, son père l'a dopé au bachotage. Il croit vraiment qu'il incarne le nouveau génie français. Il se sent sur la vague de l'élite française. Ce soir, il dîne avec son modèle de philosophie, Berg. Réconcilié avec son père, David est l'intime de celui qu'il tient pour le plus grand philosophe. La vie roucoule pour le beau David. Il passe à la télé, les filles tombent, il est dans les papiers de papa. David arrive chez Berg.&lt;br /&gt;D'ordinaire, il est si pressé qu'il n'a pas le temps de s'arrêter au domicile du philosophe. Ils se rejoignent en ville, dans des petits restaurants, et ils ont l'illusion qu'ils vivent dans les marges et les limbes. David adore passer pour un illustre inconnu. C'est si pénible d'être reconnu. C'est si sympa de changer de peau quand on vit une existence facile et luxueuse. C'est une atteinte d'écrivain. David sort les soirs, à la mode de Saint-Germain.&lt;br /&gt;David mène la vie d'autiste. L'avis de châteaux. Il est convié avec son père et les célébrités aux cérémonies mondaines. La dernière fois, un jumeau qui joue les génies scientifiques se mariait avec une duchesse. Une gamine de seize ans. Dans l'univers de la &lt;span style="font-style: italic;"&gt;jet set&lt;/span&gt;, on se moque des conventions. Comme le jumeau fait de la vulgarisation scientifique à la télévision et qu'il jouit de la fortune familiale, il se permet de vampiriser Einstein, l'inventivité en moins. C'est un bon parti - pris.&lt;br /&gt;La gamine est une aristocrate qui garde son sang. Elle se présente comme historienne du Moyen-Age, un titre ronflant et gonflé. C'est une couverture vague et prestigieuse. L'intellectuelle actuelle brille surtout par son nom d'ancien et sa particule désuète. Chaque raout comble David. Raout toutou. Élitiste en chef, il appartient au parti de la culture. L'élite aime les artistes cyniques et arrogants. David est un artiste de la mode et du monde.&lt;br /&gt;David fréquente. David fricote. David a une mentalité d'artiste. La preuve : il n'hésite pas à traîner avec Berg, le pestiféré de la philosophie française. On l'accuse d'alcoolisme, on le taxe de pédophilie, on l'abreuve de sado-masochisme - et autres horreurs sexuelles. Il est dépravé, il boit comme un trou, mais il est extraordinaire : il a fait Normale, l'agrèg de philosophie à la clé. Pour David, il est le modèle à suivre. En plus, David a lui aussi son histoire d'amour amer dans le placard.&lt;br /&gt;David, c'est les petites femmes. Berg, ce sont les gosses. Belleville, Rio, Paris... Tant que c'est discret, Berg est preneur. David se fiche de la question. Il est au-dessus de l'inquisition. Il est amoral. Il est acteur. Son modèle de philosophe est vivant. Il a pris l'ascenseur. Au cinquième, la porte est ouverte. Son cœur s'accélère. C'est toujours émouvant d'être l'intime du Platon de son temps. C'est ainsi que David voit les choses.&lt;br /&gt;Il brûle que Berg lui lance des compliments, il envoie ses manuscrits, il obtient quelques allusions indécises. Berg le couvre de louanges pour ses titres - scolaires. En plus d'être rogue, Berg est snob. Il ne fréquente que des ultra-diplômés et des noms prestigieux. Quand il reçoit chez lui, ce sont des &lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic;font-size:130%;" &gt;happy fews&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;. Berg est lui-même un &lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic;font-size:130%;" &gt;happy few&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;. Il est encore méconnu, sa notoriété confidentielle, ses fréquentations ont le privilège de connaître le Grand Inconnu.&lt;br /&gt;David adore cette situation d'ombre et de lumière.&lt;br /&gt;"Installez-vous, cher ami!"&lt;br /&gt;Berg a indiqué une chaise de style Louis XIV. Berg chérit le Grand Siècle. Il vient de la haute bourgeoisie et il met en évidence les biens de famille qu'il a récupérés en adéquation conforme avec ses goûts esthétiques. Berg s'exprime avec une suffisance qui n'a d'égale que son sentiment de supériorité. Il est artiste dominateur. Il se prend pour un dieu. Il déteste le deux. Il obtient l'unité en vidant les fonds de bouteille.&lt;br /&gt;Son arrogance lui a joué des tours. Même ses condisciples d'Ulm répugnent à lui parler tant il est imbuvable. Son ton empeste le pédantisme de goujat. Sa mauvaise réputation n'ajoute rien à son infréquentabilité. C'est pour son soufre que David le souffre en douceur. Douleur.&lt;br /&gt;"Un petit verre?"&lt;br /&gt;Berg offre toujours l'apéritif, ce qui lui permet de s'enfiler quelques verres de porto en catimini. David prend un bon remontant. Il la joue colère après Mauvenargues. Il ase brouille pour lancer sa bouille d'artiste. C'était la réconciliation - ou la carrière. David est arriviste. Il s'est empressé d'insulter Mauvenargues par voie de presse. Voix de faits : bien entendu, David n'est pas un goujat.&lt;br /&gt;Il a démonté rationnellement la pseudo-philosophie de Mauvenargues. Sous-entendu : David se place dans le chemin de Berg et rompt avec les attentes mondaines de son père. Sous-étendu : David est philosophe. Il fait la guerre et la paix. Il se donne du caractère. Il s'invente une épine dorsale.&lt;br /&gt;"Mauvenargues est très remonté contre moi!"&lt;br /&gt;David rit de son bon coup.&lt;br /&gt;"Vous savez, Mauvenargues est un petit marquis qui a profité des largesses de votre père..."&lt;br /&gt;Berg remue le couteau dans la plaine. Dans le fond, il déteste tout le monde. Il n'apprécie pas davantage David Maupin, dont il moque dans le dos la naïveté médiocre et repue. Dans l'écriture, il veut être le premier et le seul. Il dégomme et il gomme. Les sionistes qui se prennent pour les rois du pétrole, il les exècre. Comme David le conseille partout et l'invite dans les meilleurs émissions de radio, il profite de l'aubaine.&lt;br /&gt;Berg prend un ton d'instituteur sévère et intransigeant.&lt;br /&gt;"Mauvenargues m'a rendu visite quand j'enseignais à la Faculté de Toulouse, au temps de ma prime jeunesse..."&lt;br /&gt;Il ricane.&lt;br /&gt;"C'est un petit prétentieux qui se prend pour un rebelle politisé depuis qu'il a sorti quelques bons livres!"&lt;br /&gt;David s'agite. Il veut flinguer François.&lt;br /&gt;"Que j'ai bien fait de quitter son Université du Peuple!"&lt;br /&gt;Berg déteste le populaire, qu'il assimile au populisme. Il pense en termes de castes. Il revendique l'anarchisme de droite bourgeois et goguenard.&lt;br /&gt;David déteste la complaisance.&lt;br /&gt;"Tout ça ne serait pas arrivé si Mauvenargues n'était pas le protégé de mon père!"&lt;br /&gt;Il s'énerve comme un cygne &lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;ébouriffé &lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;qui aurait perdu sa constellation et qui se serait réfugié chez les canetons. Pas de doute, David ne passera jamais à la taille adulte. C'est un fils à papounet. Berg le subodore. Le mac se sert du minet. Berg est un mec qui n'a besoin de personne. Un cador bourré à l'alcool et à la domination.&lt;br /&gt;"Un conseil : laissez Mauvenargues dans son coin. Avec ses histoires d'engagement, il se prend au sérieux. Le succès lui est monté à la tête. Il a toujours manifesté un emportement... Le pauvre a perdu l'esprit! Pour ce soir, une surprise : Ursule nous rejoint. "&lt;br /&gt;Ursule est un pseudonyme dans le petit cercle des philosophes. Contrairement à l'intrus Mauvenargues, il est agrégé de philosophie. Il n'a pas fait la rue d'Ulm, mais il brille par ses mots d'esprit. Il est cynique. Il est désespéré. Berg en a fait un proche depuis qu'Ursule a confessé son inclination pour les partouzes et les clubs libres-échangistes.&lt;br /&gt;Ursule est convié dans la maison de campagne de Berg en Espagne. Une succession dont Berg fait grand cas et qui lui permet de jouer les seigneurs. Le chic se pique de rusticité. Berg rappelle à la première occasion qu'il n'a ni l'électricité, ni l'eau courante. On s'ébat en pleine nature, entre le chant des oiseaux mélomanes et l'eau de source. C'est champêtre, c'est guilleret.&lt;br /&gt;David bat des mains. D'ordinaire, on s'ennuie toujours un peu avec Berg. Il somnole. Il chuinte. On a du mal à comprendre ce qu'il raconte. Avec Ursule, c'est ambiance assurée! Ursule abonde en jeux de mots indolents et en saillies insolentes. David renchérira. On rira. On boira quelques verres et le tour sera joué. Ursule est un pessimiste chic qui brille par son désenchantement de &lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic;font-size:130%;" &gt;desesperado&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;. Quand Berg le voit, il évoque le &lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic;font-size:130%;" &gt;desengano&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;.&lt;br /&gt;"Avec Ursule, c'est pas du Mauvenargues. La grâce est assurée!"&lt;br /&gt;David se tait. Devant Berg, il ne peut pas la jouer &lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic;font-size:130%;" &gt;Surulmien&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;. Il est face à un égal. Il ne peut lancer son numéro de génie compris et de brillant &lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic;font-size:130%;" &gt;crack&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;.&lt;br /&gt;"Un petit verre?"&lt;br /&gt;Berg marche en traînant les pieds, sans doute les rhumatismes et la vieillesse. Maintenant que David est entré dans le cercle des intimes, il picole de bonne grâce, à condition que ce soit l'exception qui confine le règne. La règle est de garder une apparence de Don Juan. David tend son verre. Les esprits s'échauffent.&lt;br /&gt;"Que diriez-vous d'un chinois débridé?"&lt;br /&gt;Berg connaît les meilleurs tables de Paris. Sa spécialité, ce sont les petits restaurants, ceux que la critique ignore et qui présentent une cote abordable. Quand on appartient au gratin, rien de tels que de l'éphémère plongé dans les bas fonds anonymes. Dans une gargote chinoise, trois philosophes ne seront jamais reconnus. On les prendra pour des lambdas. C'est l'expérience qui régale nos aventuriers de l'Esprit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;"Moi, la philosophie, je n'ai aucune inclination pour ses jeux de mots et ses inventions pédantes. Je la tiens pour une imposture. A mon avis, n'est-ce pas, les meilleurs penseurs contemporains se recrutent dans les cercles des romanciers..."&lt;br /&gt;Laurent Mirinescu le Russe blanc. L'écrivain octogénaire. Le dandy mondain, qui a connu son heure de gloire à la fin des années soixante-dix. Depuis, il se pare des vertus de l'écrivain maudit. Mal dit : on le taxe de pédophile et de pervers. Il s'en glorifie. Il a adoré Manille et les gosses d'Afrique. Il s'est repenti. Il est orthodoxe. Il parle avec une diction châtiée qui sort d'une caricature de grand bourgeois paresseux et égocentrique. Il écrit avec naturel : il raconte ses exploits sexuels, ses aventures amoureuses et ses voyages incessants - à raison d'un journal l'an.&lt;br /&gt;C'est la mode des journaux intimes. L'auto-fiction est le produit des factions parisiennes. En ce moment, il s'entretient dans un boudoir de palace avec un alter ego. Un ancien psychanalyste reconverti dans le &lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic;font-size:130%;" &gt;diarisme&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;. Encore un pudique qui livre par le menu ses aventures galantes avec de très jeunes femmes. Officiellement, c'est un nihiliste qui tous les dix ans menace de se faire sauter la calebasse. Un certain Balthazar. Il se montre très fier de son érudition, de son dandysme de grand bourgeois, de sa politesse, de ses relations.&lt;br /&gt;Il connaît le Tout-Paris. Les politiciens véreux, les philosophes graisseux, les écrivains capiteux, les actrices vénéneuses. Il joue aux échecs avec un ministre sioniste, il dîne avec un philosophe pédophile, il joue à la canaille solitaire. Évidemment, son mot cardinal, c'est la prudence. On n'est jamais trop méfiant en règle démocratique. Il ricane. Il boit de l'eau. Il s'ennuie mais c'est un artifice : il est toujours occupé.&lt;br /&gt;Son gagne-pain, c'est l'édition. Il a sorti deux ou trois philosophes à succès. Ses poches sont pleines. Il bénéficie de la mansuétude de l'intelligentsia, qui aime les frivoles et les décalés. Il est nihiliste libéral, c'est-à-dire qu'il profite du libéralisme en s'en moquant. Tant qu'il se remplit les poches, il est sans conteste un original, dont on dit le plus grand bien quand on a vanté son intelligence. Dans les milieux artistes bourgeois, l'intelligence est le maître-mot, la valeur-étalon.&lt;br /&gt;En cas d'intelligence, on passe tout. L'intelligence est l'excuse des perversions sordides et minables. Balthazar ne fricote pas seulement avec l'Asiatiquette d'à peine dix-huit ans. Il cultive d'autant plus une diction d'ado toujours en langueur qu'il est attiré par les jeunes filles de dix ans.&lt;br /&gt;En privé, il ne se cache pas de ces petites manies. Entre artistes du monde, la pédophilie n'est pas perversion. Elle est élection. On loue la perversion, dans la mesure où les valeurs du peuple sont méprisées et raillées. Balthazar joue les anticonformistes lanceur de modes. Cette fois, il a pensé à ajouter un chewing-gum non mâchouillé dans son café.&lt;br /&gt;Il porte de grosses lunettes, une coupe imbuvable, l'air d'un quadragénaire désaxé, un paumé qui n'aurait pas réussi son atterrissage lunaire. Il aurait presque la physionomie attachante si son sourire sardonique ne trahissait pas sa lubricité entretenue. Balthazar joue les méchants. Pas le &lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic;font-size:130%;" &gt;bad boy&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;. Le père vert. Il menace de se suicider et se croit tout permis. Il adhère à la loi du plus fort. Les amis abondent sur la rengaine.&lt;br /&gt;Mirinescu claque la langue sur le palais.&lt;br /&gt;"Regardez qui passe dans la rue..."&lt;br /&gt;Comme les deux écrivains s'ennuient beaucoup, ils observent les passants en se vouvoyant. Ils prennent l'apéro avant d'aller dîner. Les soirs ils flânent, ils courent les sauteries, ils squattent les réceptions, ils vaquent à leurs amourettes, ils jouent aux aigres-fins. Ce sont des maigres nains. Des bons à rien. Ils sont montés dans le wagon. De l'argent, des oisifs. Fiers de ne rien faire. Riches du moins possible.&lt;br /&gt;L'idéologie de l'effort et du travail les fait bien rire. Ils sont trop intelligents pour tomber dans le panneau. Ils attendent le vingt heures pour gagner leur resto japonais. Ils rejoindront le complice Berg, qui raffole des mondanités et qui se tient à l'écart des solennités médiatiques.&lt;br /&gt;"Mais c'est l'ami Pardo!"&lt;br /&gt;Il est à moitié plié en deux, comme s'il luttait contre une bourrasque de vent.&lt;br /&gt;"Qu'est-ce qu'il a vieilli!&lt;br /&gt;- Quand je pense qu'il se flatte encore de courir la gueuse!&lt;br /&gt;- Peut-être ses petites bourgeoises qui n'attendent qu'un claquement de mains pour être éditées par ses bons soins...&lt;br /&gt;- Il pose à l'écrivain..."&lt;br /&gt;Les deux garnements ricanent. Ils travaillent en secret pour la postérité et dédaignent les considérations naïves. Tous deux sont des candides qui récitent leur rengaine cynique. Ils oublient le crâne Pardo, qui court après son rendez-vous galeux ou qui est pressé de rencontrer le jeune écrivain qu'il pressent comme son succès-sieur inférieur.&lt;br /&gt;Pardo déprime depuis qu'il a compris qu'il n'était qu'un astre purulent dans le kaléidoscope de l'édition parisianiste. Un soir, alors qu'il faisait le beau dans son studio de travail, il a eu la révélation : il était passé à côté de sa vocation. Il avait écrit en vain. Il était un vaurien. Tant de temps à se démarquer, à différer, à cacher...&lt;br /&gt;Pardo n'a pas toujours été un ange. Il avait une femme, il avait un gosse.&lt;br /&gt;"Je ne sais pas ce qui lui a pris de faire son enfant...&lt;br /&gt;- La maladie du siècle sans doute?&lt;br /&gt;- La supériorité, c'est de saisir sur le grill : les enfants sont faits pour être consumés..."&lt;br /&gt;Mirinescu a débité sa provocation avec un petit air supérieur. Comprend-il ce qu'il dit? Balthazar frétille.&lt;br /&gt;"Encore un qui est passé à côté du grand jeu de la séduction..."&lt;br /&gt;Son allusion l'émoustille. Balthazar réajuste son écharpe angora.&lt;br /&gt;"Veuillez expliciter, maître, car je suis passé à côté du sens sibyllin!"&lt;br /&gt;Mirinescu fronce les sourcils. Il a passé l'âge d'être considéré comme un homme mature par des professeurs. Il abhorre les pédagogues modernes.&lt;br /&gt;"Je pensais à ces coureurs de jupons qui n'ont pas intégré qu'ils étaient de minables fripons!&lt;br /&gt;- Si vous faites allusion à Thierry Maupin, je ne peux que souscrire à votre appréciation...&lt;br /&gt;- Pourquoi fournir le prénom? Qui ne connaît Maupin le sioniste et son harem de dévergondées de la vertu?"&lt;br /&gt;Balthazar s'ébroue : Mirinescu est un vieux de la &lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic;font-size:130%;" &gt;veille&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;. Ignorer que Maupin a un fils! Balthazar prend un ton doctoral et expert pour corriger l'erreur de casting.&lt;br /&gt;"Thierry Maupin n'est plus tout seul. A force de courir, il a fait des petits... Les gosses ont grandi... David chéri est maintenant philosophe... C'est un proche de notre Berg naufragé... Papa Titi se tapait une chanteuse modèle, une demi pute du monde, une Odette de Crécy remplie de tallebins et de vice... Une Lolita sur le retour flanquée d'un palmarès d'enfer : presque tous les chanteurs, les politicards et les les patrons du sérail sioniste lui sont passés dessus. Si tu kiffes les Lolita, elle a été un emblème marquant des &lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic;font-size:130%;" &gt;eighties&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;... "&lt;br /&gt;Balthazar affecte un ton traînard qui irrite à force d'affectation. Il s'encanaille en employant de l'argot du titi. Il titille les bourgeois polaires en jouant la canaille mohair. Les petites filles sont le moyen idéal de poser au voyou voyeur. La vulgarité est une alternative efficace. Mirinescu claque des doigts. Lui qui se pique de connaître les moindres &lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic;font-size:130%;" &gt;arcanettes &lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;du monde de l'édition - il a oublié l'histoire de cul qui a fait chavirer le Landernau des Prés. C'est la preuve d'un oubli impardonnable, qui vaudrait séance tenante une exécution en place publique.&lt;br /&gt;"Son fils est le Pygmalion de notre Berg national..."&lt;br /&gt;Les deux compères ricanent comme deux hyènes fières de leur artifice. Les penchants de Berg sont connus. Le ladre a tous les vices répertoriés par la vindicte normative : pédophile, homosexuel, alcoolique - heureusement que la discrétion et l'intelligence l'inclinent à fuir les spots, sans quoi notre délinquant déglingué croulerait sous les condamnations. En plus, il rechigne à sortir, à vadrouiller chez les pauvres, vers des mentalités propices où les gosses sont plus disponibles.&lt;br /&gt;Mirinescu est fier d'avoir brisé le tabou. Il a raconté par le menu ses tribulations de pédophile indifférent et supérieur (caractères attitrés de sa personnalité) au sexe de ses proies. Dans ses tréfonds d'&lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic;font-size:130%;" &gt;adaislescent&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;, Balthazar méprise. Il est convaincu que le mépris est marque d'élection. Il figure dans la liste des élus. Il méprise du matin au soir. Les innovations, les écrivains, les clients de café, les femmes... Il a usé la de la ruse : au lieu d'exposer ses aventures galantes au vu et au su du quidam aguiché par ses confidences voyeuristes, Balthazar a innové en biaisant. Il a désavoué son goût pour les jeunes femmes de dix ans en affichant son inclination pour les jeunes femmes de dix-huit ans. Il joue avec les lois.&lt;br /&gt;Il s'est glorifié de baiser comme un forcené. Il baise les lois. C'est de bonne guerre. Il picore la nymphette du Japon. Une espèce en voie de disparition. Il s'est bien garder de préciser qu'il ne dédaigne pas les pratiques pédophiles, surtout quand elles versent dans le bondage. Avec quelques amis artistes, des dessinateurs de BD déjantés et disjonctés, il filme les ébats en laissant planer une atmosphère de torture et de sado-masochisme.&lt;br /&gt;Le bondage, c'est artiste, surtout au Japon. Dans la société, on tolère les perversions de tous acabits, à condition qu'on les taise. On explose les pédophiles. Enfin, ceux qu'on expose. Quand on vit dans le milieu où Balthazar évolue, on est au-dessus des choix. On passe pour un artiste quand on narre ses histoires de cul. Banco! Mirinescu se plaint d'être fauché, mais il ne cesse de sortir, habillé en prince, affublé des linges les plus dispendieux, des femmes les plus étourdissantes, entouré des éditeurs fortunés.&lt;br /&gt;Quand Mirinescu mourra, Balthazar se consolera. Il s'est bien amusé.&lt;br /&gt;"Croyez-vous que Berg et David...?"&lt;br /&gt;Balthazar cille. Balthazar tique. Tac. Trac. Tact.&lt;br /&gt;"David?"&lt;br /&gt;Les deux écrivains rient de leur allusion.&lt;br /&gt;"On pourrait en faire un article de presse à ragots...&lt;br /&gt;- Si seulement c'était vrai!"&lt;br /&gt;Balthazar s'ébroue. Il est l'heure de rejoindre le James Bondeur. Le sondeur de la pensée. Il finit son café avec nervosité. Pour ce soir, il accepte de se montrer pressé. Sous son vrai visage de vampire. Il quitte sa dépouille de fainéant. Il consent à agir un tantinet. Mirinescu le saisit par le coude. Mirinescu a vieilli, mais son expression conserve une fixité envoûtante.&lt;br /&gt;"Entre nous, Berg, c'est plus un alcoolique qu'un philosophe?"&lt;br /&gt;Balthazar s'esclaffe. Berg est le confident des coups pendards depuis trente ans. Ils se voient de temps à autres, car le philosophe est un ours qui affecte la misanthropie et qui ne consent à fréquenter le monde que depuis sa retraite &lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic;font-size:130%;" &gt;débondée&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;. Et encore, avec parcimonie. Pour autant, Balthazar ne dédaigne guère tailler la bavette de ses amis.&lt;br /&gt;"Moi, de ce que j'en sais, c'est un rêveur qui vit pour son œuvre!"&lt;br /&gt;Mirinescu hausse les épaules.&lt;br /&gt;"Quand on fait la rue d'Ulm et qu'on enseigne à l'Université pendant trente ans, on ne peut sortir indemne du marivaudage! On est agité par le complexe de supériorité! On se prend pour un aristocrate des Lettres!"&lt;br /&gt;C'est sa grande marotte, l'antiphilosophie, Mirinescu. L'attaque à boulets rouges contre les philosophes fous et fats. En snob de la pensée, il combat le snobisme. Pas fou, il a pondu une théorie selon laquelle le snobisme véritable est antisnob. Il s'emporte contre les philosophes &lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic;font-size:130%;" &gt;pendeurs&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;. Les &lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic;font-size:130%;" &gt;vrais&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt; penseurs sont les romanciers. Les philosophes sont des perroquets savants doublés de dangereux déséquilibrés.&lt;br /&gt;"J'ai bien connu le professeur-répétiteur à Ulm qui a étranglé sa femme... Un ami qui inclinait aux sorties délurées et qui proposait un certain humour... Il s'est suicidé peu de temps après!"&lt;br /&gt;Mirinescu s'énerve : avec l'âge, il perd la boule. Il oublie les noms. Tout ce qui l'éloigne de la jeunesse l'effraie. Il est vieux. Un vampire âgé vampirise les jeunes.&lt;br /&gt;"Vanim?&lt;br /&gt;- Précisément! Par ses fonctions, il a encadré des générations de normaliens. Après son acte, il est resté en liberté, malgré les protestations. Vous connaissez la rengaine populiste d'usage : ces types se croient au-dessus des lois. On murmure que Berg serait atteint de pulsions homicides irrépressibles et qu'à l'adolescence, il foutait le feu aux bibliothèques..."&lt;br /&gt;Balthazar secoue la tête en signe de dérision. Mirinescu est tellement imprégné par la noblesse hellène de la pédophilie, le mythe du pédagogue pédéraste, qu'il n'a même pas inclus son attirance dans le giron des perversions! Balthazar s'amuse chaque fois qu'il joue la muse des vices. Le plaidoyer le distraie et lui confère de l'importance.&lt;br /&gt;- Ce sont des ragots distillés par des minables manipulateurs. Vous ne savez que trop que les êtres supérieurs sont martyrisés dans leur chair du fait de leur supériorité. Le mot de Nietzsche sur ce sujet... C'est l'un de mes préférés. Revenons aux circonstances : Berg aime trop la bouteille pour perdre son temps avec ce genre de caprices...&lt;br /&gt;- En tant que physiognomoniste, une expression en lui ne me revient pas. Comme s'il était secoué par des démons qu'il refuse d'expulser et dont il se vante!&lt;br /&gt;- Certains le prennent pour le lointain descendant de Socrate...&lt;br /&gt;- En accoucheur plus destructeur et plus obsédé, je veux bien. Il est d'une laideur qui ne peut pas ne pas receler son lot de signification!"&lt;br /&gt;Mirinescu se sait séduisant. Il cultive son pouvoir de séduction avec une affectation aussi désuète que débonnaire. Balthazar en profite pour s'adonner à son jeu favori : sortir des vacheries sous prétexte de prendre la défense de. Il a emprunté ce doux stratagème à la cuisinière Françoise dans Proust.&lt;br /&gt;"Gardez-vous de confier notre secret affligeant. Berg est affligé par son embonpoint et ses traits ingrats! Un jour, il m'a expliqué qu'il venait d'une grande famille synarchiste fascinée par le franquisme et le catholicisme réactionnaire. En tant que nietzschéen spinoziste et schopenhauerien, il se prend pour le génie familial qui a rompu avec les conventions, qui s'est libéré du carcan familial, du catholicisme fervent et bigot, du père autoritaire et écrasant. Il ne cesse de déblatérer sur ses tantes dévotes, sur ses frères caractériels ou sur sa sœur remplie de compassion pour son frère si brillant et fragile. Soit dit en passant, sa sœur a bien raison de nourrir les pires inquiétudes à son sujet. S'il n'était pas aussi introduit dans les cercles du pouvoir, il serait en tôle depuis belle lurette! C'est un anarchiste de droite qui méprise le peuple et le pouvoir. Dans la tradition de Schopenhauer. Tant qu'il se tient au-dessus des lois, il poursuit ses affaires..."&lt;br /&gt;Balthazar traîne sur les mots. Alors qu'il affectait l'indifférence résignée, le voilà qui s'enflamme et qui se répand en commérages.&lt;br /&gt;"Il y a dix ans, il a contracté une violente dépression. Il a manqué de sombrer dans la cirrhose. Une petite jeunette. Il se croyait au-dessus de l'amour. Il a été pris d'une passion terrible pour une gamine qui vendait des fringues! Évidemment, après cette lubie grotesque, certains proches ne lui adressent plus la parole. Ils l'accusent d'avoir joué la comédie. En gros, il userait d'un alibi pour laisser entendre qu'il a changé, qu'il est doté de sentiments, qu'il regrette ses frasques, qu'il se repent...&lt;br /&gt;- Il ne se faisait pas fouetter dans certains lieux secrets de Paris?&lt;br /&gt;- Je ne suis pas un indic'! Tenez-vous à l'histoire du crève-cœur! Berg n'a remonté la pente qu'avec du whisky et quelques étudiantes! Il a eu la lucidité de se tenir éloigné des cures psychanalytiques et autres billevesées qui vous pompent votre fric sous prétexte de vous alléger la conscience. Un de ses grandes théories est qu'on est inguérissable et qu'en essayant de guérir d'un mal, on l'aggrave et on le l'approfondit."&lt;br /&gt;Mirinescu jubile. Il a raconté par le menu ses aventures avec de jeunes lycéennes en mal de bluettes, qu'il attendait à la sortie des lycées ou au bord des piscines de Paris. Rien en l'excite plus que le culte du secret, à l'abri des parents, des professeurs, des moralistes et des journalistes - ses bêtes noires. Fort d'un palmarès ô combien plus rempli de plaisirs tous azimuts, il n'a rien à apprendre d'un Berg, qui n'est pas un séducteur, mais un pervers. Balthazar désapprouve la quête de la destruction, qu'il distingue de son propre hédonisme débridé. Mirinescu acquiesce. Ses yeux s'écarquillent.&lt;br /&gt;"Cher ami, j'aime beaucoup l'esprit de Berg, mais contrairement à vous, j'ai toujours mis le holà, si vous me passez cette expression un rien triviale. Il n'a jamais été autre chose qu'une connaissance qu'on croise dans des raouts ou avec qui on partage un bon repas. Et je vais vous dire pourquoi : contrairement à lui, j'ai une âme..."&lt;br /&gt;Balthazar prend un air très concentré. Il affecte de ne prêter aucune attention à la religion. Il est ébahi qu'on puisse se taper des gosses de moins de douze ans et prier dans des basiliques chargées d'histoire.&lt;br /&gt;"Je sais que Dieu existe et que nous avons tous des comptes à rendre. Lui se croit indemnisé de ce genre de rendez-vous &lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic;font-size:130%;" &gt;post mortem&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;. Moi, j'ai tout parié sur la spiritualité. Une spiritualité différente de celle du commun des mortels..."&lt;br /&gt;Balthazar contemple Mirinescu, le regard absorbé : ce qui sort des préjugés populaciers l'attire et l'intéresse.&lt;br /&gt;"Les bonnes gens croient que le Bien se confond avec l'amour et la douceur. Je sais que le Bien se conjugue avec une certaine violence et un certain goût pour la dissimulation!"&lt;br /&gt;Balthazar est aux anges : c'est pour ces moments de confidences qu'il fréquente les écrivains. Demain, sûr qu'il couchera cette confidence passionnante dans son journal intime. S'il ne la sort pas &lt;span style="font-style: italic;"&gt;texto&lt;/span&gt;, elle lui servira de viatique posthume. Il est obsédé par la mort et par la trace qu'il laissera dans le futur. Il sait qu'il ne passera pas la postérité. Pour se consoler, il se répète qu'il est un auteur choisi pour un fort petit nombre de lecteurs. S'il n'a pas les honneurs de la quantité, il bénéficiera de la reconnaissance de la qualité.&lt;br /&gt;"Allons manger. Sans quoi notre Berg va croire que nous l'avons abandonné pour quelques charmantes créatures encordées..."&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3619457538821527839-4852930935194483950?l=chroniquesdeleurafrique.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/feeds/4852930935194483950/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/2009/10/qui-sore-dine.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3619457538821527839/posts/default/4852930935194483950'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3619457538821527839/posts/default/4852930935194483950'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/2009/10/qui-sore-dine.html' title='Qui dore dîne'/><author><name>Koffi Cadjehoun</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06573463984324076647</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3619457538821527839.post-1804013154570049527</id><published>2009-09-21T15:18:00.001-07:00</published><updated>2009-09-21T15:21:45.881-07:00</updated><title type='text'>L'oeil du cycle</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Opé.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le vieil homme meurt. La mort n’a pas peur. Opé a peur pour la vie. La sienne ? À quatre-vingt-dix ans, on fait son temps. Dix printemps – sa femme, le cancer, l’agonie – il n’en peut plus. Il a chopé une vacherie, une maladie d’orphelin, un Parkinson sans tremblante, une spécialité paysanne pour familier des engrais. Quatre enfants, trois filles. Le fils tangue, héritier. Fêtard, vantard, noceur, coureur. Opé est écœuré. Un fermier. Paysan agriculteur.&lt;br /&gt;À l’héritier, il a tout donné – son fils, prodige. Le fiston a dilapidé. Un propre à rien, Opé décrète, sauf qu’il a mal. Il déblues. Il n’entend pas la musique, mais c’est la fin. Son fils n’est pas venu. Il fête les environs. Il n’est pas au courant. Pas ingrat, un inconscient. On manque de jugement. Avec le temps, la vieillesse, la maladie, on acquiert une lucidité qui vous prend au dépourvu.&lt;br /&gt;Opé a pardonné. Le christianisme, c’est sa vie. Il a éprouvé les pires peines à absoudre. Il a beaucoup donné, très peu pardonné. Maintenant, la famille est divisée. Il n’a guère ménagé. Ses filles sont autour de lui, son choyé n’est pas lui. C’est un signe. Dieu envoie avant de rappeler. Amène-toi ! Opé dans les choux. On respire dur. Il fait chaud, l’été indien. Opé craignait l’asphyxie. Il s’éteindra sans souffrance. Sans peine. Il n’entend plus le cœur léger. Il a pardonné – allégé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Opé tient les rênes de la ferme. Il vient de se marier. Il a été élu – maire du village. Il fourmille d’innovations. Il dore les idées. Il est l’organiste des dimanches. Il attend une fille. La vie est belle, Opé. Plus tard, ce sera un héritier, histoire de reprendre. Pour un paysan, le garçon est vital. Une fille, la vie sourit.&lt;br /&gt;Opé conduit son tracteur. Il a acheté. C’est le début de la mécanique. En France, la Seconde guerre, les morts, les massacres, les prisonniers, c’est le retour de l’accalmie. La prospérité vous ouvre les bras. Les agriculteurs profitent de prêts, de récoltes, de revenus – l’Epoque glorieuse. Opé achève le rêve des générations. Acheter un tracteur. Le travail des champs devient révolutionnaire.&lt;br /&gt;Opé est altier. Il se tourne vers son alter. Et go ! Le fidèle, le lieutenant, l’ouvrier agricole est plus pour le patron. Il est l’âme de la ferme, le confident des enfants, le bêcheur des jardins, le fumeur sans fatigue, le buveur de cidre. Le champ s’ouvre à Opé. Ferme-la !&lt;br /&gt;« Alors, Valéry, toujours fervent des charrues ? »&lt;br /&gt;Opé chambre, Opé pétarade. Opé châtie en châtié. Il a des lettres. Il tient de l’Etre. Il titille son cher Valéry. Valéry est un réactionnaire. Valéry réfute le Progrès. Il est méfiant comme un vieux Sioux devant toutes ces techniques qui finiront par gâter notre monde. Valéry tique devant le toc. Un tracteur ? Ça fera des emplois en moins, des chômeurs en plus, de la misère – et de la détresse. C’est pas la bête au bon Dieu, un tracteur. Opé se moque. Opé croit dur comme un moteur dans le Progrès. Opé est visionnaire – en Progrès. Après le christianisme, le Progrès est sa bannière. Son étendard illuminé.&lt;br /&gt;De temps en temps, Opé se pose la question : les deux ne feraient-ils pas Un ? Valéry le plus brave ne comprend rien à l’esprit de son temps. Il est engoncé dans ses préjugés. Incapable de s’ouvrir au monde, à la science, aux découvertes, à ce que d’aucuns nomment Changement et qu’Opé n’hésite pas à baptiser du fou nom de Révolution.&lt;br /&gt;« Tu vois, Valéry, l’homme est l’animal capable de créer, d’innover, de fonctionner !&lt;br /&gt;- Il est surtout capable de belles vacheries ! »&lt;br /&gt;Valéry est campagnard. Il roucoule des R. Il a l’accent des champs.&lt;br /&gt;« Ce qui changera le monde, c’est la technique !&lt;br /&gt;- Avec leurs bombes et leur chimie, ça, oui, le monde chante ! »&lt;br /&gt;Valéry a mal entendu. Valéry est drôle. Jeu de rôles.&lt;br /&gt;« Avec les tracteur, aussi. Nous sommes les enfants du Progrès. Nos parents labouraient la terre avec les bêtes, nos enfants travailleront par ordinateurs !&lt;br /&gt;- Je prie pour que ce jour n’arrive jamais ! Jamais ! Ça ferait des robots sans âme et sans cœur ! »&lt;br /&gt;Opé arrête le débat. Il hausse les épaules. Valéry est dévoué, mais il ne comprend rien. Désavoué. C’est un réactionnaire, attaché à ses traditions. Il n’a pas le niveau intellectuel pour discuter. Opé est fier de son intelligence. Si clairvoyant qu’il appartient au nombre des élus qui comprennent le Changement et le Progrès. Il bout d’un optimisme débordant. D’ici deux ou trois générations, sa ferme ne ressemblera pas à l’entreprise qu’il connaît. Elle sera un outil futuriste, entièrement mécanisée, où l’homme sera le cerveau commandant à des batteries de machines. Il sourit, Opé, l’avenir est confiant. Il a foi dans Jésus, dans Dieu, dans le christianisme. Il a foi dans la terre. Il était une fois : l’homme saura cultiver.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La petite Maoussi hurle. Une minute. Même pas. Elle sort du ventre. Vraiment du ventre : césarienne. Maoussi, la voix est libre. La vie vocifère. Avis de naissance : Maoussi vient de naître. Elle a une maman, elle ne sait pas. Elle a un papa. Le pédiatre vérifie les réglages. Bébé est de la dernière génération des Maoussi. Chez maman, les aînées s’appellent Maoussi. Tradition Dahomey. Maman s’appelle Maoussi, mamie s’appelle Constance. L’arrière-grand-mère vit au Dahomey. Une Maoussi qui approche des quatre-vingt-dix piges et qui fait mentir allègrement la moyenne de vie de son pays natal.&lt;br /&gt;Maoussi Jr. pleure toujours.&lt;br /&gt;« Elle a du coffre, cette petite ! »&lt;br /&gt;Parole de pédiatre. La sage-femme demande au père de suivre en salle de réanimation. Papa est blanc. Mélanine de peur. Face de craie sans cri. C’est une métisse. Papa ne comprend pas. Maman est KO. Elle se remet de ses émotions et de l’opération. Le choc : cinquante centimètres, trois kilos. Un beau bébé rond, qui tournerait des publicités pour les catalogues ou les marques de voitures. Le papa est anxieux : avec les bébés tout fragile, on ne sait jamais ce qui avive. Pour l’instant, Maoussi est emmitouflée dans un linge natal. Elle arrive. Elle est née.&lt;br /&gt;Elle est sortie du ventre. Elle est sortie de son monde clos, chaud et parfait. La naissance : on émerge d’un monde pour en trouver un autre, plus grand, moins accueillant. On est homme, de l’espèce dominante du nouveau monde dans lequel on se trouve. L’ancien continent était terre conquise. Qui sait s’il n’existe pas d’autres mondes, une infinité de corps qui se tiennent les uns dans les autres, à la manière des poupées russes ?&lt;br /&gt;La petite Maoussi est nouvelle-née. Sans questions, elle a froid. Elle est là. L’accouchement est allé trop vite. Note aux religieux : si la vie est l’entrée, la mort n’est-elle pas la sortie ? Je rêvais d’une autre ronde. Pendant que Maoussi surgit, Opé s’éteint. L’arrière-grand-père de France meurt. Pas le même jour, mais la linéarité, on s’en fout. C’est quoi, le temps, si ce n’est pas la trame de notre monde ? Le temps, il existe dans les autres ? Dans le ventre ? Après la mort, quel monde ? Hadès ? Elysées ? Enfers ? Paradis ? Eden ? Sapristi, Opé ne verra pas son arrière-petite. Ce n’était pas la première, mais c’est la métisse de la famille.&lt;br /&gt;Opé, le Progrès, c’est la mondialisation, les migrations, la France multiconfessionnelle et multiethnique. Plein de métisses – plus une idéologie biscornue du métissage. Coupez : décalez. Chinois. En France, on prend les métisses pour des Noirs, alors qu’au Dahomey, on prend les métisses pour des Blancs. T’as tout faux, mais tu cultives le topo. Dites-le au tennisman métisse à la retraite qui vient d’un croisement entre le Dahomey et la Lorraine et qui surfe sur la tolérance occidentale : ta couleur est égale à condition que tu consommes. Couleur camé. Léon l’Africain.&lt;br /&gt;Maoussi s’en moque. Les Maoussi ont résisté à l’esclavage et à la colonisation, elles résisteront à l’ultralibéralisme et la mondialisation. Les Maoussi sont des battantes et des dures. Les Maoussi sont des guerrières et des irréductibles. Pire que les Gaulois, t’as les habitants du Dahomey. Leur potion magique vient de la nuit des temps. Plus puissant que le vaudou, c’est le rite de la vie. Un coup tu pars, un coup tu reviens. Dieu donne et Dieu reprend. Le diable sonne et se méprend. La vieille Maoussi ne partira jamais : sa descendance a repris le flambeau. Opé, pas de souci : Maoussi flambe au champagne. T’a vécu, t’as cru. Tu t’es trompé, tu t’es battu. Tu as gagné, tu as pleuré.&lt;br /&gt;Pars en pèlerin, mon brave : tu n’as rien à craindre. Après la mort, tu es mieux qu’un vieillard. Tu es libre et vivant. Tu es près d’un étang. Deux cerfs paissent. Tu bois un peu d’eau. Maoussi est née. Tu le sais. Tu ne la verras pas, ce n’est pas grave. La route tourne. Ce qui compte, c’est l’étincelle de vie. Elle éteint celle, elle africaine, elle est chrétienne. Elle a tout pour grandir. Les Africains sortent de la nuit des temps. Les chrétiens louent le firmament. Jésus n’a pas eu peur de la Croix. Et toi, Opé, tu penses à quoi ?&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3619457538821527839-1804013154570049527?l=chroniquesdeleurafrique.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/feeds/1804013154570049527/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/2009/09/loeil-du-cycle.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3619457538821527839/posts/default/1804013154570049527'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3619457538821527839/posts/default/1804013154570049527'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/2009/09/loeil-du-cycle.html' title='L&apos;oeil du cycle'/><author><name>Koffi Cadjehoun</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06573463984324076647</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3619457538821527839.post-7722873607716210177</id><published>2009-08-12T03:43:00.001-07:00</published><updated>2009-08-12T13:09:49.739-07:00</updated><title type='text'>Machette</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;Omar court. Toujours. L’hiver à Eonville, il fait un temps à tuer un mort-vivant. Omar ne sent pas la bise, les moins cinq, l’humidité. Omar ne voit pas les blocs de béton de sa droite à sa gauche. Omar est en lévitation. Furie vengeresse. Homicide prolongé. Il tient un fusil à pompe, comme s’il s’agissait d’un nouveau-né. Omar peut se montrer précautionneux. Il est à bloc. Il course une bande de petits jeunes. Deux semaines qu’ils le défient en frappant à sa porte et en l’insultant au portable. Omar a laissé monter la colère.&lt;br /&gt;Maintenant qu’il la sent en lui, il se trouve inattaquable et invincible ! C’est sa potion magique, la colère. En bas de son bâtiment quatre étages, dans le studio où il vit, il croise sa voisine du dessus. Natacha. Elle est sympa, souriante, une petite jeune aux yeux verts, qui vit avec un Asiatique. Ils ont un marmot, ils veulent s’en sortir. Un couple de banlieusards. Omar a les crocs. Il a de quoi. Il croyait être casé avec une métisse sénégalaise. Il s’est rendu compte que la donzelle le trompait avec tous les dealers du coin. Résultat des courses : il s’est lancé dans le business. Avant, il magouillait, la save à la semaine, sans aller trop loin. Normal : il attendait l’arrivée d’un gosse – les bénéfices de la vie de famille.&lt;br /&gt;La métisse s’appelle Hélène. Elle est belle, des traits fins, consciente de son pouvoir de séduction. Elle s’attache à tout ce qui est noir, violent et marginal. Elle kiffe les hommes qui ressemblent à son père, un raté qui passe ses journées à boire et à se battre en refaisant le monde avec des compatriotes tout aussi décalés que lui. Omar déprime : il a perdu sa vie en accordant sa confiance. Désormais, il ne croit plus personne. Il ne fait plus crédit. Il n’a plus d’âme mie. Que des potes, des connaissances et des associés. Il s’est lancé dans la came. Il ne vend pas chez lui et il ne croise jamais de toxicos (sauf les quelques potes à qui il arrive de sniffer en sortie). Il est Intermédiaire. Comme il connaît du monde dans le shit, il est passé vite fait à la vitesse supérieure.&lt;br /&gt;Résultat : beaucoup de femmes, beaucoup d’argent, beaucoup de prestige. Les types sont de plus en plus craignos. Il possède trois voitures sans permis. Un petit pitbull. Il passe pour la teigne. Il se bat. La semaine dernière, sa réputation de voyou a pris du galon. Confirmation. Il était chez une meuf avec ses lieutenants, des jeunes qui collaborent et qui le prennent pour le big boss. Le Scarface black – le parrain noir de l’an deux mille. Omar est le héros des imbéciles, les immatures qui n’ont rien compris à la vie, les mythos pour qui vivre, c’est trafiquer. La vie, c’est des biftons dans la poche. Omar croule sous les liasses. Du moins, c’est ce qu’il laisse entendre. La vérité, c’est qu’il est submergé de dettes.&lt;br /&gt;La nénette, une Guadeloupéenne, recevait des racailles de Paname. La métisse tient à sa réputation. Les Parisiens ont joué aux chauds. Ils ont mal parlé à Omar &amp;amp;Co. Omar n’a rien dit. Il est sorti. Il a sniffé un rail, sa nouvelle distraction. Il s’est énervé, son habituelle occupation. Il est remonté chez la tismé avec trois lieutenants. Ils ont retourné l’appartement à coups de battes. La go a porté plainte. Les Parigots étaient choqués. Jamais vu de pareils malades. Omar prendra une peine. Pas de larme. Depuis qu’il est dans la came, il a repéré le manège. Les flics tournent en bas. S’il ne se calme pas, Omar va monter – en zonzon.&lt;br /&gt;Il fait ce qu’il veut. Veut-il ce qu’il fait ? Il se moque des conséquences. Si des flics l’interpellent en mission, il les insultera. Il se sent capable de leur tirer dessus. Qu’ils le choppent. De toute façon, sa famille est en France, sa sœur a des gosses, sa mère est remariée à Paris, mais lui rêve de Mauritanie – finir ses jours dans un village. La France, plein la casquette ! Au pire, il s’installera en Gambie, un pays roots, comme il l’appelle. Ou il émigrera vers le Sud, Bordeaux et sa région. Un chouette coin, où l’on peut refaire sa vie peinard. Il n’a pas abandonné son rêve de monter une famille et d’arrêter les dérives.&lt;br /&gt;Pour l’instant, il divague grave. Avec son fusil de déménageur, il cavale. Pas le temps de discuter avec la voisine, il est électrique. Si les jeunes lui en veulent, c’est qu’il magouille. Ces bandes de petites frappes n’ont pas conscience des réalités. Ils sont tellement bêtes qu’ils servent des commanditaires. Pour les parrains, c’est signé : trois frères arabes sont des concurrents. Un de ces quatre, il retrouvera son studio en flammes. Il s’en fout. Pour l’instant, les jeunes le harcèlent ? Ils commencent par fumer en bas, puis ils montent, se sauvent, l’insultent, taguent, cognent à sa porte... La totale, quoi. La misère. Au départ, Omar a trouvé la parade : il a posté son pitt en vigie.&lt;br /&gt;Les jeunes l’ont enchaîné : ils ont caillassé le chien. Ces bâtards ont remporté la première manche. Rira bien qui rira le dernier. Omar enragé attendait que la vengeance lui monte à la tête. Les fils de pute, il va les tirer comme des lapins. S’il en ramasse un, il lui casse la tête. Après, son choix est fait : il quittera Eonville. La grisaille, le brouillard – le froid. Vivement l’océan, le soleil et les sorties en marcel. Omar cavale, Omar galope, ils sont à deux cents mètres. Il connaît le quartier comme sa poche. Pleutres, une arme les terrorise. Alors un fusil à pompe ! Ils n’avaient pas prévu la riposte. Omar est certain de les retrouver. Vu son degré de ressentiment, il va les cuisiner salement. Ils vont prendre pour toutes les frustrations accumulées. Il les découperait bien, mais la prison l'angoisse. Soudain, il tombe sur qui ?&lt;br /&gt;Hélène avance sur le trottoir. Deux mois sans la voir – à la bonne heure ! Il a beau lui en vouloir à mort, c’est plus fort que lui : quand il la voit, il ne résiste pas. Il craque. Il a fait son deuil des raclures, il a toujours envie d’elle. Elle lui sourit. Apparemment, elle n’a pas l’air consternée par le fusil. Fascinée ? Aveuglée ? Normal, elle aime les Noirs qui dealent et qui cognent. Elle est servie : son ex est en train de courser des jeunes avec un fusil de l’armée ! Un vrai de vrai, un dur, un molosse !&lt;br /&gt;« Tu fais quoi ? »&lt;br /&gt;Quand il la voit, il tremble. On peut l’attacher, le gifler, le menacer, lui prendre la vie : Omar n’a peur de rien. Dès qu’il se trouve en face d’elle, il perd ses moyens. Il est ému. C’est beau, les sentiments.&lt;br /&gt;« Je fais des courses !&lt;br /&gt;- Viens prendre le café !&lt;br /&gt;- Je ne sais pas si j’ai le temps !&lt;br /&gt;- Pas de tintouin : le jus est prêt ! »&lt;br /&gt;Il a gardé une pincée de nostalgie inavouable de l’époque où il était en couple. Les morceaux ne se recolleront pas. À l’époque, il lui a tapé dessus, elle l’a trompé, il a manqué de la défenestrer, il a failli tuer son tourtereau. Quand ils se revoient, c’est ami ami. La paix. Omar essayera de coucher avec elle des fois qu’elle soit libre ou qu’elle n’accorde pas beaucoup de cas à son régulier du moment. Elle est restée très instable. Elle change de mec toutes les semaines. Parfois, ce sont des types de passage, quand elle sort. Elle a la bougeotte. Les boîtes, les verres, Hélène est mal. Omar a envie. Hélène est en vie. Omar a oublié : les jeunes, les crosses, les plombs. C’est qui la balle ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Omar est en furie. Il arbore sa machette, il la lève de détresse. Deux filles essayent de le calmer. Omar de Mauritanie. Il raconte qu’il est Sénégalais. La vérité, c’est que son père est l’ancien chef d’Etat-major de Mauritanie. Par contre, Omar vise un Sénégalais : un grand gaillard qui répond au doux nom de Pape. Pape n’est pas seulement de Dakar. Il est le fils d’un des plus riches hommes d’affaires du pays. Un entrepreneur qui possède des millions, l’immobilier, le commerce ou les plantations.&lt;br /&gt;Omar en veut à mort. Pape se comporte en enfant gâté ? Dès qu’il aspire, c’est comme si la chose lui était due. Ce capricieux de prestige attend qu’Omar lui accorde son appartement pour les vacances. Omar est fou de frénésie. Pas question de sous-louer son HLM alors que Pape lui a cramé la cuisine deux mois plus tôt. La fête, la fume, les femmes… Pape s’est endormi. Quand il s’est réveillé, ça braillait, le plafond en flammes, les travaux n’ont jamais été payés. Pape a promis, Pape a menti. Pape est un arnaqueur, un radin, un pagailleur, qui croit qu’il endort les gens avec sa gouaille. Pape se prend pour un dieu parce qu’il a du fric. Omar est un déclassé, un réfugié, un type qui ne plaisante pas. Pape lui a intimé d’arrêter de jouer au psychopathe.&lt;br /&gt;Omar n’a pas apprécié. Il va montrer au richard de quel bois il se chauffe. On fume, on boit, on traîne, on sort, et au final, on fanfaronne ? Omar n’a pas réfléchi. Il pique des colères ahurissantes. Il défie. On se fie à sa petite taille, à sa maigreur, à son sourire. Pape a suivi l’exemple : il a pris Omar pour un petit. Omar s’est chargé de lui rappeler que la valeur ne dépend pas du poids. Ce n’est pas parce qu’on a des millions, qu’on dépasse le mètre quatre vingts ou qu’on joue les séducteurs qu’on tutoie. Omar n’aime pas qu’on le prenne de haut. Il remet les choses à leur place. C’est son caractère de justicier.&lt;br /&gt;Il en a marre, Omar. Il est exténué. Trois jours qu’il ne dort pas, qu’il fume et qu’il boit. Il fait semblant d’aimer le ragga et autres musiques de boîtes pour énervés de la vie, mais il est resté l’enfant du village de Mauritanie. Omar n’est pas un rude, c’est un boy. Normal qu’il pète les plombs : comment un Africain de Mauritanie pourrait endurer longtemps la pire des vies, la vie déclassée, la vie en banlieue, la vie HLM, la vie de quartier ? La vie d’Arabes et Négros ? La vie déchue ? La vie entre prolétaires, fumeurs, smicards, Rmistes, marginaux, pauvres ? La vie d’asile ? La vie d’exil ? Faut pas s’étonner qu’Omar casse la tête : Pape est né avec une cuillère dans la bouche. Pape se prend pour le roi des ronds. Pape est un fainéant qui sait que son vice accouchera de biftons. De vertu ? Omar veut remettre les choses en place. Tous croient qu’ils sont cousins compatriotes – la même chose au fond.&lt;br /&gt;Pape loue un appartement au centre-ville pour s’amuser. Il ne fait rien, il fume au lycée, il se fera renvoyer, il retournera au pays, il utilisera les fonds de son père, il lancera son affaire, il sera riche. Pendant ce temps, Omar galèrera. Omar est un juste qui n’en peut plus. Il lâche sa machette, il ne veut plus tuer Pape. Il veut lui montrer qui est qui. Pape est enthousiaste. Il est persuadé d’avoir manqué la mort de peu. Il se glorifie de l’histoire de la machette sur le coin de la tête, lui qui projette de lancer une firme de consultants en Afrique. Ses associés – des compatriotes. Pour l’instant, il fume la métropole, mais dès qu’il rentrera au bled, il changera de tête.&lt;br /&gt;Omar, il le verra dans une autre vie. De moins en moins. Ils évoqueront le vieux temps, mais pas question de monter des affaires avec cet énergumène. Omar est trop violent. Omar est un psychopathe. Omar est un taré. Traîner avec lui valorise parce que le desesperado est capable de toutes les folies. Le gosse de milliardaire se divertit, quand Omar n’a pas de limite. Omar est un funambule ambulant. Chacun sa bulle. Omar est un caïd, un enfant de la boule, sans filet ni ouverture. Omar manque de jugement. Pape est au-dessus. Pape fils de. Pape en France s’amuse et pagaille. Omar pagaye. L’un galère, l’autre dilapide. L’un gère, l’autre deale. Qui est le fumier ? Le petit exaspéré, qui fait rentrer les ronds, ou le grand enfumeur – qui fait sortir de ses gonds ?&lt;br /&gt;Pour apaiser les tensions, Sadi s’interpose. Le tchatcheur et le découpeur. Officiellement, Sadi sort avec Pape, mais chacun sait que Sadi est une traînée qui couche avec le premier venu. Il suffit de la chauffer pour la brancher. En fait, elle a dû se taper tous les Sénégalais de la bande. Pape ferme les yeux. Pape se montre d’autant plus conciliant qu’il a plusieurs fers au feu. Sadi est une babe de passage. Une lady tricard. Pape laisse courir pour mieux cavaler. En ce moment, il lorgne sur une métisse centrafricaine, une pure beauté, une grasse, une crasse. Son visage rattrape sa taille, et puis, ce sont les Toubabs qui n’aiment pas les grosses et qui leur préfèrent les baguettes. Les Africains kiffent les formes. La Centrafricaine est reine des nuits.&lt;br /&gt;Une 405. Pape est le mac, Omar le topo. Pape cerne les potos. Il manipule parce qu’il est habile. Il tisse sa toile. Il perce les voiles. Pour le moment, le Jules, c’est Omar. Omar jaloux du joujou. Omar fait l’indifférent. À qui veut l’entendre, elle est juste une partenaire. Qui tient qui ? Qui a le fond ? Le faux teint ? La Centrafricaine cherche un mari. La Centrafricaine souhaite des enfants. Omar bloqué à dix-huit ans. La Centrafricaine ne restera pas avec un viveur. Un cogneur. Un fumeur. Un dealer. Un sprinter.&lt;br /&gt;La situation est claire : sans moyens, Omar n’a pas de prestige. Il est le petit dur, le garnement que les filles sortent pour se faire peur. Se donner de l’assurance : style. Pour la situation, elles passent à autre chose. Dans ce jeu de dupes, Pape est l’intermédiaire de l’intermède : il ne fera pas de vieux os. La métisse le tente. Il teste. Il n’aime personne. Il s’amuse, ment, domine. Des mioches, il en aura quand il rentrera au pays. Papa Pape polygame a eu une ribambelle de gosses – une litanie d’épouses. Un jeu d’enfant de marier la cousine de bonne famille.&lt;br /&gt;C’est l’Afrique : riche, on collecte sans se baisser. Pas besoin de séduire, les familles marient. C’est un honneur de donner sa fille à l’homme riche. Pape compte reproduire le schéma. À une exception près : chacun son temps. Papa a eu treize femmes. Pape ne compte pas épouser. Il est contre. Le mariage prend du fric. Le mariage perd du froc. Le mariage est déposé. C’est bon pour les vieux et les traditionalistes. Pape n’est pas polygame. Pape est joueur. Pape n’est pas poli. Game over. Jamais Pape ne s’installera. Il enfantera aux États-Unis, le paradis des Africains qui ont des devises. L’Eden des capitalistes. L’Elysée des flambeurs. Pape est accroc aux Afros. Elles sont claires, elles ont de la coupe, elles ont de la classe. Elles sont entre la villageoise d’Afrique et le fard d’Occident. Pape ne se sent pas Africain. Il se sent du monde.&lt;br /&gt;Pape tend la main à son meurtrier. Omar roule dans le moule. Il est cool, Pape. Omar allume un gros joint. Effet garanti : tout le monde est impressionné. On a assisté au combat du siècle, la rencontre des deux titans. Sensation. Certain qu’une des donzelles tombera pour le petit énervé, le nerveux doté de cœur. Ce soir, Omar récoltera les dividendes de sa brutalité. Les Sénégalais vont sortir dans la boîte afro d’Eonville et Omar se farcira une péronnelle. La violence rapporte : ses sœurs prétendent qu’il n’est pas séduisant, il sort des beautés. Beurettes, blondes, parfois métisses – jamais d’Africaines, que des instables. Plus tard, Omar ambitionne de marier une Blanche et de s’installer dans le Sud. Eonville, il en a ras la casquette. C’est pour la jeunesse, festoyer et batifoler, mais dans un coin de sa tête, Omar veut des enfants. Une vie stable.&lt;br /&gt;Il a trop voyagé, trop bougé, trop bavé. Il est temps de se poser. Pause. Il serre la main de Pape. C’était du chiqué. Pape croira qu’il a manqué l’assassinat, il glorifiera ce fait d’armes, il jouera les valeureux. Jamais Omar n’a eu l’intention de lui fracasser le crâne. Il voulait faire peur. Pape n’a pas l’habitude des voyous. Il a eu trop peur. Maintenant, c’est lui le tueur. C’est sa conception de la justice. Quand il a un coup dans le nez, ce qui arrive les soirs, il raconte à qui veut l’entendre qu’il montera une bande de guérilleros en Mauritanie et qu’il terrorisera les Arabes. Il leur en veut à mort. Ils ont abattu son père, ils ont anéanti sa tranquillité.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est l’attroupement devant la boîte. On est énervé quand on sort. Là, c’est le grand énervement. Les meneurs palabrent avec les videurs, histoire de leur chauffer la tête. Le clou du spectacle : Omar la terreur. Il est tout seul. Ses amis se sont enfuis. Il était encore calme quelques minutes auparavant. Il sortait avec deux Sénégalais, Papis et le Grand Tapha. Soudain, l’incident. Les compatriotes n’ont pas compris : Omar s’est jeté sur un homme d’âge mûr et l’a roué de coups. L’homme n’a pas l’air commode. Une face de ferrailleur, une tête de magouilleur, il pourrait être armé. Omar n’a pas cogité. Il a cogné d’entrée.&lt;br /&gt;Raison suffisante : sa sœur Kadi. Omar n’a qu’une sœur même père, même mère. Il en a bien deux autres, mais ce sont les filles de sa mère. Il les laisse bouger comme elles veulent. Avant son assassinat, le papa collectionnait les femmes. Omar a le souvenir d’un militaire, fort, dur, respecté. Les Arabes l’ont tué. Les racistes l’ont buté. Omar déteste les Maures. Omar maudit le monde. L’africanophilie, c’est pour la galerie. Ça fait bien, en France, de jouer sur l’air des lampions. Noir et fier. Sans blague. Farce : attrape.&lt;br /&gt;Mauvais délire : Omar s’en est pris au chéri. Elle tourne mal, Kadi. Elle se fait niquer par les bibis. Des racailles de banlieue, des ratés, des bons à rien, des divorcés, des drogués, des paumés, des tordus… Ce soir, au lieu de repérer un mari, elle n’a rien trouvé de mieux que de se pointer avec son boy dans la boîte underground d’Eonville. Encore une tache, pire qu’un looser. Un divorcé qui cherche une boniche ou un coup à tirer. Omar les sent à plein nez. Quand il s’agit de défendre l’honneur de la famille, il est prêt à risquer sa vie. Il a un coup dans le nez, l’image de son père en tête, bingo ! Banco !&lt;br /&gt;Omar a rossé, tout le monde veut le calmer. Omar a perdu son lot. Consolation. Dernière consultation. Il avait branché une veille connaissance, une blonde un peu forte, qui a compris que son pouvoir de séduction s’accorderait mieux avec les Noirs qu’avec les Français. Elle aime l’Afrique sans y avoir jamais mis les pieds : elle se sent emplie de reconnaissance pour ces types rejetés, méprisés, marginalisés, et qui persistent pourtant à lui accorder leurs faveurs d’un soir. Omar a zappé. La pauvre fille se trouvera bien une porte de sortie. Un énième port d’attache. Omar est en furie. En charpie ? Pire que ça. Direction l’hosto. Les compatriotes ont rappliqué et commencent à le seriner dans la langue du pays.&lt;br /&gt;On s’affaire autour d’Omar. Il est par terre. Tellement énervé qu’on le sépare, qu’on l’empêche de taper, il a asséné un grand coup de pied contre un poteau. Le pylône n’a pas bougé. Omar est couvert. Le genou est ouvert. Le talon d’Achille, c’est la colère. Omar aperçoit dans la masse sa sœur. Cette traînée dans la nasse. À cause d’elle, il est en sang. À cause d’elle, il est à terre. Sa satanée manie de coucher avec le premier incapable ! D’un coup, il lui assène un poing sur la tête. Kadi s’effondre. Elle ne bouge plus. Elle est dans les vapes. Omar se sent mieux. Il est soulagé. Il s’est dépensé. Sa sœur a payé. Les compatriotes crient de plus belle. On désapprouve. Taper sa sœur, il se croit au village, le petit ? Tapha, le grand frère de la communauté, commence à monter le ton. Et puis, on se rend compte que ça ne sert à rien. Il faut emmener la famille à l’hosto. Famille de fous. Faille de tarés : une paumée, un dérangé. Des traumatismes en perspective. Pas étonnant que lui tape, et qu’elle baise. Deux violentés de l’Afrique répondent au viol identitaire par la violence adultère.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3619457538821527839-7722873607716210177?l=chroniquesdeleurafrique.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/feeds/7722873607716210177/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/2009/08/machette.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3619457538821527839/posts/default/7722873607716210177'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3619457538821527839/posts/default/7722873607716210177'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/2009/08/machette.html' title='Machette'/><author><name>Koffi Cadjehoun</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06573463984324076647</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3619457538821527839.post-3119710793952937042</id><published>2009-07-15T08:38:00.000-07:00</published><updated>2009-07-16T09:38:22.770-07:00</updated><title type='text'>Les mots vivants</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;« Moi, tu comprends, je ne suis pas raciste. Je suis catholique de père et mère. J’ai été agressé deux fois. J’ai pardonné. Ils m’ont gâché ma vie. J’ai redoublé ma quatrième. Alors, les Arabes, France ou pas, je m’en méfie… »&lt;br /&gt;Alain hausse les sourcils. Il est sous tension.&lt;br /&gt;« Si je suis au chômage, c’est à cause des pressions qu’ils ont faites sur moi. J’ai raté le bac à cause des bandes. Si c’était à refaire, je le repasserais dans un bahut privé, comme ça les Arabes seraient fréquentables… »&lt;br /&gt;Alain est à bout. Il est grand, en costard, il a passé de la gomme dans ses cheveux, l’air d’un jeune premier. Alain est au bord du gouffre. Il déprime, la pression familiale. Son grand-père est la référence. Un pharmacien, qui avait du fric et qui jouait au notable sur Eonville. La maman va à la messe les dimanches et respecte les traditions. Dans la famille, on est catholique, on réussit ses études, on ne redouble pas, on travaille d’arrache-pied et on se tait. Quand on grandit, on se marie et on a des enfants. Le plus possible, quatre ou cinq, histoire de montrer que le Seigneur boit du petit lait.&lt;br /&gt;Alain s’enlise sévère : il ne trouvera pas facilement du travail. Des petits boulots, OK. Des stages, OK. Des CDI, KO. Jeune, droite des slogans, personne ne viendra le repêcher. En ce moment, Alain rend visite à un dominicain du centre-ville. Il confesse. Dans la famille, il est le cas social. Il ne trouve pas de boulot, le coco. Le fils prodigue est en rupture de banc. Il prend conseil. Le frère ne bronche pas. Il dégage la nervosité et l’énergie.&lt;br /&gt;C’est le fils de famille qui a embrassé les ordres par tradition. Le deuxième, on le donne à Dieu. Il se tient du côté de l’ordre, du pouvoir, deux raisons suffisantes pour lesquelles les jeunes l’aiment. Il est ouvert, dynamique, intelligent et cultivé. Il s’exprime, il plaisante, il est à l’aise. Serviteur de Dieu. En ce moment, il tutoie les combles de l’embarras. Alain l’éreinte. Il logorrhe. Il dérape. Raciste ? Attendrissant. Comment apaiser un grand naïf ? Promis, le frère va intercéder pour le salut de son dadais en souffrance. La prière, il ne voit pas d’autre issue. Il lève la tête. Alain sourit.&lt;br /&gt;« Tu sais, j’ai une piste… »&lt;br /&gt;Le frère hoche la tête et plisse les yeux.&lt;br /&gt;« Ma mère a des relations dans le recouvrement. Tu comprends, on plaint toujours les pauvres, on déteste les huissiers, mais la vérité, c’est qu’il faut régler ses factures. C’est facile de geindre quand on a trois télés plasma et qu’on dépense plus que ce qu’on touche. Dans la vie, il faut travailler, pas s’enfermer chez soi. Les gens de nos jours voient la vie de travers. On n’aime pas l’ordre. Moi, j’adore mon boulot. Sans sécurité, on n’obtient rien de bon. La besogne, l’honnêteté, la ponctualité : je veux travailler. On se moquera, ce n’est pas grave. Quelque part, tu comprends, je suis un martyr. Je suis incompris. Je travaille du côté de Dieu. De nos jours, on aime l’anarchie et on se glorifie d’être athée… »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Eh ops, il est bon, le Titi ! »&lt;br /&gt;Une bière. Le luxe. La bibine est forte, plus de dix degrés. Une belge, une allemande… Thierry Mauvenargues ne sait plus trop où il est ; pas grave, il a conservé son humour. Sa femme rit. Ses amis rient. Titi, c’est son surnom. Quand il est arrivé tout à l’heure, les amis ont battu des mains. Dans le groupe, Titi est le gage de la bonne humeur. Avec ou sans humour, on est exténué de nos jours. On organise des week-ends de vieux copains. Avant, c’étaient les copains de régiment. Maintenant que le service militaire a été aboli, plus de guerre, on se rase. En France, vingt et unième siècle, les jeunes sont blasés.&lt;br /&gt;Titi travaille comme un damné dans un cabinet d’études. Il est clerc et son ambition est d’ouvrir un cabinet avec sa femme. Notaires, Mauvenargues &amp;amp; Associés, le titre claquerait. La plaque sur la maison, la piscine derrière, le fric et les vacances. Il faut travailler, Titi besogne. Ça lui donne bonne conscience. Son père a réussi. Il travaille à plein tube. Il opère. Il a des ronds, il gère des fonds, il aidera son fils pourvu que le fiston donne une bonne image du nom.&lt;br /&gt;Titi est bougre jusqu’au bout des ongles. Sa mère est une notable. Une fille de militaire. La bourgeoisie d’Eonville ne plaisante pas. La réussite, le niveau de vie, leurs slogans sont dans le coffre-fort. Les amis de Titi sont à l’image du phénomène. Ils sont médecins, informaticiens, profs. Quand on a grandi dans un quartier de résidents, on s’en sort à mort. On sort, on dort, on glande, on travaille.&lt;br /&gt;« Je mise sur la voiture ! »&lt;br /&gt;Poker. Tout le monde rit à gorge déployée. On s’ennuie. Titi n’est pas seul. Outre sa femme, les potes de trente ans frisent la douzaine. Il y a un avocat, un urgentiste, un informaticien, un chimiste, un prof – et les épouses. Titi considère sa situation. Il allume une cigarette. Dans un an, tout est prévu, l’étude sera à son nom. Pourquoi ne pas prendre la vie du bon côté ? Pourquoi se prendre la tête ? La crise économique ? Pourquoi se casser les couilles, bordel de merde ? Pourquoi tirer la tronche ?&lt;br /&gt;Titi rit. Titi crie. Titi crisse. Titi plisse. Titi s’ennuie. Titi vulgarise les jurons et les insanités. Pas de temps avec les pensées. Bientôt, des gosses. Ça prend du temps. Quelques week-ends en couple dans les hôtels de luxe, leur péché mignon. La maîtresse attendra la cinquantaine. Titi adore le faste. Titi adore les week-ends avec les vieux potes. Ils jouent au poker, ils descendent les bières, ils fument les clopes. Le temps n’a pas changé depuis leurs boutons. Ils ont réussi, ils s’ennuient, ils se marient, ils enfantent. Titi est en accord avec son statut. Il a mis dix ans à intégrer l’esprit de son groupe. On le trouvait nerveux, instable, arrogant.&lt;br /&gt;L’esprit du groupe, l’esprit du quartier, l’esprit des jeunes, c’est la bourgeoisie qui plane au-dessus de la province, par-delà le mouvement. Il s’agit de réussir, se divertir, facile. Surtout flirter avec le côté artiste. On cherche, on scientifie, on powerise. On a gratté quelques notes, on a claqué quelques accords, maintenant on avale. C’est si rares les mumuses qu’on s’amuse ! La muse n’a pas changé. On oublie les contrariétés, on zappe les soucis, on esquive les esquisses. Une villégiature entre amis : la décompression. Ne plus penser. Pas de souci. Pas d’écologie. Pas d’économie. On se moque des autres. On a toujours ri.&lt;br /&gt;On fait semblant. Juste un petit effort. Le pire : appliquer. Jamais critiquer. On suit l’exemple des parents. On est responsable. La famille vous file du ventre.&lt;br /&gt;« Les gars, désolé de vous interrompre, j’ai une petite inspiration… »&lt;br /&gt;François Maupin a saisi la guitare. On aime bien François. Dans le groupe, c’est l’artiste. Il compose de la musique, il l’envoie sur son site Internet, il swingue dans les groupes de jazz. Il n’a pas changé depuis ses cinq ans : toujours farfelu, débordant d’inventivité, à côté de ses pompes.&lt;br /&gt;« Ah, non ! Pitié !! On veut bien mourir d’une cirrhose, mais pas de guitare ! »&lt;br /&gt;La tablée éclate de rire. Titi peut tout se permettre, il est le joker. Il profite de son statut d’intouchable. François n’en fait qu’à sa tête : il commence à sortir quelques notes de blues. Insupportable et rébarbatif.&lt;br /&gt;« Manquerait plus que tu te mettes à parler ! »&lt;br /&gt;Titi chambre. Son vieux complice, il le côtoie depuis les premiers printemps. Ils jouaient dans la rue. Ils ont fait les quatre cents coups, les mêmes distractions, les mêmes disputes, les mêmes punitions. Titi droitise, François informatise. Quand François ne tape plus sur son clavier, il compose de la ballade. Famille de musicien – il a de qui tenir. Quand Titi ne recopie pas des centaines de formules chiffrées, il fait la tournée : des palaces. Quand il aura plus de moyens, juré, craché, il flambera les casinos.&lt;br /&gt;« Qu’est-ce que vous pensez du réchauffement climatique ? »&lt;br /&gt;François prend un air blasé. Les potes ricanent et lancent les cartes. Il a les jetons face au poker qui n’en finit plus de s’étirer en langueur. Il tient à sa réputation comique d’artiste et d’intello. Cerveau à part, il va sans dire. François n’aime pas l’école. Il n’a jamais supporté les études. C’est sa légitimité, tant il est persuadé qu’on ne peut être génial qu’à part. François se vit en génie. Il surjoue son bazar bizarre. Il soliloque de provocation en vocation. Il discourt des heures sans qu’on l’écoute. Irriter ne le dérange pas. Plus on énerve, plus on est bon.&lt;br /&gt;« Il va pas nous bassiner avec sa philosophie. Le réchauffement climatique ! Et pourquoi pas le 911, tant qu’on y est ? »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Si j’ai un conseil à vous donner, inutile de repeindre la grille. Il faut l’envoyer sabler ! »&lt;br /&gt;Deux potes bricolent. Le peintre et le fils retapent la grille de la maison familiale. Le peintre est généreux. Le fils reconnaissant. Ils font un tintamarre du tonnerre en grattant les barreaux écaillés. Ça prend du temps. Ça fait une bonne heure que les deux journaliers du dimanche s’échinent sur le muret. Ils plaisantent et profitent du beau temps. Septembre est une belle saison sur Eonville.&lt;br /&gt;L’homme qui vient de s’exprimer part pour son sport hebdomadaire. Du squash. C’est un trentenaire, qui arbore une coupe stylée et qui porte un survêtement classieux. Il se dirige vers sa voiture, un somptueux coupé sport de la dernière génération. Un bolide immatriculé au Luxembourg. En ce moment, c’est le must. Le trentenaire est un riche entrepreneur, qui prospère dans l’immobilier et qui tient une carrière – de pierres.&lt;br /&gt;Notre carriériste a des relations, de l’entregent, de l’argent. Une femme et deux enfants. Delphine Gantois est sa maîtresse. Quand on est quelqu’un d’important, on se doit d’entretenir une maîtresse. Delphine dandine dans son survêtement moulant. Elle est très attentive à sa dernière innovation : une poitrine siliconée. Ses seins biscornus et pendants la désolaient. Elle complexait. En dix mille euros, elle s’est offert une paire harmonieuse. Cadeau de son amant.&lt;br /&gt;Delphine est dentiste. Elle gagne sa vie. Elle vient de s’installer dans une maison cossue, qu’elle a retapée de fond en comble. Le paradis des bobos : la campagne à la ville – un concept qui gagne. L’amant a payé cher sa danseuse, quatre ouvriers, des travaux, trois architectes – renvoyés. Résultat des courses : l’aménagement a coûté plus que la bicoque. C’est peu dire. L’entretien d’une femme excède le coût d’un cabriolet. Avec l’expérience, le carriériste n’est pas certain d’y gagner au change. Sans le prestige, il s’empresserait d’arrêter les frais.&lt;br /&gt;Delphine est une enfant capricieuse. Elle s’est construite dans le luxe, l’élitisme, l’arrogance. Elle sympathise, pourvu qu’elle obtienne ce qu’elle veut. Elle vit selon ses désirs. C’est une gâtée, persuadée de vivre au-dessus des conventions parce qu’elle est entretenue, qu’elle brise les codes et qu’elle a une relation avec un homme marié. Ses copines se récrient ou baissent les yeux. Delphine jubile : ses provocs et ses écarts donnent du piment à une vie terne. Célibataire, c’est ringard quand on a trente ans. Mariée, c’est prévisible. Delphine ne veut pas revivre la vie de ses parents. Un amant, c’est l’idéal. Il est riche, il est intermittent, il est manipulable. Delphine aimerait avoir un enfant.&lt;br /&gt;Faire un bébé toute seule. Elle lève la tête. Les deux zigs d’en face sont en train de se fendre la poire. Pas besoin d’un dessin pour comprendre : il se moque des conseils de son mec. Elle joue la dame : pas un mot. Les voisins, elle méprise. Son pouvoir d’achat excède eux tous réunis. Elle vaut mieux que les farfelus, les marginaux, les bab’s post 68. Les originaux, elle n’a rien contre. Elle suit un autre avis : les voisins croient en Dieu. Ce sont des chrétiens de gauche, un brin poètes, un grain anarchistes. Elle, c’est l’argent, la technique, la chirurgie. Elle a acheté un plasma type cinéma. Elle investit dans les technologies dernier cri. Elle brûle, elle consomme, elle lance la pompe à finance.&lt;br /&gt;« Merci, monsieur, on connaît la musique ! »&lt;br /&gt;Le carriériste détourne le regard. Manifestement, il a lancé son conseil pour faire le malin. Dans le fond, il s’en tamponne. Il est au-dessus des mortels. Il est plus intelligent. Il est plus beau : il est plein aux as. Quand on a gagné trois millions nets en dix ans, on a les moyens de se la raconter. On prend maîtresse tout en gardant femme. On est notable. Bene.&lt;br /&gt;« Monsieur, je suis du métier… »&lt;br /&gt;Il insiste, le Black ! Il est le Nègre comblé. Le carriériste lève la tête. Avec sa tête crépue et ses biscotos noueux, le peintre fait tache dans le décor. Un peintre noir ! Le carriériste est raciste. Delphine rêve d’un autre monde. Pas de fachos ou d’horribles néo-nazis. Ses Champs sont élitistes, ultralibéraux, nantis.&lt;br /&gt;« Votre solution, elle risque de nous coûter légèrement trop cher… »&lt;br /&gt;Le carriériste manifeste son effarement. Il tient à son niveau de vie. L’argent ? Pour lui, ce n’est plus un problème. Jeune, il rêvait d’être millionnaire. Maintenant, il l’est. Point balle. Il assouvit ses envies. Il envie.&lt;br /&gt;« Moi, je vous dis juste ce que j’aurais fait, hein… »&lt;br /&gt;Il s’agace. Il est venu prendre sa grosse et taper dans la balle. Il n’a pas de temps à perdre avec des smicards polémiques. Des prolos de la contestation. N’importe quoi. Il presse le pas. Il sort la clé de son coupé. Il est tendu. Il regrette d’avoir parlé. Il aurait mieux fait de la fermer. Maintenant, il passe pour un pédant. Se déconsidérer devant des tocards, c’est pas terrible pour l’égo.&lt;br /&gt;« Avec votre respect, m’sieur, conseillez-nous la version officielle du 911… »&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3619457538821527839-3119710793952937042?l=chroniquesdeleurafrique.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/feeds/3119710793952937042/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/2009/07/les-mots-vivants.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3619457538821527839/posts/default/3119710793952937042'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3619457538821527839/posts/default/3119710793952937042'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/2009/07/les-mots-vivants.html' title='Les mots vivants'/><author><name>Koffi Cadjehoun</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06573463984324076647</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3619457538821527839.post-4380903493115610845</id><published>2009-06-24T04:33:00.000-07:00</published><updated>2009-06-24T04:35:31.800-07:00</updated><title type='text'>Le premier des sionistes</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;« Je ne pense pas qu’on puisse philosopher de nos jours sans Spinoza… »&lt;br /&gt;Le ton ondule, chantonne, fredonne. Il est sirupeux, mélodieux, odieux. On s’arrête à la fin des mots, on rythme la phrase d’une prosopopée incessante, on prononce les gutturales à la façon english. L’émission touche à sa fin : la littéraire de la Une, animée par le journaliste le plus populaire de France, un arriviste qui se pique de prose à force de prendre la pause. La diffusion est différée, puisqu’on parle belles-lettres en fin de soirée.&lt;br /&gt;Les invités sont des éditeurs, des cooptés. Dans tous les cas, des hommes de l’Etre – jamais d’écrivains. Derrière les vitres du studio, la productrice s’entretient avec le directeur. L’affaire est suivie de près : de Saint-Germain, au moins. Il y a du monde dans la salle, l’enregistrement est ouvert au grand public.&lt;br /&gt;« C’est un de nos jeunes philosophes. Un prometteur. Il participe à sa première émission, pour son premier essai, une première tentative de comprendre le réel à partir de l’apparence et sans l’Etre…&lt;br /&gt;- Problématique très primaire !&lt;br /&gt;- Que veux-tu ? Un normalien, la rue d’Ulm, l’agrégation de philosophie…&lt;br /&gt;- Je vois : il ne faut pas attendre d’une bête à concours qu’elle produise de la granule.&lt;br /&gt;- Pourtant, le garçon a de l’avenir : il est le fils de l’éditeur Méribel – le gendre du philosophe Elias…&lt;br /&gt;- Méribel… L’éditeur d’Elias ?&lt;br /&gt;- Ces gens aiment quand les affaires restent en famille… »&lt;br /&gt;Alain Méribel recoiffe langoureusement son visage de chérubin.&lt;br /&gt;« L’apparence personnelle me laisse de marbre, mais cette indifférence n’est nullement incompatible avec mon substrat ontologique : il n’existe rien d’autre que des apparences – derrière les apparences… »&lt;br /&gt;« Voyez le cabot ! Exercice de narcissisme : se moque de la beauté. S’il fixe l’heure à sa montre, c’est pour mieux mirer le cadran de son luxe. L’histoire d’un jeune homme très oppressé : un rendez-vous éditorial l’attend chaque heure. Dans un café de Saint-Germain, le directeur du magazine de philo branché le consulte. Un ami de thurne, les pères étaient intimes, déjà… Les normaliens gardent d’étroites relations après leurs études.&lt;br /&gt;- Le temps passe, le temps presse. »&lt;br /&gt;Chantal Etienne est la productrice. Elle a le vent en poupe. Sa réputation : fait et défait les carrières. Reine de l’Audimat. Elle bénéficie des bons soins du directeur de la Une : les marionnettistes nagent dans l’osmose. Quels sujets abordent-ils ? Des broutilles cathodiques ? Ce n’est pas lors d’un enregistrement qu’on cause.&lt;br /&gt;« Méribel, il est dans les affaires ou dans les lettres ?&lt;br /&gt;- Quand tu fais des lettres, tu fais des affaires !&lt;br /&gt;- Ils traitent la philosophie comme une intrigue qui rapporte.&lt;br /&gt;- Et elle fructifie ! Ils sont riches. Ils sont beaux. Ils sont béotiens. Nos deux érudits viennent du commerce. La famille Méribel est propriétaire d’un important patrimoine. Elias a vendu le négoce paternel de bois.&lt;br /&gt;- Ils feront toujours des affaires…&lt;br /&gt;- Ce sont des Séfarades d’Oran. Ils surfent sur la Shoah, ils sont antiantisémites. Ils sont sionistes. L’idéologie produit. Les fiers-à-bas de la place l’ont compris !&lt;br /&gt;- Des scribouillards ?&lt;br /&gt;- Reconvertis dans la philosophie médiatique ! »&lt;br /&gt;« Je ne voudrais pas sombrer dans le pédantisme, mais il est clair que plus on moralise, plus on est immoral ! On immoralise ! Spinoza l’avait déjà démontré et Nietzsche appelait à sortir des carcans du bien et du mal ! »&lt;br /&gt;Alain Méribel n’aime pas qu’on l’appelle Junior. N’a-t-il déjà pas tout d’un grand ? Comme son père, Alain est sur le point d’accéder à la célébrité. Il bénéficie des diplômes, il a les relations. Assistant-chercheur, il est en poste à l’Institut politique de Paris, en attendant la prestigieuse Ecole Polytechnique. Question de sang.&lt;br /&gt;Il sait que son temps viendra. Il attend. Il doit juste apprendre la patience.&lt;br /&gt;« J’aimerais bien apprendre ce que se racontent la Etienne et le dirlo…&lt;br /&gt;- Leurs affinités suivent les courbes de l’audience. En cas d’avanie, ils ne se parleront plus…&lt;br /&gt;- Le fort-en-thème a fini sa leçon ?&lt;br /&gt;- L’héritier a du bas goût. Une mine de minet, à la mode du monde, Saint-Germain cultive la prétention. Ulm la prétérition. Niveau idées, le désert est recommandé. Les perroquets savants sont de sortie. L’excellence rabâche sa médiocrité. Un jour, Alain se réveillera avec une inflammation du bulbe, il l’aura cherché ! »&lt;br /&gt;« Alain, cette bonne surprise !&lt;br /&gt;- Toi ici ? Je croyais que tu tenais conférence à Rio ?&lt;br /&gt;- Ma femme inclinait pour la saison hivernale, quand il fera moins chaud… »&lt;br /&gt;Junior ne se sent plus. Elias qui l’attend à la sortie d’un plateau, plus qu’un adoubement, c’est la bénédiction du maître envers le prétendant. Elias est le roi des télévisions. Coiffé de sa tchatche en plis, il ne se démontre jamais. Comme on se garde de contredire le taiseux, la morgue passe pour de l’assurance-vie.&lt;br /&gt;« Ton père m’a informé de ton plateau. Pour cette première, je suis venu porter mon gendre au pinacle de l’éloquence…&lt;br /&gt;- Si tu savais comme je hais les supporters ! Des moutons bêtes et méchants…&lt;br /&gt;- Ta famille m’est plus chair que la mienne…&lt;br /&gt;- Je…&lt;br /&gt;- Venez passer quelques jours dans mon riad ! Essaouira, la mer, c’est le pied pour un philosophe ! L’air marin exhale l’inspiration de son verbe iodé…&lt;br /&gt;- J’ai dévoré le philosophe surfeur. L’eau est inouïe !&lt;br /&gt;- Ton surfeur est un camarade, avec qui j’ai dîné dernièrement. Un plaisant iconoclaste qui me rappelle les moralistes, en sus de sa fine pointe nihiliste. Ne lui manque que la musique. C’est ma marotte. Désolé si mon pied s’accorde à mon esprit de composition ! Je ne lis jamais d’écrits en période conceptuelle… Question de méthode, comme énoncerait un de mes devanciers de la langue française.&lt;br /&gt;- Tu sors un opus ?&lt;br /&gt;- Ton père m’a inspiré ! Il est ma muse. Une méditation sur l’extension et la perpétuation de la démocratie. J’en suis aux limbes du verbe et je souffre comme une femme qui accouche. Enfin, grâce à ton créateur, ce libelle tient la rampe !&lt;br /&gt;- Papa est d’une intelligence… visionnaire !&lt;br /&gt;- Je lui ai toujours suggéré d’écrire au lieu de se cantonner au passeur. Il ferait un romancier... J’ose le terme ! Méribel, Balzac de son époque ! De notre époque ! La présentation claquerait au vent de la renommée !&lt;br /&gt;- La communauté des amis philosophes. Tu en es le phare ouest… »&lt;br /&gt;Sans le laisser achever, Elias passa la main autour de son épaule. Leur distinction était intime.&lt;br /&gt;- Il faudrait aborder le sujet qui me tient à cœur. La confession. J’ai appris que tu rédigeais un journal…&lt;br /&gt;- C’est en évacuant ses idées qu’on les purifie, non ?&lt;br /&gt;- Comme c’est bien dit. Comme c’est ciselé. En-vo-yé. Artiste !&lt;br /&gt;- Papa me le répète depuis que je suis en âge de déchiffrer !&lt;br /&gt;- Le genre politique te conviendrait à merveille. Un ministre cherche une plume pour sa campagne européenne. Un socialiste du bon coté de la gauche. La liberté. La gauche libérale. Pas le dogmatisme du communisme. C’est un sénateur. Ton style toucherait la fibre du peuple…&lt;br /&gt;- Moi ?&lt;br /&gt;- Sionistes, la fibre est en nous ! Notre élu se rapproche de l’élection… »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Senior se recoiffe. Les cheveux grisonnants, il ajuste son rôle. Les femmes aiment les vieux beaux. Pour preuve, son succès auprès de la gente féminin ne se dément pas. Son mariage avec une journaliste séfarade repose sur un accord explicite : elle gère son patrimoine parisien; il jet set. Dans ces milieux, avoir du succès est gage de fortune.&lt;br /&gt;Luc Méribel a deux atouts contre lesquels on ne lutte pas : éditeur de la place et ami d’Elias. C’est la splendeur. À Essaouira, Méribel a atterri en célibataire. Sa femme vers Oran la natale - une semaine confortable dans le riad de Frère Elias – Essaouira, la touriste par excellence. La ville pour les surfeurs, les stars, les musiciens et tous les artistes qui ont réuni du pécule. L’ami Elias a transformé le palais en conte de fées. Très zélé, Luc n’a pas débarqué les mains vides : il surgit toujours avec ce qu’il appelle des libellules. Des créatures. Des fées pour comte. Pas une semaine chez Elias sans libellule. Cette fois, il est accompagné de la Deteschi, une top recyclée dans la chanson. Une refaite qui connaît la musique.&lt;br /&gt;Coco abonde en caprices et en amants. Niveau reconnaissance, c’est une des plus belles prises de Méribel. Pour qu’il accroche la Deteschi dans ses filets, il faut plus qu’un poil de célébrité ou un soupçon de pouvoir. Il faut appartenir au cercle des gens qui pèsent. Méribel soupèse son identité. Avoir les moyens d’entretenir des maîtresses, des immeubles et des livres : c’est Byzance ! Deteschi entre dans l’histoire par son corps. Une belle vaut plus qu’une cervelle. Elle séduit de nuit et elle nuit de jour. C’est plus rentable que le talent.&lt;br /&gt;Elle n’a aucun goût. Elle défile en chanson. Le temps file en chaussons. De famille industrielle séfarade, Deteschi ne s’affiche qu’en sionistes. Dans le milieu, elle est réputée. Les mauvaises langues l’habillent en pute, mais c’est la jalousie des mêmes buts. Deteschi vante sa bouche, son nez, ses pommettes, ses seins, son ventre. Elle a tombé des chanteurs, des guitaristes, des politiciens, des industriels… Elle arpente le gotha. Question sionisme, elle ne pause pas. C’est sa culture, son éducation, sa mémoire. Elle sort de quatre ans avec le fils d’un avocat, chasseur de nazis, un père à fils.&lt;br /&gt;Le fiston est nom, coureur, jupon. Deteschi coucou des cocues, elle se moque de l’amour. Elle défile, elle file, elle bile. Vu son carnet, elle n’a pas froid aux yeux. Elle opère au-dessus des sentiments, adresse hors du commun, catégorie élite, ni trahison, ni jalousie. Les pépètes : elle fait ce qui lui chante. Elle flatte, elle manipule, elle séduit. Elle vit de vits. Une courtisane a dépassé depuis l’enfance la mentalité moraliste.&lt;br /&gt;Incomprise des hommes, c’est bon signe. Méribel s’en moque. Les libellules, il a l’habitude sans aile. Il est au-dessus des fées. Le ritualiste sort les jouvencelles du monde. Il hiérarchise : la femme est mère, les maîtresses superficient. À ce niveau, on fournit la came. Les dames adorent. Luc pioche. Il a les mêmes valeurs qu’Elias. Son jumeau, son pendant. Leur amitié appartient à leur gloriole. Aux gazettes de la mode. À la littérature, comme l’évoque Elias le nébuleux.&lt;br /&gt;Elias est marié avec une actrice goy et qui entretient la même mégalomanie que son tendre époux. Elias est le produit d’appel de Méribel. Bonne pioche : séfarade, ami, philosophe, agrégé, normalien... On gagne beaucoup à fréquenter Elias. Alors ses dérapages et ses dithyrambes, Alain s’en moque comme de l’an christique. Les compères se sont renvoyés la bulle : témoins de mariage. Elias a eu des enfants avec un mannequin séfarade sioniste ? L’impie, c’est pour la noce, les paillettes et les pellicules. Elias s’en pourlèche les babines. Qu’on le conteste ou qu’on le teste, l’important est qu’on parle de lui.&lt;br /&gt;Il est l’intellectuel médian de la génération médias. Format cinéma. C’est sa certitude : intello des bacs à ondes. Dans les rédactions, Méribel est le vizir. Il a eu une idée lumineuse, une inspiration de sioniste : la fille d’Elias, l’unique enfant, la chérie choyée, déprimait. Une chieuse, l’amour suicidé à force d’avoir ses appétits sous le ventre. On crève d’être envie. Il a donné son fils – en mariage. Par piété filiale, parce qu’il veut ce que père attend, Alain a validé. Il a convolé en grandes noces. Le prodige et la prodigue. Au bout de cinq ans de noces, Alain a la gueule de bois. La fille évolue entre l’hosto et la cure. Le Botox et la désintox.&lt;br /&gt;Elle surnage parfois, entre ses caprices et ses crises. Alain va mourir à cause de la famille à Papa. Beau-papa est comblé. Un gendre de ce niveau, il tremblait d’entretenir une flippée à vie. Il prépare les petits-héritiers, la relève. Sa réputation engraisse dans le Tout-Paris. Sans commentaire, Deteschi se lève. Elle a la démarche des félonnes : elle tord les hanches en cambrant le buste. Auguste, la féline. Elias mate d’un œil expert et sourit : Luc est spécialiste pour ramener des panthères ! Il se penche, grappe de raisins à la main, singeant les Romains qui sont un modèle (il aurait aimé une vie à la Sénèque) :&lt;br /&gt;« Maintenant qu’elle est partie, je peux te le dire : c’est une sacrée pute ! »&lt;br /&gt;Elias adore les apartés avec lui-même. Il revendique sa violence bourgeoise. Alain hausse les sourcils.&lt;br /&gt;« Ne t’inquiète pas, je l’ai en main. Je la sors et je la rentre… Elle vient d’une grande famille italienne !&lt;br /&gt;- Tout à l’heure, quand tu prenais l’air, elle m’a allumé sévère !&lt;br /&gt;- C’est la preuve qu’elle a du goût. C’est juste un coup pour m’amuser. Tu peux en faire ta muse, elle ne sera jamais mon problème.&lt;br /&gt;- Elle est où ?&lt;br /&gt;- Depuis qu’elle chante, elle se pique de littérature. Je l’entretiens avec Camus et Alger. Notre égérie discute philosophie avec Alain.&lt;br /&gt;- Ça doit donner ! Un agrégé de philosophie et une modèle, c’est l’association de la beauté et de l’intelligence !&lt;br /&gt;- À mon sens, le QI renvoie à la voix !&lt;br /&gt;- Ton fils, quelle classe ! Tu peux te vanter de n’avoir pas loupé son éducation !&lt;br /&gt;- Ne me reprocherais-tu pas de n’avoir pas composé ?&lt;br /&gt;- C’était tellement à ta portée !&lt;br /&gt;- Mon chef-d’œuvre, c’est mon fils ! »&lt;br /&gt;Elias opina du chef.&lt;br /&gt;« Tu ne perds pas le sens des mots ! Comme c’est bien dit... À la bonne heure ! Trinquons à la vie qui passe et qui nous chérit tant !&lt;br /&gt;- Aux libellules et aux cycles du printemps !&lt;br /&gt;- À ton fils et à ma fille qui sont parmi nous !&lt;br /&gt;- À notre amitié !&lt;br /&gt;- À la philosophie !&lt;br /&gt;- C’est ça. À la vie. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Alain ! »&lt;br /&gt;C’est un ordre. Alain Méribel se retourne. Il a la tête dure et les mâchoires serrées. Un bon jour. Il fête la naissance de sa fille dans un petit restaurant de Paris qu’il a réservé pour l’occasion. Il fume dehors. Il fume beaucoup. Il a toujours clopé, mais il est tendu. Il est étranger à son corps. Alain Méribel est un homme comblé. Il vit en grande pompe avec Deteschi. Le Landernau germanopratin rit encore de l'union du fils et de l’ex.&lt;br /&gt;Alain a réussi l’exploit de piquer la maîtresse à son père. Même à Hollywood, on évite cet exploit freudien. C’est un coup à expier. On fait mine de regretter cette aventure parricide. On se moque. Le monde est cru. Alain avait de bonnes raisons de péter les plombs. Son mariage battait de l’aile. La fille d’Elias répandait ses caprices, deux dépressions, un internement. Alain n’a eu d’autre choix que de cavaler la gueuse. C’était insupportable : se cacher, mentir, la triple vie. Alain a craqué. Il a refait sa vie. Deteschi l’a croqué. Luc pleure souvent. Alain crie souvent. Il ne comprend pas ce qui est arrivé.&lt;br /&gt;Son père, son modèle, son héros, son grand homme, son inspirateur jusqu’à la rue d’Ulm, il lui a piqué son flirt de quinqua ! Il a vengé sa mère. Il est amer, très en colère contre les magazines racoleurs. Il est la victime du moralisme et de la bêtise. Elias lui a fait des misères. Son père l’a abandonné. Sa mère l’a désavoué. Il était parti pour casser la baraque, conquérir Paris, dominer les médias. Le voilà chien perdu, galeux et bâtard, pitoyable toutou de sa danseuse. Esclave de son sens. Faux et foulosophe. Chacun sait trop que la croqueuse d’hommes se lassera bientôt de son nouvel objet d’adoration. Père ou impair, elle tient à son entretien.&lt;br /&gt;Dans son trouble, Alain a remplacé une paumée par une garce. Deux cinglées ne valent pas mieux l’une que l’autre. Alain pleure sans larme. Un crocodile sans arme. Que faire ? En un flirt, il a détruit son bel itinéraire toute tracé pour une bagatelle. Il avait le droit de courir les femmes sans se faire attraper. Pas de piquer la bagatelle de son père. Pas de trahir la famille. Pas de féconder la Deteschi. Alain est en quarantaine. On le regarde de travers, il erre, mouton égaré, brebis galeuse, fils ingrat, héritier raté, génération plombée… Il est coincé, perdu, bloqué, dans la souricière.&lt;br /&gt;Il a écrit une lettre à Elias. Heureusement, au dernier moment, un vrai ami l’a empêché de commettre l’irréparable. L'agression de Beau-papa après l’attentat contre Papa. L’ami est normalien. Sioniste, il fera du chemin. Vite, dans la presse. Brave tête, il a expliqué qu’il fallait calmer le jeu : le temps répare certaines blessures. On lave son linge sale en famille. C’était son dernier mot. Il avait raison. Alain le sent. Alain le subodore. Lui qui a tout réussi échoue au port. Et le porc sans or ? Il a honte. Il ne l’avouera jamais. Il égrène les cas historiques et chaque fois parvient à la même conclusion : il aurait pu évoluer à la cour d’un empereur sinistre. Néron, Caligula… L’incollable de la philosophie a identifié Denys le Jeune. L’héritier infâme complota contre son père et se perdit en débauches. Il vilipenda son père, son oncle et Platon.&lt;br /&gt;Pauvre Alain ! Perdu pour la philosophie, perdu pour la vie, perdu pour l’amour. Sa beauté de Narcisse s’est commuée en maléfice du vice.&lt;br /&gt;« Alain, il faut que nous discutions ! »&lt;br /&gt;Alain a la haine. Il s’approche. Rédemption ou calvaire ?&lt;br /&gt;« Je ne suis pas venu pour te juger, mon fils… »&lt;br /&gt;Phrase cousue de fils noirs.&lt;br /&gt;« Je suis venu pour dialoguer ! »&lt;br /&gt;Un vrai politicard, cet Elias.&lt;br /&gt;« Tu as soucié ton père, tu as chaviré ta famille. Ta mère gémit, ma fille blêmit… »&lt;br /&gt;Alain se ride, convulse et se retient pour casser la gueule à Beau-papa. Ces salauds ont couru, ont trompé, ont magouillé et au crépuscule de leur puissance, ils distribuent les bons points ! Alain affronte l’inacceptable : les moralistes de la perversion, les raisons de sa colère ! Deteschi est une mygale. Son venin n’est rien à côté de la pression familiale. Deteschi lui a entrouvert la porte de la révolte. Il n’est pas papa. Il n’est pas beau-papa. Il n’est pas. Un petit monstre à montre, passé de la couche d’une paumée à la couette d’une pommadée. Pas facile d’être fils de tyran sioniste. Dictateur éclairé. Manipulateur corrompu. Rompu aux rampes. Aux preuves de la pieuvre. Fils de putois. Deux filles de familles sionistes sont sur le même bateau. Qui tombe à l’eau ?&lt;br /&gt;« Au lieu de nous déchirer, ton père a décidé. »&lt;br /&gt;Des fois, Alain se demande si Papa n’est pas le chef. intendant ou vizir : l’âme grise. Elias écoute les conseils. Papa a tout compris, il voit mieux que tout le monde, il flaire les pistes et les influences. Il sent le chic du choc. Il pressent les succès, les bonnes affaires, les placements. Alain a la nostalgie de cette intelligence d’Etat, qui vaut mieux que la politique et qui conseille les créateurs. Alain cherche à se réconcilier. Il est un bâtard, un fétu de paille perdu dans le désert de ses passions. Il est prêt à quitter la Deteschi. Il se fiche de ses jambes, il craque de remords, l’issue est inéluctable, le temps ne passe pas. La morsure affole la boussole de son compteur. Il ne sait plus où il en est, il souffre des lésions de l’amour, la ciguë de la passion. Il se compare à Enée.&lt;br /&gt;Dans le fond, Didon aussi, c’est lui. Il est victime de l’ambre Deteschi. Il est son ombre. Il le sait, il ne l’a jamais dit. Il la hait. Elle le manipule, elle lui a fait un enfant dans le ventre. Il est le parti prix, le juste pris, le jeune second, l’amoureux transi. Il est le jouet de la castratrice. Il aime son père, pas la sorcière. Coco est trop.&lt;br /&gt;« J’ai parlé avec ma fille. Elle a tourné la page. Il est temps que ton tour vienne !&lt;br /&gt;- Qui m’a allumé dans son roman-confession ?&lt;br /&gt;- Ne sois pas intransigeant. Reviens à la raison. À la maison. C’était une thérapie par l’art…&lt;br /&gt;- Je n’ai pas besoin de ton paternalisme bienveillant !&lt;br /&gt;- Je te propose un contrat : tu appartiens à la génération gêne et tics…&lt;br /&gt;- Je suis le passé dépassé !&lt;br /&gt;- Si tu t’enfermes dans ton labyrinthe, tout le monde sera perdant. Il te faut reprendre le flambeau de la cause…&lt;br /&gt;- Et si je refuse ?&lt;br /&gt;- C’est sans condition. Avec ton père, les relations vont s’arranger. Coco, c’est ton affaire. Il est temps d’enterrer la hache de guerre civile. C’est du gâchis pur et simple !&lt;br /&gt;- Je n’ai pas calculé !&lt;br /&gt;- J’ai tiré un trait sur ta lettre. Ma fille a rencontré un type formidable, un acteur féru de littérature, ils attendent un enfant. Tu n’as pas le droit de les trahir.&lt;br /&gt;- Comment inviter à dîner un beau-père ?&lt;br /&gt;- Oublie la politesse, ça ferait déraison. Le mieux est de passer à la maison… »&lt;br /&gt;À Paris, Elias possède un pied-à-terre, deux cent mètres carrés de luxe qu’il a aménagés selon les lubies de son actrice. Elias ne peut comprendre le geste d’Alain : il a sacrifié sa vie au pouvoir. Alain se comporte en carie intransigeante. Elias est à deux doigts de rompre. Sa médiation lui pèse. Si Alain fanfaronne, qu’il reste dans son coin. L’histoire est pleine de farces, de traîtres et d’échecs. C’est un effort qu’Elias consent au nom du sionisme des Séfarades !&lt;br /&gt;« J’ai mieux à proposer. Tu me tends la main, je te coupe le bras !&lt;br /&gt;- Œil pour œil – dent pour dent ! »&lt;br /&gt;Les intellectuels ricanent, réconciliés, comme aux beaux jours de leur concorde.&lt;br /&gt;« Je crains d’être harcelé par des paparazzis si je m’affiche en ta demeure. Imagine les gros titres : « Le gendre et l’Elias réconciliés » ! Pour ta fille, c’est un calvaire couru d’avance…&lt;br /&gt;- Chez toi, c’est cousu d’avances : « Elias visite Coco sur fond de haine familiale… »&lt;br /&gt;- Je tiens à la discrétion. Un ami nous accueillera…&lt;br /&gt;- Puis-je prendre connaissance de ce choix prudent ?&lt;br /&gt;- C’est un journaliste qui m’a beaucoup aidé et qui te recevra avec les meilleures intentions… Il a toujours préconisé la réconciliation…&lt;br /&gt;- Entendu, Alain. Comme c’est émouvant, vraiment émouvant : nous pardonner au-delà des trahisons. Nous sommes au-dessus des déchirures ! Nous sommes le clan de l’éternité ! »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« C’est le moment de transmettre l’antenne à Alain Méribel pour l’émission que l’on ne présente plus, Les Entretiens de la philosophie !&lt;br /&gt;- Bonsoir, Jean Le Carré. »&lt;br /&gt;Voix douce et posée. Tonalité déposée. Radio-Culture s’enorgueillit de son intellectualisme. Radio culturelle, peut-être ; radio culte – paraître. Jean Le Carré est un producteur historique, un vieux de la vieille, au phrasé sinueux, tortueux, alambiqué. Il pond des émissions précieuses pour les érudits. Du moins, c’est ainsi qu’il présente son élitisme. Jean Le Carré approche de la retraite. Pas de souci : avec Alain, la relève sera stéréotypée sur le moule de l’académisme. Après avoir moqué les frasques version Deteschi, les soirs, il passe la parole à son complice. Il s’est réconcilié avec Alain. Les deux sionistes sont complémentaires. Le Carré ne jure que par la rue d’Ulm. Il avait le niveau. Il pense, mais ne dit pas. Quand on est autodidacte, produire à Radio-Culture, c’est un cas d’école qui vaut bien une messe.&lt;br /&gt;Le Carré appartient aux meubles. Alain le ménage. Le Carré couve le poussin malsain. Méribel est le pistonné dont les ragots de la station sont l’épicentre. Dans les couloirs ou au standard, on jase et on pérore. Au centre, son aventure avec la maîtresse de son père. On prête au galant mille frasques avec les stagiaires qu’il embauche. Jamais de roturières ou de demi mondaines. Que des Ulmiennes ; à l’extrême limite, des Normaliennes. Son appartenance à la gauche, on la surnomme pour l’occasion « la caviardée », en insistant sur le néolibéralisme de cette gauche conservatrice. Le bellâtre de service est tancé pour ses vices. Bien entendu, on se moque en sous-main. On se garde bien de répéter au grand jour ce qui se chuchote hors micro. Fils à papa est un surnom d’autant plus savoureux qu’il désigne un néo-parricide : Alain a tué le père le jour où il a voulu dépasser son pair.&lt;br /&gt;Question tenue, les sorties de route sont maintenant de l’histoire ténue, presque des erreurs de jeunesse. Méribel suit les glorieux pas de son éternel. Il est l’héritier qui cherche à plaire. Il a fini par quitter la Deteschi, qui lui collait de l’urticaire. Caprices, trahisons, Deteschi est une dévoreuse d’hommes qui lui a donné une fille. Pendant ce temps, Méribel n’a pas dérogé à ses habitudes. Sa femme déconnait ? Coco détonne. Alain a continué à courir. Bon sens ne saurait mentir. C’est normal, il suit les traces du père. S’il a trompé son clan, c’est le modèle. Le moule. Du moment qu’il travaille dur, les ébats sont autorisés. Trahir Deteschi était un devoir, d’autant que la donzelle s’est lassée de la philosophie. Après les musiciens, les acteurs et les intellectuels, la voilà maintenant dans l’antre de la politique. Elle est de sortie avec un ministre socialiste. À chaque fois, c’est la même rengaine : Coco dégaine si l’élu est sioniste.&lt;br /&gt;Elle ne croit pas en Dieu. C’est une mante, peu religieuse. Progressisme gâté, elle est pleine aux as de valets (de nique ?). Joker-Club. Alain s’est refait une santé. Presque une virginité. Il a gardé les bonnes habitudes. Il a le vent en poupe. Le diablotin paré de noir – le snob n’invite que des anciens de la rue d’Ulm. Le miraculé de l’amer se prend pour le paon de la philosophie française. On ajoute souvent : un paon sans tête, pour un philosophe, c’est fâcheux. Mauvais plan. Évidemment, pour un courtisan, la référence à l’animal n’a rien d’agressif. Méribel se pique de converser dans la langue du dix-septième. Le Grand Siècle est sa Norme. Il devise si bien qu’il vend son art par disque. Comme un sophiste, il choit son poste de producteur, il sort des livres sans contrefaçons, il enchaîne des interviews à la semaine, il anime des émissions de sagesse. Son créneau et son credo : faire dans le qualitatif. Il tient un standard. Sa marque fabrique. Le courant est continu depuis qu’il est revenu dans les petits papiers de son père.&lt;br /&gt;Il est sorti de sa discrétion de jeune loup prometteur. Il s’est rangé des voitures. Il est amoureux. Il a enfin rencontré l’actrice sioniste sépharade dont il rêvait. Posée, pas paumée. Une splendeur, passionnée de théâtre. C’est le signe. On lui a pardonné ses incartades. Il est de nouveau bankable. Un crack ne sera jamais un bourrin. Il se félicite et triomphe. Qu’il a bien fait de renouer avec son clan ! Quelle folie lui a pris ? Quelle mouche vénéneuse l’a piqué ? Quel irrationalisme l’a rongé ? Quelle passion ? Avec ses amis philosophes, il disserte longuement sur son cas, la passion, la déraison, la cristallisation... Son érudition, il en connaît un rayon.&lt;br /&gt;La presse encense le penseur léger, le Prométhée prometteur, le digne successeur, le pédagogue inégalable, le causeur éloquent, au point de galvaniser les rétifs et les obtus. Il donne des conférences dans des salles pleines, il vit dans un duplex de Saint-Germain, il gère une partie du patrimoine familial – signe de la protection paternelle. Il s’apprête à prendre l’antenne, casque sur les oreilles. Une stagiaire ulmienne, qui vient de réussir l’agrégation de philosophie, lui indique à grands renforts de rires que son père veut lui parler. C’est la bonne humeur dans le studio. On boit le café, on abonde en gestes. Alain se lève : l’émission commence par une citation de Schopenhauer. Il a le temps et puis, c’est le juste retour du père prodigue. On a commencé par l’accepter dans le saint des saints radiophoniques et maintenant, le glorieux géniteur consent à l’appeler !&lt;br /&gt;Il n’a pas chômé. Luc a tiré un trait sur l’erreur impardonnable. De toute façon, il voit Coco comme l’ex d’Alain. La mère de sa petite-fille. La relation est apaisée. Elle est confidente. Les mauvaises langues insinuent qu’Alain est resté trop proche pour un ex-père. On cligne des yeux. Coco est une épave. On ne se revêt pas. Alain est un tordu. On est certain. La confidente est amante par intermittence. Les cœurs incendiaires, seul change le statut. Le regard social. Alain est revenu aux bons soins bourgeois. Alain est sur le bon cheval. Le prodige a congédié le prodigue. L’âne a une âme. C’est cent purs sangs.&lt;br /&gt;« Je te dérange ? »&lt;br /&gt;Alain est très à l’aise, cigarette à la main et mèche rebelle au-dessus des yeux. Il se sent en confort. Il jouit de sa plénitude.&lt;br /&gt;« Je prends l’antenne dans la minute !&lt;br /&gt;- Bien ! Ton éloquence fera le reste. Dis : tu es invité en Israël pour une semaine de gala. Rencontre de journalistes, conférences, restaurants de luxe… La lune de miel pour ta femme ! Je me suis dit que tu ne pouvais refuser de retrouver ton pays !&lt;br /&gt;- J’accepte avec empressement. »&lt;br /&gt;Quand Alain raccroche, il retient son souffle pour ne pas danser. Israël, il professe son spinozisme. Le sionisme, cause sacrée. Cause sainte. Cause toujours. Alain entre en diplomatie. Elias tient son successeur. Alain se prépare pour le tabac. Un carton à Sion. Il ajuste le casque autour de ses oreilles. Il souffle la buée de sa calcinée. Il est un incube au carré. Il retourne en terrain promis. Il s’est débarrassé de son succube anthropophage. Son jumeau maléfique. Prêt à tout casser, il est casé. Il va parler. Il est paré. Il vénère le vent, le néant, l’instant. C’est le sien.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3619457538821527839-4380903493115610845?l=chroniquesdeleurafrique.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/feeds/4380903493115610845/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/2009/06/le-premier-des-sionistes.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3619457538821527839/posts/default/4380903493115610845'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3619457538821527839/posts/default/4380903493115610845'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/2009/06/le-premier-des-sionistes.html' title='Le premier des sionistes'/><author><name>Koffi Cadjehoun</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06573463984324076647</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3619457538821527839.post-1327522240587619668</id><published>2009-06-05T03:06:00.001-07:00</published><updated>2009-06-05T14:36:35.285-07:00</updated><title type='text'>Ollie days</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;« Commissaire Doutouha, nous vous écoutons… »&lt;br /&gt;Le commissaire était tendu. La formation qu’il animait s’adressait à une poignée d’inspecteurs de la PJ lyonnaise. Un département confidentiel avait été créé pour lutter contre l’afflux de cocaïne dans la région. Un important trafic avait été repéré. On tenait les principaux protagonistes de l’affaire et, avant de lancer le coup de filet fatal, il importait de comprendre les tenants et les aboutissants du dossier. Dans la lutte contre la drogue, il n’était pas possible de cerner le problème si l’on occultait le phénomène de la mondialisation.&lt;br /&gt;« J’ai oublié de préciser : le commissaire Doutouha est originaire du Dahomey. Il est spécialiste des problèmes de drogue en Afrique de l’ouest ! »&lt;br /&gt;Tout le monde rit de l’intervention, qui surgissait comme un cheveu sur la soupe. L’ambiance bonne enfant encouragea le commissaire à vaincre sa timidité naturelle.&lt;br /&gt;« Avant de rentrer dans les détails, permettez-moi de vous proposer un aperçu du problème. Comme le commissaire divisionnaire vous l’a expliqué brièvement, la drogue est la principale activité du port de Cadjehoun. Tout le monde se félicite du miracle industriel du Dahomey, de sa démocratie florissante, mais la situation réelle n’est pas brillante : sans la drogue, la prostitution et les armes, Cadjehoun ne serait pas le premier port d’Afrique de l’ouest ! »&lt;br /&gt;Doutouha but une gorgée de la petite bouteille minérale disposée près de lui.&lt;br /&gt;« Ce qui s’est passé au Dahomey illustre les effets pervers de la mondialisation. Ici, en Europe, on explique avec bonne conscience que la mondialisation profite aux pays émergents, mais la vérité, c’est que la mondialisation profite surtout aux plus forts disséminés à travers le monde. Auparavant, la cocaïne provenait d’Amérique du sud, transitait par l’Espagne, avant d’inonder les ports européens. Avec les progrès de la législation européenne, les trafiquants ont estimé qu’il était urgent de changer d’itinéraire. Désormais, les cargaisons circulent par les ports d’Afrique de l’ouest…&lt;br /&gt;Le port de Cadjehoun est une aubaine : la corruption y est immense. On achète ce qu’on veut dans la capitale économique du Dahomey. Alors que les douaniers européens surveillaient les arrivages d’Espagne ou de Colombie, des tonnes de cocaïne sont passées incognito par le port de Marseille. Elles arrivaient en toute candeur d’Afrique. Comment soupçonner que l’Afrique soit la plaque tournante de l’argent sale alors qu’on la présente partout comme le continent de la perdition ? Cadjehoun n’est-elle pas réputée pour son marché aux voitures et aux tissus ? Récemment encore, un reportage à la télévision a consacré cette imagerie d’Epinal, en y ajoutant les poissons.&lt;br /&gt;Permettez-moi de vous le confier un peu abruptement : cette représentation, c’est le folklore exubérant et exotique qui cache l’horreur réelle. La mondialisation a transformé le port de Cadjehoun en centrifugeuse du diable ! Un conseil : à chaque fois que vous enquêtez sur un trafic de drogue, suspectez l’implication de la piste africaine. Si vous n’avez pas cette trajectoire en tête, vous aurez un temps de retard sur les trafiquants. Aujourd’hui, les transitaires d’Afrique de l’ouest réalisent l’essentiel de leurs profits faramineux avec de l’argent sale. La drogue occupe une place considérable dans ce domaine de l’inavoué.&lt;br /&gt;Les Sud-américains travaillent en cheville avec les mafias de l’Est et les cartels bancaires. L’argent sale est ensuite recyclé dans les paradis fiscaux ou les projets immobiliers. Une usine flambant neuve de traitement de poisson est inaugurée dans un pays pauvre ? La philanthropie des investisseurs vous émeut ? Oubliez les bons sentiments ! Des prête-noms cachent les trafiquants ! En haut de ces organisations, des cols blancs apatrides et mondialisés se remplissent les poches. En bas, des désoeuvrés sont utilisées à leur insu, souvent dans les milieux difficiles. À Lyon, par exemple, les banlieues peuvent jouer ce rôle. Les sous-fifres croient être des grands bandits alors qu’ils sont de parfaits lampistes ! Quand vous interpellerez ces minables, n’oubliez pas que vous avez attrapé les boucs émissaires et que vous ne serez efficaces que si vous démantelez les étages supérieurs. Pour ce faire, vous devez lancer des mandats internationaux et afficher une détermination globale !&lt;br /&gt;Laissez-moi ajouter une constatation implacable : la traite a changé de visage. Avant, c’était des hommes costauds qui partaient sur des bateaux en direction de l’Amérique. Maintenant, les cartes ont changé ! Les armes et la poudre complètent le trafic des femmes… La piste lyonnaise qui vous intéresse n’est intelligible que si vous l’insérez dans le contexte plus général que je viens de retracer brièvement. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Rodney alluma un gros joint. Rodney, ce n’était pas son prénom. François-Xavier, son père pharmaciait. Un bourge. Un bougre. Rodney n’aimait pas qu’on en parle. Mike hurla. Mike était le meilleur pote de Rodney. Son vrai nom : Antoine, mais Mike, ça faisait mieux. Quand on skate, les sobriquets claquent. La classe américaine.&lt;br /&gt;« J’ai rentré mon ollie ! »&lt;br /&gt;Rodney sourit. Il skatait tellement mieux que Mike qu’il pouvait afficher sa mansuétude. Il faisait partie des planches. On le disait le meilleur skateur d’Eonville. Enfin, presque. Le meilleur streeteur. En rampe, il était à la rue. Toni le mettait à la ramasse. C’était à cause de Toni qu’Antoine était Mike. Rodney avait beau ne pas jalouser la concurrence, il aurait préféré que Toni n’existe pas.&lt;br /&gt;Rodney avait galéré pour attraper le niveau. Le meilleur d’Eonville, ça signifiait du relativisme : un bon dans la région. Sans niveau national, on était star à peu de frais. Toni était une force de la nature, un phénomène de foire, qui réussissait dans n’importe quel sport, tellement il débordait de facilités physiques. Venu au skate par hasard, il y était incontournable. Sur Eonville, deux légendes comptaient pour la cinquantaine de jeunes qui défiait la ville en planche : Rodney et Toni. Surtout Toni. La rampe, fallait être casse-cou. Ça assurait. Toni comptait d’autant plus qu’il ne traînait pas avec les skateurs.&lt;br /&gt;Rodney passait sa vie à chercher des slides, à provoquer les commerçants, à narguer la police… Rodney avait dédié sa vie au skate. C’était son épanouissement. L’école prenait la tête. Il préférait l’air, la liberté, la vie. Les joints. Rodney fumait un paquet de spliffs. Ça l’amusait. L’interdit, les skateurs kiffaient. Rodney était un enfumeur. Mike triomphait. Tout maigre, presque nabot, il prit le joint que Rodney lui tendait. Ils se sentaient forts, bande de potes d’avant-garde. La garde ne meurt pas, mais se rend. Elle se vend. Elle est au vent.&lt;br /&gt;« On pourrait peut-être chercher un slide ? »&lt;br /&gt;Mike était gentil : dès qu’il rentrait une figure, il s’enflammait. Rodney rit. Le père de Mike était dans la banque. Un rebelle skatait et se défonçait la tête. Skateur : un bourgeois qui ne respectait pas les codes ? Les parents tiraient la tronche à chaque bulletin. Les skateurs n’en parlaient jamais. Ils étaient ailleurs, ils étaient autres, ils étaient marginaux, mais ils tiraient grande vanité de leur différence. Ils bombaient le torse, persuadés de détenir le mode de vie alternatif. Ils s’habillaient en franglais, ils squattaient l’Eonville du vice… Ils faisaient la nique à leur monde, ils avaient apprivoisé la jungle urbaine.&lt;br /&gt;En ce moment, ils ridaient derrière la gare. Un spot naturel, qu’ils avaient aménagé à force de tester : dans la street, le skate permettait de créer. C’était du lard sain. Du street art, du pop air, de l’ère de rue. Peu importe l’ivresse, il fallait pratiquer la novlangue. Il fallait amériquer, sans le Yankee arrogant ou le cow boy tanné. Le jeune smooth, tout défoncé, vivait en parallèle, écoutait du rap, du hardcore, du dub – et niquait la société.&lt;br /&gt;« On cherche un spot ? »&lt;br /&gt;Rodney rit et temporisa.&lt;br /&gt;« On est pas bien ici ? »&lt;br /&gt;Les skateurs avaient l’habitude de squatter près des quais à cause des opportunités. On grimpait en haut d’un panneau publicitaire, huit mètres selon l’écriteau. C’était interdit : c’était désirable ! Les skateurs transgressaient les codes de leur territoire. Chacun son répertoire. Son terrain de chasse, son expression. Les gosses de la ville entendaient lui retourner sa dureté et sa violence en pleine face. La haine. Ils venaient de la ville. Ils venaient de la bourgeoisie.&lt;br /&gt;Le must était de faire croire qu’ils avaient dépassé leur classe, qu’ils étaient différents, supérieurs et incompris. Ils avaient l’air de faux rebelles : ils détruisaient ce qu’ils adoraient. À fond derrière la bourgeoisie, derrière le travail, derrière le fric. Des bobos libertaires trash et destroy qui auraient ri de leur niaiserie avortée. Des ratés un peu tarés. Ils riaient des difficultés. Pour chaque contradiction, une parade : ils gloussaient. Jouer, négliger, effacer. L’autre moyen d’oublier, c’était la défonce.&lt;br /&gt;Rodney releva la tête. Mike le poussait du coude.&lt;br /&gt;« On a de la visite ! »&lt;br /&gt;Rodney se retourna. Les flics.&lt;br /&gt;« On se tire !&lt;br /&gt;- Tu préférerais pas qu’on discute ?&lt;br /&gt;- T’as raison. On dérape ! »&lt;br /&gt;Il empoigna sa planche et se jeta dessus comme un mort de faim. Pas de ollie flip, juste de la holly flip – à mort. Les condés étaient loin. Ils s’étaient déplacés pour rien. Les skateurs aimaient planer dans l’impuni. Sur le toit des lois. L’émoi de la ville. Leur repaire ne valait pas sans danger. Ils détournaient les codes.&lt;br /&gt;Ils se planquèrent sous le tunnel. Ils épiaient peinards les mouvements sans se faire repérer. Les flics patrouillaient. Sans doute un commerçant. C’était le test : le skateur qui se pissait dessus en cas de patrouille dégageait. Il ne revenait pas. On ne le revoyait plus. Il n’était pas fait pour le skate. Les études, l’école : il suivrait le mouve.&lt;br /&gt;« J’espère que c’est pas ma rem qui a prévenu les schmitts ! »&lt;br /&gt;Rodney rit. Il s’en cognait de la mère à Mike. Une 
